Cinéma Horreur Western

Jesse James contre Frankenstein – William Beaudine

Ecrit par Loïc Blavier

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Jesse James meets Frankenstein’s daughter. 1966.
Origine : Etats-Unis
Genre : Western horrifique
Réalisation : William Beaudine
Avec : John Lupton, Estelita Rodriguez, Narda Onyx, Cal Bolder…

Maria et Rudolph Frankenstein (Narda Onyx et Steven Geray) ont fuit leur pays pour échapper à la justice et poursuivre les expérimentations commencées par leur célèbre grand-père. Ils se sont établis dans le far west américain, là où la fréquence des orages électriques leur permet de bien travailler, en dépit de l’exode de la main d’œuvre paysanne dû aux craintes inspirées par les Frankenstein. Ne subsiste en gros qu’une famille mexicaine, fraîchement amputée d’un fils, décédé d’avoir été se soigner chez les « docteurs » Frankenstein. La sœur du défunt, Juanita (Estelita Rodriguez, vue dans Rio Bravo) est drôlement remontée.
Dans le même temps, tout près de là, le célèbre Jesse James et son ami Hank Tracy (John Lupton et Cal Bolder) font alliance avec un quelconque trio proclamé « horde sauvage » (rien à voir avec le gang de Butch Cassidy ni avec le film de Peckinpah, qui n’avait pas encore été tourné) pour attaquer une diligence. Plein de haine pour Jesse, un des membres de la horde vend la mèche au shérif du coin, qui s’arrange donc pour faire capoter le coup. Jesse James survit et parvient à s’enfuir en compagnie de Hank, ce dernier étant gravement blessé.
C’est alors que Jesse rencontre Juanita, qui les prend immédiatement en affection mais ne les oriente pas moins vers les Frankenstein.

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Et comme à chaque fois, la pauvre créature de Frankenstein essuie les plâtres d’un manque d’imagination flagrant. Le loup-garou, Dracula, les deux nigauds, tels furent ses précédents adversaires. Cette fois, comble de l’improbable, il doit s’exporter jusque dans l’ouest américain pour combattre Jesse James, autre figure légendaire du cinéma ici égratignée. Maigre consolation pour la créature et pour Jesse James : Dracula et Billy the Kid eurent droit au même affront (Billy the Kid contre Dracula) dans le but d’aboutir à un double programme. Le réalisateur des deux films est le même : William Beaudine. Plus qu’un vétéran, il était alors le doyen du cinéma ayant traversé toutes les époques depuis ses débuts de réalisateur vers 1910, avec un pic qualitatif dans les années 30 (et éventuellement quelques bêtises -déjà- dans les années 40 avec Bela Lugosi). La triste doublette westerno-épouvantable constitue d’ailleurs son dernier acte de bravoure pour le cinéma, le reste de sa carrière se passant à la télévision pour des épisodes de Lassie ou du Frelon Vert parfois montés en long-métrages pour des exploitations en salles.

Jesse James contre Frankenstein fait vraiment peine à voir. L’un comme l’autre, les deux camps sont dépourvus de tout charisme, de toute prestance. Scindée en deux partie distinctes, l’horreur et le western, l’exposition du film ne fait que recourir aux postulats habituels des genres auxquels elle se réfère en les stéréotypant d’autant plus que Beaudine doit préserver le temps nécessaire à la confrontation en elle-même, prévue dans la seconde moitié du film. Jesse James prépare un casse et fuit les autorités, les Frankenstein vivent en reclus au milieu de leur laboratoire dans l’attente de la réussite de leurs expérimentations… Le manque de moyen est criant, l’ouest est enlaidi et le château des scientifiques se résume à un hall d’entrée sans style et à un laboratoire truffé d’ustensiles gracieusement mis à disposition de Beaudine par la Universal (et qui ne gagnent certainement pas à être découverts en couleurs). Jesse James est un hors-la-loi plein de compassion, d’autant plus gentillet qu’il commence une romance avec la mexicaine Juanita. Son ami Hank est un colosse blessé, appelé sans aucune surprise à devenir la future créature des Frankenstein. Ces derniers sont donc au nombre de deux, un frère apeuré et une sœur tyrannique. Dans tous les cas, les acteurs jouent comme des manches, soit par transparence (John Lupton, Cal Bolder…) soit par emphase exagérée (Narda Onyx, Estella Rodriguez…), et il est bien difficile de considérer leurs personnages soit comme de dangereux bandits soit comme d’ignobles hérétiques. Il eut pourtant été salutaire de faire s’affronter des pourris dans des duels pleins de hargne, mais Beaudine préfère ne pas décoller de la traditionnelle opposition des gentils contre les méchants, ou plutôt contre la méchante, puisque finalement seule Maria Frankenstein apparaît comme telle. Son frère est dès le départ opposé à ses projets mais n’ose pas l’en empêcher, et quant à la créature, elle n’est après tout qu’une victime à laquelle on a ôté tout sentiment humain. Ce manque d’originalité à tous les niveaux vaut au film de sembler incroyablement long pour l’heure vingt qu’il affiche au compteur. C’était bien la peine de lui attribuer un titre aussi racoleur.

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Au nombre des scories figurent aussi tout un tas de trous scénaristiques béants sur lesquels il ne vaut mieux pas s’appesantir (le plus évident étant que Juanita amène ses nouveaux amis chez des médecins qu’elle hait et qu’elle sait dangereux) sous peine de voir se désagréger totalement un film déjà pas bien solide. Ne parlons pas non plus du ridicule casque multicolore placé sur la tête des pauvres types en passe d’être réanimés par les Frankenstein. Jesse James et le mythe de Frankenstein pourront se remettre d’une tel errance au gré de leurs futures apparitions au cinéma, mais il est dommage que William Beaudine, quand bien même n’a-t-il jamais été un génie, finisse sa très longue carrière ainsi.

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