Cinéma Comédie

Hollywood Boulevard – Allan Arkush & Joe Dante

Ecrit par Loïc Blavier

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Hollywood Boulevard. 1976.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie
Réalisation : Joe Dante & Allan Arkush
Avec : Candice Rialson, Dick Miller, Jeffrey Kramer, Richard Doran…

A la New World Pictures de Corman, tout le monde avait sa chance. Son appétit ayant été aiguisé par son travail sur la production de Big Bad Mama, John Davison, alors chargé de la promotion des films New World, paria avec Roger Corman qu’il pouvait faire tout aussi bien que ces films, et ce dans un délais très réduit de dix jours et dans un budget étriqué de 100 000 dollars. Parti tenu par Corman, qui au passage réduisit les coûts de 40 000 dollars. Davison, intronisé producteur, alla donc chercher Allan Arkush et Joe Dante, deux des responsables du département des bandes-annonces qui souhaitaient s’essayer à un rôle un peu plus créatif que les bidouillages destinés à rendre attrayantes les productions pas forcément très avantageuses de Cirio H. Santiago. Notons au passage le copinage de Davison, qui sortait de la même école de cinéma que Arkush et qui était déjà à l’origine de la venue à la New World de Joe Dante, avec lequel il fit ses armes quelques années plus tôt sur The Movie Orgy, long montage de films « camp » en perpétuelle évolution, destiné aux campus universitaires.

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Le pari de Jon Davison avait donc tout pour n’être qu’une farce potache née à l’initiative d’un trio de débutants ne se prenant guère au sérieux. Roger Corman, pourtant réputé pour avoir le nez creux, ne l’envisagea pas autrement, obligeant Dante et Arkush à continuer leurs travaux sur les bandes-annonces (tâches dont ils s’acquittèrent durant les nuits entre leurs dix jours de tournage). Joe Dante avoua lui-même s’être attelé à l’aventure en se disant qu’il s’agissait peut-être là de sa première et dernière aventure en temps que réalisateur. Car derrière la joie légitime de pouvoir enfin s’essayer à véritable un poste créatif subsistait malgré tout la lourde tâche de réaliser un film dans des délais plus que serrés et pour un budget minuscule, à l’époque le plus petit budget alloué par Roger Corman à un film New World (ce qui n’est pas peu dire, tant Corman est déjà d’ordinaire très pingre). Pour réussir cet exploit, Davison, Dante et Arkush trouvèrent la parade : après avoir rejeté un scénario trop ambitieux de Chuck Griffith, ils s’emparèrent de celui de Danny Opatoshu, futur gendre de Steven Spielberg et auteur pour Corman de deux nudies, le premier avec des infirmières, le second avec des étudiantes. Dans le prolongement de ces films à la portée limitée, Hollywood Boulevard reprend le principe des jeunes filles peu farouches, mais l’agrémente d’une ironie toute particulière.
Le film se concentre ainsi sur Candy Hope (Candice Rialson), fraichement débarquée à Los Angeles pour devenir actrice. D’un intellect plutôt limité, la jolie Candy se fait d’abord escroquer : pensant tourner dans un film, elle sert de chauffeur à des gangsters durant l’attaque d’une banque. Une fois rechapée de cette mésaventure, son fantasque agent Walter Paisley (Dick Miller), dénicheur de talent pour le compte de la Miracle Pictures, la met en relation avec P.G. (Richard Doran), producteur intempestif de films à petit budget. Candy rejoint donc le dur milieu de la série B en compagnie de plusieurs autres starlettes en devenir, et devient au passage la petite amie du scénariste Patrick Hobby (Jeffrey Kramer).

L’intérêt principal va donc au-delà que celui des simples nudies : afin de contourner le budget limité, l’idée de Hollywood Boulevard est de faire une parodie des méthodes de fonctionnement de la New World, ce qui permet de reprendre de très nombreuses images de films maison sans dépenser un rond. Mieux : les films repris étant pour la plupart très récents à l’époque du tournage, il fut aisé de retrouver les accessoires employés pour les réutiliser à des fins de continuité. Transformé en comédie auto-parodique de la fameuse « méthode Corman », le film devint une véritable fête de la New World, et d’innombrables réguliers de Corman, nouveaux ou anciens, acteurs ou techniciens, trouvèrent le moyen de s’inviter à l’écran dans des rôles plus ou moins importants, plus ou moins référentiels : Paul Bartel, le véritable réalisateur de La Course à la mort de l’an 2000, se retrouve ainsi dans la peau du réalisateur attitré de la Miracle Pictures, pour laquelle il tourne un simili-Course à la mort de l’an 2000. Parmi les autres têtes connues du monde de Roger Corman, on retrouve entre autres Dick Miller (à qui est attribué le nom de « Walter Paisley », déjà le sien vingt ans auparavant dans Bucket of Blood), le monteur et futur réalisateur Lewis Teague, les réalisateurs Jonathan Kaplan et Jonathan Demme (ce dernier, futur réalisateur du Silence des Agneaux, endosse le costume de Godzilla), Candice Rialson, Mary Woronov, Chuck Griffith, Tara Stoheimer, Forrest Ackerman etc… Certains des concepteurs de Hollywood Boulevard (Dante, Arkush et Opatoshu) s’invitent eux aussi dans des petits rôles lors de la dernière scène du film, présentant justement les gens de la Miracle Pictures en train de faire la fête, pendant que l’agent Walter Paisley propose à Robby le Robot (de Planète Interdite) de jouer le rôle de Rhett Butler dans le remake d’Autant en emporte le vent

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Il n’est pas peu dire que l’histoire de la starlette venant à Hollywood est rapidement mise de côté au profit d’une description humoristique de la méthode Corman. La présence de Candy Hope et de ses amies dans Hollywood Boulevard ainsi que dans les productions Miracle Pictures (clairement l’équivalent de la New World) n’est justifiée que par les scènes de nu, permettant d’illustrer le besoin convulsif de P.G. (incarnation de Corman) et de son réalisateur d’agrémenter leurs films de sexe, pour le plus grand plaisir non seulement des spectateurs de drive-ins (où ça copule à tour de bras), mais aussi pour celui des acteurs et des techniciens, qui s’en donnent à cœur joie : ils s’amusent à saboter les scènes de nu pour pouvoir les retourner plusieurs fois (alors que les scènes sans nudité ne nécessitent qu’une seule prise), les figurants prennent leurs rôles de violeurs très au sérieux et ne s’arrêtent pas lorsque le réalisateur dit « coupez », le producteur teste ses actrices dans sa camionnette après les castings en t-shirts mouillés etc etc… Loin d’en être outragées, les actrices y voient l’occasion de réussir, et participent même bien volontiers à ce petit jeu. Aucunement scandalisés, les très libéraux Dante et Arkush voient ces séries B non comme l’exploitation de cibles faciles, mais bien comme un moyen pour tout le monde, y compris pour ceux qui n’ont aucun talent, de s’illustrer dans le milieu du cinéma. Les séries B de Miracle Pictures, aussi mauvaises soient-elles (le slogan de la compagnie n’est autre que le très ironique « si c’est un bon film, c’est un Miracle », piqué au film Hellzapoppin’) offrent une totale liberté à ceux qui y participent, et tout le monde en profite, à l’exception d’une actrice trop ambitieuse (Mary Woronov) légèrement aigrie par son incapacité à sortir de la série B. Elle sera d’ailleurs à l’origine de la seul ébauche de scénario, vingt minutes avant la fin du film (une histoire de meurtres sur ses rivales, amenée à la façon des gialli de Mario Bava). Pour son premier film, Dante prouve déjà son irrévérence. Les personnages ne sont nuls autres que des Gremlins humains, agissant n’importe comment avec une totale inconscience : le film débute ainsi par le décès d’une cascadeuse dont le parachute ne s’est pas ouvert. Personne ne s’en soucie, pas plus que quelqu’un se soucie de la balle réelle ayant entraîné la mort d’une actrice sur le tournage du film suivant, tourné film aux Philippines (haut-lieu du cinéma Cormanien). Un esprit très cartoon règne sur Hollywood Boulevard, rendant ainsi très attachant ce milieu de la série B / Z duquel ils ont conscience de faire partie intégrante. A titre de comparaison, Hollywood Boulevard peut être rapproché de l’excellent Ed Wood de Tim Burton, à ceci près que Dante et Arkush, étant plongés dans l’univers qu’ils abordent, n’ont pas recours au même regard attendri que Burton. Ce dernier réhabilitait l’esprit combattif puis libéré du « pire réalisateur de tous les temps », tandis que les deux trublions de la New World, ne disposant d’aucun recul, se contentent d’exprimer leur plaisir de travailler dans ce même esprit. Les hérésies artistiques qu’ils mettent en scène en exagérant tout de même quelque peu sur l’organisation de la New World ne sont que le prolongement de cette liberté totale. C’est ainsi que les productions Miracle sont pourvus grâce à leur producteur d’un réalisateur grandiloquent faisant mine de tourner des chefs d’œuvre, d’un caméraman borgne, d’acteurs ouverts à tout… Les résultats sont forcément des films au rabais, mais à travers lesquels souffle ce vent de folie constituant le moteur des films de Corman, et, au-delà, des films bis. Les trois films tournés par le Miracle dans Hollywood Boulevard font écho aux véritables modes de l’époque ou au passé de Roger Corman : le premier renvoie aux film de gangsters très « années 30 » à la Big Bad Mama, le second invoque les films d’action philippins à la T.N.T. Jackson et les WIP à la Big Bird Cage, et quand au troisième, le plus exubérant de tous, il mélange La Course à la mort de l’an 2000, les westerns et les films de monstres des années 50. Autant que la réalisation d’économies, les stock shots deviennent de véritables illustrations du propos tenu par les réalisateurs. En ne tournant pas eux-mêmes de nouvelles scènes, Dante et Arkush se soustraient à tout reproche de partialité et sortent des preuves inattaquables car tournées sans aucun a priori. Hommage est également rendu à d’autres films, produits en dehors de chez Corman, mais que les réalisateurs assimilent au même mouvement du cinéma indépendant. Il est également permis de voir déjà chez Dante une maturité glanée avec The Movie Orgy : jonglant avec le montage de plusieurs films très hétéroclites, il parvient à utiliser le tout à bon escient, en donnant une légitimité à la structure particulière du film, parvenant même à intégrer à Hollywood Boulevard quelques pubs des années 50 à fort potentiel comique (tel un laxatif présenté comme le médicament du siècle).

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Corman dût être en effet fort surpris par le résultat de son pari. Il fut en tout cas convaincu par les talents de ses préposés aux bandes-annonces, qu’il promut immédiatement au poste de réalisateurs. Dante hérita ainsi de Piranhas, tandis qu’Arkush s’en alla faire Rock’n’Roll High School (que Dante dû finir, Arkush étant tombé malade avant la fin du tournage). Avec Hollywood Boulevard, véritable manifeste de l’école Corman, Dante et Arkush venaient d’afficher une bonne partie des styles agités qui seront les leurs durant leurs carrières respectives, qui les mèneront bien au-delà de leurs attentes (voire trop au-delà, les deux étant actuellement bannis des gros studios). Toujours entichés de la liberté donnée par la New World, Dante et Arkush retrouveront leurs camarades dans les années 80, pour fêter le dixième anniversaire de Hollywood Boulevard.

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