Cinéma Horreur

J’emporterai ton âme – Serge Rodnunsky

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Fears run silent. 2000.
Origine : Etats-Unis
Genre : Menaces en l’air
Réalisation : Serge Rodnunsky
Avec : Suzanne Davis, James O’Shea, Dublin James, Stacy Keach…

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Alors qu’elle sort tout juste d’une dépression, Kerry (Suzanne Davis) consent à rejoindre ses amis pour une excursion botanique dans les montagnes chapeautée par monsieur Hill (Stacy Keach). Le groupe a à peine le temps d’arriver et de se rouler dans la neige que les ennuis commencent. Kerry et son amie Jennie assistent à la mort de Mr Hill avant de se faire capturer. Morts de trouille, les autres courent se réfugier dans leur chalet, pensant y être à l’abri. Une petite erreur d’appréciation qu’ils paieront cher.

A la lecture de ce résumé, J’emporterai ton âme fleure bon le survival des familles. Or ce synopsis n’est surtout pas à prendre au pied de la lettre. Grand habitué des films de genre bâclés pour le marché de la vidéo (Fatal Equinox, Cap sur le danger), Serge Rodnunsky semble cette fois-ci avoir voulu changer son fusil d’épaule, sacrifiant le spectacle pur et dur au profit d’un prêchi-prêcha psychologisant. Tout ce qui se passe à l’écran découle de la psyché tourmentée de Kerry, que la jeune femme revit à la faveur de séances régulières chez son psychanalyste. Et autant vous dire qu’elle traîne beaucoup de casseroles. Une aubaine pour tout praticien désireux de doper son pouvoir d’achat.

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Le premier plan du film résume assez bien l’état d’esprit dans lequel se trouve Kerry. On la voit errer seule en pleine nature, les vêtements en lambeaux, et l’air hébété. Elle ne semble pas vraiment comprendre ce qui lui est arrivé. Une interrogation que nous partageons, et qui devient lancinante lorsqu’à la scène suivante, nous la voyons confortablement installée dans le canapé de son psychanalyste, relater son dernier cauchemar. Un cauchemar dans lequel elle ne figure pas mais qui se termine de manière dramatique pour le jeune couple qui le peuple. Kerry est persuadée de connaître ces jeunes gens sans toutefois parvenir à les identifier, ce qui l’angoisse profondément. Disposerait-elle de quelque aptitude à voir l’avenir ? Devant sa mine déconfite, son psychanalyste se veut rassurant, prétextant que son cauchemar n’a d’autre signification que celle d’une imagination débordante relative à ses velléités d’écrivain. Un argument pour le moins vaseux prompt à faire de chacun d’entre nous des écrivains en puissance à l’aune de nos rêves. A ce stade, si nous pouvons encore nous poser des questions quant aux maux qui rongent la jeune femme, les aptitudes de son psychothérapeute nous paraissent pour le moins discutables. Il en va de même de celle d’un réalisateur s’ingéniant à compliquer à loisir une narration sans queue ni tête, qui semble naviguer entre les époques et les traumatismes de Kerry. Bien loin de l’ersatz de méta slasher que semble nous vendre la jaquette, Serge Rodnunsky s’oriente moins vers le film d’horreur pur que vers le thriller introspectif. A la manière des héros du Dario Argento de la grande époque, les réponses que cherchent Kerry se trouvent en elle. Elle doit donc se confronter à son passé pour mieux appréhender l’avenir, au risque de se perdre corps et bien. Sauf qu’avec sa mise en scène alambiquée et sa narration éclatée, c’est davantage le spectateur que Serge Rodnunsky risque de perdre en chemin.
Pour être honnête, le recours à un récit gigogne n’est pas l’élément le plus problématique du film. La narration s’articulant en permanence autour des séances de psychanalyse, nous savons toujours à peu près à quoi nous en tenir. Le plus dommageable réside dans la propension de Serge Rodnunsky à vouloir coûte que coûte créer du suspense autour d’une histoire qui repose sur du vent. A ce titre, le traitement des personnages interprétés par Stacy Keach et Billy Dee Williams – les deux vedettes sur lesquelles les producteurs capitalisent afin d’attirer des acheteurs potentiels – est symptomatique de l’impasse scénaristique dans laquelle se trouve le réalisateur. Au sein du puzzle mental de l’héroïne, l’un – Mr Hill – semble incarner une sourde menace avant d’être sacrifié sur l’autel du rebondissement, quand l’autre – le shérif – n’est là que pour donner du crédit aux impressions de Kerry (les événements de son premier cauchemar se sont bien déroulés) avant de lui aussi succomber à la vindicte scénaristique. De leur faible présence à l’écran ne découle que des fausses pistes que Serge Rodnunsky ne se donnera même pas la peine de creuser. C’est là toute la magie d’un scénario fourre-tout, propice au remplissage éhonté voué à contenter des producteurs désireux de voir le sang couler. Alors Rodnunsky s’ingénie à maltraiter cette bande de pauvres adolescents plus enclins à s’intéresser aux petites fleurs de ces demoiselles qu’aux plantes environnantes. Peu concerné par ce versant de son histoire, le gaillard filme ça de manière désordonnée, sa caméra cadrant le plus souvent le sol ou le ciel plutôt que l’action à proprement dit. Il s’amuse davantage à matérialiser l’enfermement de Kerry dans ses névroses (on la retrouve prisonnière d’une cellule capitonnée, elle court en faisant du surplace) même si la encore, son scénario ne brille pas par son originalité, déclinant scolairement son petit manuel de Freud pour les nuls. Pauvre Kerry dont la peur des hommes lui fait voir des monstres partout, et dont le plus effrayant de tous pourrait être ce beau-père au regard concupiscent. Le spectre du viol plane longuement tout au long du film avant un énième revirement qui renvoie Kerry à des préoccupations de midinette.

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Déjà avare en spectacle, J’emporterai ton âme se révèle en outre frileux compte tenu des thèmes invoqués. Finalement, son héroïne n’existe que comme objet de fantasmes que le réalisateur s’amuse à effeuiller au cours d’un final grand-guignolesque à souhait. Pour amusant qu’il soit, ce passage intervient bien trop tard pour infléchir la mauvaise impression d’ensemble. A trop vouloir jouer au petit malin en surlignant ses intentions psychologisantes, Serge Rodnunsky se complaît dans la paraphrase, n’accordant visiblement aucune importance au non-dit et à l’implicite. En ce sens, le titre français s’avère judicieux car d’âme, ce film en est totalement dépourvu.

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