Cinéma Horreur

It Follows – David Robert Mitchell

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It Follows. 2014.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur apathique
Réalisation : David Robert Mitchell
Avec : Maika Monroe, Keir Gilchrist, Lili Sepe, Olivia Luccardi…

A la suite d’une nuit d’amour en compagnie de son petit copain du moment, Jay a vu son existence basculer en plein cauchemar. Désormais, des sortes de spectres à l’allure changeante qu’elle est la seule à voir peuvent apparaître à tout moment, avec lesquels elle doit éviter tout contact sous peine d’en mourir. Pour s’y soustraire, un seul moyen : transmettre la malédiction à quelqu’un d’autre de la même manière qu’elle l’a reçue, autrement dit, en couchant. Elle s’y refuse et, aidée de sa sœur et d’amis, tente d’échapper à la fatalité.

Bête de festival –encore tout récemment, le Grand Prix et le Prix de la Critique de la 22e édition de Gérardmer lui ont échu– It Follows compile en outre une flopée d’éloges auprès de la presse déchaînée au point d’en alourdir le visuel de l’affiche, lequel croule sous les superlatifs. Un tel engouement est si rare, a fortiori lorsqu’elle concerne un film d’horreur, qu’il interpelle forcément. S’il n’est pas dénué de qualités, le film de David Robert Mitchell ne s’impose guère comme un grand film d’horreur autrement qu’à l’aune de la médiocrité ambiante. It Follows ne se borne en réalité qu’à payer son tribut à tout un pan du cinéma d’horreur, suivant en cela une mouvance que le cinéma actuel n’a de cesse de réitérer, avec néanmoins suffisamment de maîtrise –voire de roublardise– pour faire passer certaines vessies pour des lanternes.
Malin, David Robert Mitchell démarre son film par une scène choc nimbée de mystère afin d’obtenir dès les premières minutes toute l’attention du spectateur. La menace ainsi posée, il peut par la suite prendre son temps pour nous présenter ses personnages, des adolescents auxquels la présence sporadique des parents (et des adultes en général) laissent toute latitude pour vivre leurs expériences. Pour efficace qu’elle soit, cette scène d’ouverture porte en son sein les prémisses de l’échec du film dans la gestion de ladite menace. Par la suite, et en dépit du souci de la rationaliser, David Robert Mitchell se perd en conjectures. L’extrême brutalité de la menace ne trouvera plus de réels échos, celle-ci se limitant par la suite à une vision incestueuse pas vraiment en phase avec le corps démembré de l’entame. Avec ses spectres protéiformes en mode morts-vivants, il joue de l’inéluctabilité de la malédiction qui pèse sur les victimes telle une épée de Damoclès. Ils peuvent apparaître à tout moment, et ils se distinguent aisément, au-delà de leur air hagard et – parfois – de quelques stigmates post-mortem, par leurs habits blancs ou leur nudité. Leur simple présence doit renvoyer à la mort qui se profile. Néanmoins, leur modus operandi demeure nébuleux, tributaire du climat anxiogène que le réalisateur tente d’instaurer, parfois en dépit du bon sens. Ainsi, s’il est acquis que les spectres peuvent apparaître sous différentes formes, il arrive qu’ils le fassent au détour d’une même scène sans autre forme de logique que celle de ménager des péripéties à visées angoissantes. Or cela ne va jamais au-delà de la simple facilité scénaristique, ces changements ne modifiant en rien la tournure de la scène. Il en va de même des quelques astuces pour rendre palpable la menace aux yeux des amis de Jay, comme ces cheveux soudain tirés au-dessus de sa tête, dans un geste bien trop tendre pour une force maléfique dont la finalité est de tuer. Ou encore ce spectre en mode poltergeist qui se met soudain à jeter des objets à la figure de l’héroïne lors d’un final des plus improbables. Dans ce souci permanent de l’image choc (cf. le mec à poil sur le toit… il comptait vraiment attaquer Jay perché là-haut ?!!!), David Robert Mitchell tend à amoindrir la portée de la menace. Il y a dans son traitement un je ne sais quoi de désinvolte qui désamorce les scènes de tension, renforcé par leur caractère systématique. Le mécanisme de la peur qu’il élabore joue de la connivence qu’il entretient avec le spectateur. Une connivence initiée par le cadavre du début et qui, une fois révélée la teneur de cette menace, joue de la profondeur de champ et des espaces vides laissés dans le cadre par lesquels pourraient jaillir les spectres. Cela crée un suspense, une attente, que le réalisateur se plaît ou non à satisfaire. Une approche classique, qui a déjà fait ses preuves, mais qui a trop souvent pâti d’un abus de « jump-scares » – ces irruptions intempestives dans le cadre d’un animal, un objet ou d’une autre personne dans le but de faire sursauter le spectateur à peu de frais – et/ou d’un habillage sonore sursignifiant. Au moins, des jump-scares, It Follows en est dépourvu. En revanche, la musique synthétique qui l’accompagne apporte par moment une distanciation malvenue par des sonorités aux confins du cartoon. A trop user des mêmes artifices, David Robert Mitchell parvient à l’effet inverse envisagé : l’ennui à la place de l’angoisse. Car tout le film baigne dans une sorte de torpeur qui se propage jusqu’aux personnages eux-mêmes.
It Follows s’inscrit dans la tradition du film d’horreur adolescent tout en détournant certains codes, notamment tout ce qui tourne autour de la notion de sexe. D’ordinaire, l’acte sexuel est considéré comme vecteur de mort, les personnages les plus délurés étant les plus disposés à mourir dans les premières minutes du film. Une convention narrative qui s’accompagne le plus souvent d’une convention illustrative puisque ces scènes de sexe donnent souvent lieu à quelques effeuillages de demoiselles peu avares de leurs charmes. Rien de tel ici. Dans It Follows, la chair est triste, nudité rimant avec morbidité. Seuls les spectres se dévoilent, les adolescents prenant toujours bien soin de cacher leur corps au moment de leurs ébats. Il en résulte une sensation de pudibonderie que David Robert Mitchell se plaît à cultiver à force d’ellipses à certains moments clés. Ainsi, lorsque Jay semble décidée à se débarrasser de la malédiction dans le cadre d’un gang-bang improvisé, ou que suivant le même dessein, Paul se rend aux putes, il clôt les scènes de telle manière qu’on puisse envisager tout et son contraire. David Robert Mitchell n’est pas du genre à se mouiller lorsqu’il s’agit d’explorer son postulat de départ – la transmission de la malédiction via l’acte sexuel – sous son versant le plus sombre. Il a une approche « romantique » qui jure avec la peur qui tenaille les personnages contaminés, à l’image de Hugh, lequel prend tout son temps pour séduire Jay et pouvoir enfin coucher avec elle. Le viol n’est donc pas une option, en tout cas pas pour un film qui déploie finalement une horreur très conventionnelle et grand public. Le récit ne sort jamais de ses rails, dispensant une léthargie qui confine au fatalisme pour des adolescents pourtant libres comme l’air. Hugh dort plusieurs nuits d’affilée dans une maison délabrée, Jay et ses amis passent quelque temps en bord de plage, sans que les parents de quiconque ne s’en soucient. Une tutelle parentale par ailleurs réduite à un seul membre, la mère le plus souvent, comme une autre malédiction qui s’étendrait quant à elle à tous les adolescents. Pour autant, il n’est jamais question de mal être, ou de crise existentielle. Jay et ses amis sont juste apathiques, jeunesse fanée d’une ville en déshérence (Détroit).

Le « film d’horreur de l’année » n’est donc qu’un beau pétard mouillé. Un film sans âme dont l’emballage clinquant suffirait à masquer la vacuité. Or il ne fait qu’accroître la sensation d’être face à un film de petit malin multipliant les sous-textes sans en exploiter réellement un. Une sorte de pot-pourri duquel chacun pourrait ressortir ce qui lui plaît en fonction de sa propre sensibilité. Pour ma part, It Follows manque trop de tripes et de sincérité pour que je puisse espérer un réel renouveau du cinéma d’horreur.

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