Cinéma Science-Fiction

Im Staub der Sterne – Gottfried Kolditz

Ecrit par Loïc Blavier

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Im Staub der Sterne. 1976.
Origine : R.D.A.
Genre : Science-fiction
Réalisation : Gottfried Kolditz
Avec : Jana Brejchová, Alfred Struwe, Ekkehard Schall, Milan Beli…

Répondant à un appel à l’aide venu de la planète Tem 4, l’équipage du vaisseau Cyrno mené par la commandante Akala (Jana Brejchová) a mis pas mal de temps à faire le très long trajet depuis leur propre planète. Sur place, après avoir échappé de peu à un crash, les membres de l’équipage se voient répondre par Ronk (Milan Beli), le second du système temien, que l’appel à l’aide était une fausse manœuvre lors des essais du nouveau matériel de communication, et qu’il n’a rien à leur dire de plus. Après le départ d’Akala et de ses camarades, Ronk contacte le Chef (Ekkehard Schall), qui lui conseille de convier les gens de Cyrno à une fête afin d’apaiser leur colère et de dissiper leurs soupçons. Effectivement, tout le monde est ravi… Mais Stuko (Alfred Struwe), resté à bord du Cyrno pendant les festivités, découvre que les temiens ont manipulé les esprits d’Akala et des autres. Partant en secret survoler la planète, il découvre que Ronk et son chef ont réduit les habitants de la planète en esclavage.

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De jolis films faisant de la conquête de l’espace de véritables conte de fées. Ou à la rigueur des films plus cérébraux tels Solaris, d’après Stanislas Lem. Voilà les images qui s’imposent lorsque l’on songe à la science-fiction cinématographique du bloc de l’est. Produit par le studio DEFA de la République Démocratique Allemande, Im Staub der Sterne prend le contrepied de cette image et même de son poétique titre (littéralement « Dans la poussière des étoiles ») pour aller à contre-courant des habitudes cinématographiques du bloc de l’est, qu’elles soient relatives à la science-fiction ou non. Pas d’incursion dans le merveilleux ici, ni de métaphysique, mais plutôt une stupéfiante baudruche « pop » qui n’est pas sans évoquer les occidentaux Barbarella ou autres Flash Gordon. L’occasion de se rappeler que le pays du rempart antifasciste était le pays le plus libéré dans les mœurs et dans l’attitude face aux formes artistiques nées à l’ouest… Ce n’est pas à Bucarest que l’on aurait vu un cortège de nudistes défiler sous les applaudissements hilares du Secrétaire Général à l’occasion de célébrations officielles. En R.D.A, le rock’n’roll, quoiqu’officiellement limité aux groupes locaux, n’était pas non plus vu par les autorités comme une dégénérescence bourgeoise, tandis que les bienfaits de la politique familiale et sociale (les deux étant perçus comme étant complémentaires) ne sont plus à démontrer. Bien avant que leurs homologues de R.F.A. ne gagnent les mêmes droits, les femmes est-allemandes étaient libérées et encouragées à l’intégration au monde du travail. Toutes ces précisions sont importantes lorsque l’on s’apprête à visionner un film aussi éloigné des clichés du cinéma socialiste, car Im Staub der Sterne utilise tous ces ingrédients à des niveaux divers. La première chose que l’on y remarque est en effet l’exubérance de ces décors et de ces costumes qui ne doivent rien aux outrances bariolées de la science-fiction occidentale. Quoique la planète en elle-même soit globalement aride comme l’atmosphère de la Roumanie « ceaucescienne » (là où furent tournés la plupart des extérieurs), le vaisseau Cyrno et la base des temiens sont des hauts lieux de ce qu’il faut bien appeler « kitsch ». Déjà façonnés par des accessoires au design futuriste des années 70, ces lieux deviennent surchargés de couleurs bigarrées lorsque l’armada de figurants débarque. Dominée par la prédominance accordée par le réalisateur à une troupe de danseuses courtement vêtues, la fameuse fête est la premières des scènes hors normes. Grâce entre autres à une garde rapprochée bien loin de l’austérité des agents de la Stasi (cuir et moustaches, ou alors combinaisons disco orange) il y en aura plusieurs autres. Aucune ne rivalisera cela dit avec celle nous présentant pour la première fois le Chef, ce guignol mégalomane aux commandes d’un clavier fait de guirlandes électriques depuis lequel il se prend pour Stevie Wonder. Il n’y a pas de mot pour décrire ce spectacle incluant des danseuses nues, des avances rapides, des éclairages de discothèques, des effets de miroir… La poussière d’étoile, qui donne son titre au film, est également l’un des sobriquets donné aux amphétamines. On se dit que les géniteurs de Im Staub der Sterne marchaient au moins à cela.

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Bien qu’il soit assez aisé de l’oublier face à de telles pitreries intervenant à rythme régulier (ce n’est pas non plus en continu), on pourra tout de même remarquer au cours de séquences plus calmes que le scénario, sans être d’une richesse exceptionnelle, est loin d’être dépourvu de sens. Et pour cause : l’idéologie officielle est-allemande y transparaît, et de façon plutôt schématique. On retiendra ainsi que l’équipage de Cyrno est majoritairement composé de femmes, reflétant le féminisme de la R.D.A., par opposition au machisme des temiens, apparentés aux occidentaux. Toute l’intrigue fait écho à la vision du monde marxiste-léniniste, la science-fiction ne servant qu’à filer la métaphore. Il s’agit tout simplement d’une histoire traitant d’impérialisme, et la réponse de Cyrno à l’appel à l’aide n’est rien d’autre qu’une façon de faire marcher la solidarité prolétarienne. Le but de la mission devient vite de libérer les victimes de l’exploitation impérialiste venue piller les ressources d’un peuple sans défense, ce qui provoque les conflits de conscience d’une Akala, attachée à la paix galactique comme le camarade Honecker l’est à la paix mondiale. On pourra également interpréter les délires du Chef et des temiens comme une satire du mode de vie mondain des élites bourgeoises, construit sur le vol du produit de son travail au prolétariat. Les paroles venimeuses contaminant les esprits des cyrniens ayant assisté à la fête par l’apologie de l’oisiveté peuvent être perçues comme un constat typiquement est-allemand, pays qui par sa situation particulière fut particulièrement exposé aux idées venues de l’ouest (on peut d’ailleurs difficilement nier que la propagande sur l’abondance eut son rôle à jouer dans la chute du mur de Berlin, en contribuant à forger une certaine image de la R.F.A. pendant que la situation économique est-allemande devenait difficile).

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Où s’arrête la satire et où commencent les errements ? Il est bien difficile de le dire. Toujours est-il que Im Staub der Sterne met en avant sa singularité, et que ce n’est qu’à cette démarche qu’il doit son -très relatif- passage à la postérité. Il s’agit d’une sorte de produit d’exploitation idéologique, faisant le contrepoids de certains films américains. Une curiosité qui n’a pas beaucoup d’équivalents, ce qui avouons-le n’en fait pas pour autant un incontournable mais un film qui mériterait tout de même un visionnage.

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