Cinéma Drame

L’Île nue – Kaneto Shindô

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Hadaka no shima. 1960.
Origine : Japon
Genre : Chronique du dérisoire
Réalisation : Kaneto Shindô
Avec : Taiji Tonoyama, Nobuko Otowa, Shinji Tanaka, Masanori Horimoto…

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Après avoir longuement travaillé au sein des studios de la Shochiku, Kaneto Shindô s’en affranchit en 1950 en fondant avec le réalisateur Kozaburo Yoshimura la Kindai Kyokai Eiga, qui signifie littéralement « Société de cinéma moderne ». Avec ce nom quelque peu provocateur, les deux hommes annoncent leur intention de se démarquer de l’historique studio japonais, laissant à penser que ce dernier est un brin vieux jeu dans sa manière d’aborder le médium. Les premières années de Kaneto Shindô en tant que réalisateur sont difficiles, ses films, abordant le plus souvent des sujets de société, s’avérant peu rentables. Et c’est pourtant avec L’Île nue, film particulièrement austère et difficile d’accès, qu’il rencontre un inattendu succès international, avec en point d’orgue le grand prix du festival de Moscou en 1961.

L’histoire, réduite à sa plus simple expression, se limite au quotidien d’une pauvre famille qui a trouvé refuge sur une île au large du Japon, sur laquelle elle subsiste tant bien que mal en cultivant quelques légumes. Principale ombre au tableau, l’absence d’eau qui les oblige à multiplier les allers-retours sur le continent afin de maintenir leurs cultures en vie. Et ainsi va leur existence, saison après saison, année après année…

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Dire que L’Île nue est un film exigeant relève de l’euphémisme. Pour rendre compte de l’harassant quotidien de cette famille, Kaneto Shindô a pris le parti d’ausculter minutieusement la moindre de leurs actions, à commencer par le ballet incessant du ravitaillement en eau. Il suit donc pas à pas le mari et son épouse remplir deux seaux chacun puis repartir sur leur île à grands renforts de gros plans, et sur la lourde charge qu’ils transportent tels des équilibristes (chaque seau étant fixé à une extrémité d’un bout de bois, lui-même calé sur les épaules du porteur), et sur leur visage marqué par l’effort. Non contente d’être dépourvue de point d’eau, l’île en question n’est en fait qu’un imposant amas rocheux dont l’ascension s’avère un peu plus périlleuse au fur et à mesure des voyages. Chaque pas mal assuré risque de mettre en péril la charge si précieuse, et de réduire ainsi à néant tous les efforts requis. Éventualité qui ne nous est évidemment pas épargné, l’épouse fourbue finissant par laisser échapper un seau au contenu tellement important. La réaction du mari ne se fait alors guère attendre. Impassible, il la gifle avec force. Il y a dans ce geste une évidente posture machiste, mais pas seulement. De cette eau dépend la pérennité de leur fragile cellule familiale. Elle les nourrit, les désaltère et leur permet de se laver. La gaspiller revient à les condamner à plus ou moins long terme. En sa qualité de chef de famille, l’époux se doit donc de se montrer inflexible, même si sa réaction peut de prime abord paraître inhumaine. Toutefois, face à l’importance de l’élément liquide, on peut aussi s’interroger sur leur manque d’à propos quant aux intempéries qui ne manquent pas de les frapper. Pas l’ombre d’un récipient en vue afin d’emmagasiner des réserves en eau de pluie. Au regard de leurs conditions de vie pour le moins précaires, un minimum d’organisation en vue de pallier à des temps difficiles semblait pourtant nécessaire. Dis comme ça, je dois avoir l’air de prendre plaisir à chercher la petite bête. Néanmoins, ces réflexions ne tombent pas du ciel, découlant directement des partis pris du réalisateur. Le film se résumant à une litanie de tâches quotidiennes et saisonnières dont le ravitaillement en eau constitue l’axe central, je soupçonne Kaneto Shindô d’avoir à dessein amplifié lesdites scènes pour provoquer l’empathie du spectateur. Chaque voyage s’apparente à un chemin de croix que le réalisateur nous invite à suivre dans la longueur, limitant au maximum les ellipses, celles-ci se trouvant en outre souvent circoncises à la traversée en barque. Et comme nous ne quittons jamais l’un ou l’autre membre de la famille, il résulte un évident manque de recul par rapport aux événements, accentué par l’absence totale de dialogues. De fait, le film flirte constamment avec le misérabilisme, sans toutefois y sombrer corps et bien. Kaneto Shindô n’oublie pas de parsemer le rude quotidien de cette famille de bonheurs simples, comme la capture d’un poisson par le cadet, synonyme d’un bon repas en ville et de l’achat de t-shirts neufs. Lors de cette escapade « urbaine », les sourires remplacent les rictus de souffrance, et les regards se font plus aimants. On ressent alors une vraie dynamique familiale, non plus basée sur les tâches à accomplir mais sur la joie simple de passer du bon temps ensemble. Un intermède de courte durée puisque le réalisateur ne peut s’empêcher d’ajouter à son film une touche dramatique qui, un bref instant, remettra en question l’équilibre de cette famille en éclairant d’une lueur funeste son mode de vie.

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Hermétique et contemplatif à l’excès, L’Île nue s’avère aussi déconcertant qu’agaçant, pour peu qu’on n’adhère pas aux partis pris radicaux du réalisateur. Pour ma part, je n’ai jamais pu entrer dans le film, ne goûtant que fort peu à cette existence frappée du sceau du dérisoire.

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