Cinéma Drame

La 25ème heure – Spike Lee

25emeheure

The 25th hour. 2002.
Origine : Etats-Unis
Genre : Drame
Réalisation : Spike Lee
Avec : Edward Norton, Philip Seymour Hoffman, Barry Pepper, Rosario Dawson…

Monty Brogan est un dealer de Manhattan. Il est marié à une femme qui l’aime, possède un grand appartement bien situé et une belle voiture. Pourtant dans 24 heures il va perdre tout ça. Monty a en effet été dénoncé et traduit en justice, il s’apprête a passer son dernier jour de liberté avant de se rendre à la prison d’Otisville pour y purger une peine de 7 ans. Cette dernière journée sera l’occasion pour lui de faire le point sur sa vie et ses amis…

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La 25ème heure, aussi appelée 24 heures avant la nuit dans nos contrées, est l’adaptation du livre éponyme de David Beniof, qu’il convient de ne pas confondre avec La 25ème heure que Henri Verneuil réalise en 1967. David Beniof signe également le scénario du film, réglant par la même le sort de tout problème de fidélité ou non à son histoire. Pourtant Spike Lee parvient, comme il y est toujours parvenu finalement, à habilement utiliser le scénario de Beniof pour servir ses propres ambitions et faire du film une oeuvre très personnelle. Tout le film repose sur cet accaparement de l’histoire par un réalisateur au style reconnaissable et à la mise en scène limpide. En effet, ce que Spike Lee veut raconter ce n’est pas tant l’histoire de Monty allant en prison, mais celle de New York post 11 septembre. Ecrit avant les attentats, le livre éclipsait bien naturellement cette dimension, que Spike Lee, en fin observateur de sa ville, a tenu à rajouter. Mais si, de la part d’un autre réalisateur on aurait pu s’attendre à un pamphlet à la forte odeur de patriotisme et de nationalisme, il n’en est pas de même ici. En effet le réalisateur est soucieux de constamment donner à son film une dimension humaine, et toute son habileté réside dans le fait d’utiliser l’histoire de Monty comme une métaphore de la ville. Partant de là, il opte pour une mise en scène qui est à la fois très inventive et en même temps très simple. Les raccourcis trop faciles sont évités mais le propos de Spike Lee est toujours clair. Visuellement le film est donc très abouti et il fera sans doute la joie des cinéphiles avides de le décrypter.

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Parallèlement, le fait que toute l’histoire soit avant tout centrée sur son personnage principal en fait un film très accessible. Jamais réellement auteurisant, La 25ème heure reste avant tout un drame rempli de personnages intéressants et très fouillés psychologiquement. Même les second rôles ne sont pas négligés, tous les personnages sont très bien écrits et bien mis en valeur par la mise en scène de Spike Lee. Le film est servi à ce titre par un très bon casting. Edward Norton donne la réplique à toute une poignée d’acteurs aussi bons que lui, dont on retiendra particulièrement Philip Seymour Hoffman, la très jolie Rosario Dawson et Brian Cox, qui joue le père de Monty. En racontant ainsi la dernière journée de liberté de cet homme, La 25ème heure nous détaille toute sa vie et nous présente une analyse très fine des relations humaines et de leur complexité. Tout d’abord le personnage principal, à la fois un dealer et un raté puisqu’il s’est fait prendre, pourrait nous paraître bien antipathique. Il aurait été impossible dans ce cas d’éprouver de la compassion pour lui. Et quelque part c’est le cas, mais Spike Lee et David Beniof ne le jugent à aucun moment. Au contraire il nous est présenté comme humain, avec ses qualités, ses défauts, ses ressentiments et ses regrets. Au travers de ce personnage ambigu le film traite de thèmes très vastes. Citons à ce titre cette hallucinante scène où le personnage laisse éclater sa colère face à un « fuck you » hâtivement gribouillé dans les toilettes d’un restaurant, ce qui permet au réalisateur de livrer un portrait du New York cosmopolite où chaque ethnie, chaque groupe social est victime des stéréotypes qu’on lui colle. Spike Lee semble ici fustiger cette diversité, mais cette scène trouvera un échos à la fin, où les mêmes personnages stéréotypés apparaissent souriants et Monty s’aperçoit que toute cette ville, malgré sa violence, sa saleté et son air vicié, lui manquera à jamais. Ce jeu entre les deux scènes résume à lui seul toute l’ambiguïté du film.
Et le personnage de Monty, qui doit alors faire face à un important changement et à la destruction de sa vie passée devient alors le symbole évident d’une ville qui ne sera plus jamais pareille après les attentats.

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Avec La 25ème heure, Spike Lee nous livre un film sur le changement qui sonne juste et évite habilement le pathos. Et sans doute qu’en privilégiant un récit humain doté d’une grande force dramatique, Spike Lee aura livré l’un des meilleurs films sur le 11 septembre.

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