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L’Assault des Killer Bimbos – Anita Rosenberg

Ecrit par Loïc Blavier

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Assault of the Killer Bimbos. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Road Movie
Réalisation : Anita Rosenberg
Avec : Elizabeth Kaitan, Christina Whitaker, Tammara Souza, Nick Cassavetes…

Après avoir démarré comme une firme entièrement consacrée au fantastique, l’Empire de Charles Band a développé sur ses vieux jours une claire attraction pour la comédie pure et dure. Ce qui n’est guère surprenant, vu que les excès prônés par la philosophie maison ont souvent inclus des plongées dans l’humour grand-guignol, voire l’ont mis en avant. Il devenait alors inévitable que Band en vienne à distribuer et à produire de véritables comédies qui ont pour titres Buy & Cell, Valet Girls, The Princess Academy ou L’Assault des Killer Bimbos. D’autant plus que comme certains de ces titres le suggèrent, elles ont souvent reposé sur les épaules de donzelles délurées qu’on aurait aussi bien pu retrouver en « scream-queens » dans la lignée de Linnea Quigley, l’égérie d’Empire. Il n’y a donc pas de quoi se sentir trahi par cette orientation qui vient entériner la prépondérance d’une vision sur celle d’un genre en particulier. Toutefois, un doute subsiste : les qualités d’Empire pouvaient-elles s’imposer dans un cadre doté de limites réalistes ? Produit par David DeCoteau (également réalisateur de seconde équipe et production manager) et Charles Band, scénarisé par l’étoile montante Ted Nicolaou, L’Assault des Killer Bimbos (la faute d’orthographe semble avoir été commise par les distributeurs français) s’avère significatif par la présence même de cet échantillon de personnalités Empire.

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Après avoir échangé des noms d’oiseaux avec leur patron devant tout le monde, une gogo danseuse confirmée et son amie qui venait de montrer son incompétence à l’être entendent des coups de feu venant de son bureau. Le tueur est un gangster qui se fait la malle après leur avoir jeté son revolver dans les mains. C’est dans cette fâcheuse posture que Peaches et Lulu sont découvertes. Les apparences étant contre elles, elles prennent la direction du Mexique, débauchant au passage une otage bien contente de fuir sa condition de serveuse pour routiers graveleux.

Quelques années avant Thelma et Louise, c’est sous l’angle du road movie que se présente cette unique réalisation de Anita Rosenberg, dont le seul autre fait d’arme aura été le scénario d’une autre comédie à base de filles en vadrouille. Un angle qui pour le coup fait très peu « Empire », tant l’exploration de vastes espaces exigent des moyens logistiques que Charles Band n’est guère susceptible de fournir. Et qu’il n’a visiblement pas fourni, puisque d’un bout à l’autre du périple les décors naturels restent similaires, ce qui incite à penser que tout a été filmé dans le même coin et se traduit par le total désintérêt de la réalisatrice pour l’aspect esthétique de son film. Aussi bien, les trois héroïnes auraient pu traverser des forêts en direction du Canada au lieu du désert vers le Mexique que rien n’en eut été fondamentalement changé. A part peut-être le ciel bleu, toujours plus adapté à la rigolade, les vêtements des actrices qui auraient peut-être été moins légers et la nature des stéréotypes qui surgissent une fois la frontière passée, c’est à dire une demi-heure avant la fin. Moment à partir duquel le road movie s’arrête sur un parking de motel pour laisser place au dénouement d’une histoire qui entre le moment du départ et celui de l’arrivée aura été à l’image de la végétation environnante : inexistante. En fait de road movie, il y aura donc surtout eu une longue transition entre le ridicule argument initial et le folklorique emballement final du scénario. Profitant de l’absence de faits marquants à illustrer durant cette grosse partie de film, Rosenberg s’est évertuée à badiner en compagnie de ses personnages, chaque arrêt (restaurant, station-service, automobilistes en détresse, pique-nique…) constituant une nouvelle scène propice aux gags dont plusieurs se rapportent à des forces de l’ordre qui n’ont pas franchement l’air de s’investir beaucoup dans cette traque criminelle. Ce n’est à chaque fois que par le plus grand des hasards qu’une voiture de patrouille tombe sur les fugitives, et encore certains de ces flics sont-ils d’une bêtise crasse à l’image de ce zouave en uniforme incarné par l’impayable Eddie Deezen qui finira dans le fossé, aveuglé par les frusques jetées sur son pare-brise par les donzelles prises en chasse. Lesquelles peuvent en outre compter sur l’aide régulière apporté par un trio de surfeurs en partance pour les vagues mexicaines.

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L’Assault des Killer Bimbos revendique haut et fort sa vacuité. Rien n’y a d’importance, pas même les personnages principaux qui comme le titre du film le suggère ne brillent pas par leurs capacités mentales. Ne vous avisez pourtant pas de les appeler « bimbos », car cela les met hors d’elles. L’ombre d’un discours féministe plane un temps au-dessus de Peach, Lulu et Darlene, qu’un physique avenant et des occupations les mettant au service de clientèles quasi exclusivement masculines ont tôt fait de reléguer au rang de femmes objets. Pourtant, ce féminisme sous-jacent ne fait pas long feu, rejeté par une réalisatrice qui fait tout pour confirmer que quoi qu’elles en disent ses protagonistes sont bel et bien des bimbos. Comme dans cette scène où Lulu est soudainement prise d’une angoisse existentielle : et si elle était moche ? Ses réconfortantes camarades arrêtent aussi sec la voiture et, pendant que Rosenberg envoie la musique et la mise en scène façon MTV, entreprennent de la maquiller et de la rhabiller, tout cela en dansant. La grande classe. Question mecs, il n’y a pas beaucoup plus de finesse : Lulu se met à roucouler devant le chef des surfeurs (Nick Cassavetes, fils de John) qui se trouve systématiquement là pour la sortir d’un mauvais pas, tandis que Darlene est suivie par un flic à l’eau de rose qui s’est juré de sortir sa serveuse préférée des griffes des deux « criminelles ». Peaches, la tête pensante du groupe, n’a quant à elle pas de chevalier servant, mais son indépendance revêt des formes bien particulières. Comme par exemple l’usage d’une colle à faux ongles pour immobiliser un pompiste arnaqueur. Bimbo jusqu’au bout, le trio n’en est pourtant pas moins sympathique, principalement parce qu’aucun autre personnage n’est en mesure de se targuer d’une quelconque supériorité. Gaffeurs, machos de pacotilles, truands aux petits bras, tous sont des débiles profonds. Les bimbos ont au moins pour elles d’être honnêtes, insouciantes et de faire souffler à leur manière ce petit vent d’hédonisme caractéristique des productions Empire et des années 80 (la BO regorge d’ailleurs de pop typiques de l’époque). Elles sont même respectées par la réalisatrice, qui tout en les parant d’une aura de cruches évite bien d’en faire des salopes, des naïves ou même de les déshabiller à tout va (le film est même très sage à ce niveau là). Bref, bimbos oui mais femmes objets non. Cette subtile nuance maintient le film dans un équilibre humoristique plaisant et débridé, quoique limité. On reste malgré tout assez loin de la folie des meilleures productions Empire. Anita Rosenberg ne se sera tout de même pas trop mal sortie de l’épreuve, ficelant ce qui est en fait une comédie de série B estivale.

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