Cinéma Horreur

Infection – Christopher Roosevelt

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Demented. 2013.
Origine : Etats-Unis
Genre : Infectieux
Réalisation : Christopher Roosevelt
Avec : Kayla Ewell, Richard Kohnke, Ashlee Brian, Sarah Butler…

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Six amis se réunissent dans une splendide villa pour couper avec les études le temps d’un week-end. Le séjour se déroule à merveille lorsque soudain, une attaque terroriste à base de missiles balistiques vient tout gâcher. L’un d’eux ayant explosé dans la ville voisine, c’est une horde d’individus contaminés et meurtriers qui envahissent bientôt le domaine. Les festivités tournent court, la survie devenant désormais la principale préoccupation de nos fêtards.

Que serait le cinéma fantastique sans George Romero ? Non content d’être le géniteur de l’une des figures modernes du bestiaire fantastique avec La Nuit des morts-vivants, il avait déjà prévu sa déclinaison plus rationnelle le temps d’une Nuit des fous vivants au destin confidentiel (notez l’originalité du titre français !), mais à l’influence certaine quoique tardive. Ainsi, le 28 jours plus tard de Danny Boyle ne faisait que reprendre le postulat alarmiste de The Crazies, tout en en atténuant la portée politique. La virulence dont faisait alors preuve George Romero envers les autorités (les politiques et l’armée au premier chef) ne trouve plus vraiment d’écho au sein de la production cinématographique actuelle, à tel point qu’en devenant la menace principale, les infectés se comportent ni plus ni moins comme des morts-vivants. Pour son unique film – et c’est heureux ! – Christopher Roosevelt fait de même, ajoutant à sa tambouille un soupçon de terrorisme, histoire d’être dans l’air du temps.

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Concrètement, le film ne bénéficiant que de très peu de budget, la menace terroriste demeure du domaine de l’abstrait. L’appel d’un paternel angoissé et le panache d’une explosion non loin de la propriété dans laquelle festoie la jeunesse suffisent à poser les bases d’une attaque terroriste qui fleure bon le prétexte fallacieux. Aucun autre détail ne viendra plus étayer ce sous-texte, et ce pour une raison toute simple : les six copains sont coupés du monde. Et oui ! Dans cette immense bâtisse, pas d’ordinateur, ni de télévision, ou même de radio. Quant aux téléphones portables, ils ne passent pas. Loin de nous prendre en traître, Christopher Roosevelt expose cette dernière donnée dès l’arrivée des convives, via un amusant échange d’où il ressort que passer un week-end sans cet objet aliénant fera du bien à tout le monde en favorisant le dialogue. Ces nouvelles technologies imposent aux scénaristes une gymnastique dont Christopher Roosevelt s’acquitte avec aisance, à défaut de subtilité. Il est par contre moins adroit dans sa gestion du temps, puisqu’il faut moins de 30 secondes à l’un de ses personnages – Howard, en l’occurrence – pour quitter la cuisine après que la communication avec son père ait été coupée, le rappeler sur le deuxième poste fixe, savoir de quoi il retourne et venir ensuite l’exposer à ses amis. Une rapidité qui prête autant à rire qu’à la confusion. Après tout, Howard a l’air suffisamment louche pour que sa probité puisse être sérieusement mise en doute. Des six personnages, il apparaît à la fois comme le plus décontracté et le plus amoral. Fils à papa bon teint, il jouit de sa position d’hôte avec un brin de condescendance, et s’autorise quelques envolées lubriques à vocation provocatrices. Une légèreté surjouée devant témoins qui acquiert un fond de vérité à la faveur d’une soudaine révélation visant à nourrir le drame qui se noue. Quoique meubler serait un terme plus approprié. Ladite révélation n’a aucun impact sur le récit autre que celui de nous affranchir sur l’ordre des décès à venir. Qu’Howard soit le premier à y passer ne surprendra donc personne. Quant à la brève scission filles-garçons au moment de décider s’il vaut mieux rester dans la propriété ou battre la campagne pour retrouver les leurs, elle ne permettra aucun développement d’une quelconque zizanie au sein du groupe. Au cœur de la tourmente, ils demeureront tous solidaires (à une – et brève – exception près, relative à la révélation susmentionnée) et trop sages jusque dans la mort.

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Christopher Roosevelt éprouve les pires difficultés pour développer un tant soit peu ses personnages, lesquels ne vont jamais au-delà de la simple posture. Le crack en football américain sera l’homme d’action, l’élève studieux dépeint comme « l’homme parfait » par sa copine donnera les directives et les demoiselles s’exécuteront sans trop la ramener, jouant les infirmières le cas échéant. Le tout en bonne entente, les chamailleries n’excédant jamais le temps qu’il faut pour épeler le mot. Et comme ils ne croisent jamais d’autres rescapés, ce qui aurait eu le mérite de varier les points de vues et les liens entre les personnages, le film s’enfonce doucement mais sûrement dans la torpeur. Certes, ils ont tout de même quelques infectés à éviter, voire à combattre lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix. Sauf que lesdites scènes sont très, très mal filmées. A chaque scène « d’action », Christopher Roosevelt ne s’embarrasse pas de considérations techniques. Il filme à l’arrache, suivant le mauvais exemple d’un Paul Greengrass (La Mort dans la peau). Tout en mouvements saccadés, la caméra ne saisit que des bribes d’action difficilement lisibles, soutenue par un montage qui multiplie les coupes jusqu’à l’overdose. De fait, le film échoue sur le seul point pour lequel il aurait pu tirer son épingle du jeu : le divertissement pur et dur. Car après tout, Infection ne nourrissait pas d’autre ambition, compte tenu du mépris total du contexte. Mais pour cela, il aurait fallu avoir un minimum de sens de la mise en scène, des idées étonnantes (quoique dans ce domaine, enchaîner deux fins possibles plutôt qu’avoir à en choisir une et garder l’autre pour les bonus du DVD a de quoi surprendre), et surtout quelques péripéties promptes à faire monter la tension. Or le film se révèle particulièrement avare en visions horrifiques. Après une ribambelle de films du même genre, se contenter d’une poignée de figurants maquillés arpentant un jardin ou une ruelle déserte ne suffit plus à instaurer un climat de peur. C’est pourtant tout ce à quoi nous aurons droit durant la longue heure et demi que dure le film.

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