Cinéma Horreur

Hit and Run – Enda McCallion

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Hit and Run. 2009.
Origine : Etats-Unis
Genre : Sortie de route
Réalisation : Enda McCallion
Avec : Laura Breckenridge, Kevin Corrigan, Christopher Shand, Megan Anderson…

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Un soir de springbreak comme les autres, Mary rentre chez elle bien éméchée. En chemin, elle manque de perdre le contrôle de son véhicule en voulant éviter un pneu échoué sur la chaussée. Après cet incident sans gravité, elle arrive enfin à son domicile. Or, durant la nuit, elle entend comme des gémissements qui proviennent du garage. Guère rassurée, elle s’enquiert de l’origine de ces bruits et aperçoit avec effroi le corps d’un homme empalé sur le pare-chocs de sa jeep. Complètement paniquée, elle tente de lui venir en aide mais finit par lui fracasser le crâne à coups de club de golf sous le coup de la panique, après qu’il lui ait saisie la jambe. Sous le choc, elle s’empresse de se débarrasser du corps. Le début d’un cauchemar sans fin…

Ah, le fléau des homonymies ! Comme s’il n’y avait pas assez de cette multitude de films aux sujets interchangeables, nous devons également frayer avec ceux qui possèdent un titre déjà utilisé par un voire plusieurs autres. Il en va ainsi de Hit and Run, hier polar d’Hugo Haas (Hit and Run, 1957), demain road-movie pétaradant de Dax Sheppard et David Palmer (Hit & Run, 2012), et aujourd’hui petit film d’horreur. Comme souvent, l’horreur survient du quotidien, en l’occurrence un accident de la route aux conséquences funestes. Il s’agit d’une variation sur un thème déjà abordé par des films aussi différents dans leur approche que le sketch gore « L’auto-stoppeur » de Creepshow 2 (Michael Gornick, 1987), le slasher propre sur lui Souviens-toi l’été dernier (Jim Gillespie, 1997) ou plus récemment le drame satirique Stuck (Stuart Gordon, 2007). En barman expérimenté, Enda McCallion a mélangé ces trois films dans un shaker et en a extrait ce Hit and Run coloré et survitaminé.

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Hit and Run s’adresse volontiers à un public jeune, avec tout ce que cela présuppose de tape-à-l’œil et d’appels du pied, à commencer par l’héroïne, une plantureuse jeune femme. Mignonne à croquer, elle ne se départit jamais de tenues seyantes – même pour dormir ! – mettant en valeur une plastique irréprochable. En outre, le réalisateur abuse d’astuces à même d’aviver de bons vieux fantasmes. C’est ainsi que non content de la placer sous une pluie diluvienne afin que ses vêtements – déjà très moulants – lui collent davantage à la peau, il le fait au moment propice où la demoiselle tente d’enterrer le corps du piéton malheureux, la couvrant fort malicieusement de boue. Le tout sans oublier de placer sa caméra de telle manière que notre regard embrasse indifféremment son décolleté fort généreux ou son postérieur rebondi. Enda McCallion nous montre une Mary tellement désirable que même les yeux rougis et les traits tirés par sa profonde détresse ne suffisent à maintenir son petit ami dans une simple posture compassionnelle, ce dernier ne pouvant s’empêcher de la désirer de tout son être, matérialisant ses pensées salaces en gestes déplacés. Bref, McCallion érotise Mary au maximum dans la première partie – si l’on excepte ce plan douteux d’une contre-plongée du fond des chiottes nous la montrant en train de vomir – pour mieux la martyriser lors d’une seconde partie qui lâche la bride aux effusions de sang pour un résultat aussi convenu que dépassionné.
Ce basculement de l’intrigue dans le gore sonne le glas de l’approche plus psychologique des conséquences d’un tel drame qui affleurait à l’entame du film. Une première partie au cours de laquelle Hit and Run parvient à surprendre à plus d’un titre, bien que pas toujours de manière positive. Ainsi, l’accident initial relève t-il de la suspension d’incrédulité la plus totale. Difficile d’imaginer qu’un type puisse se faire empaler par le pare-chocs d’une automobile sans que le conducteur ne l’aperçoive à aucun moment, ou n’en ressente le choc qui ne peut être que brutal. Et c’est pourtant ce qui arrive. Mary éperonne un pauvre quidam au volant de sa jeep sans s’en rendre compte, poursuivant vaillamment son chemin jusqu’à chez elle. Ladite scène paraît tellement anodine que l’on se demande même à quelle moment va survenir le fatal accrochage évoqué par le résumé. Alors lorsqu’on prend conscience que l’accident n’était autre que cette petite embardée sur un talus, on lève les yeux de consternation. Le film démarre d’un bien mauvais pied, suivant en cela les réactions excessives d’une Mary complètement perdue qui s’enfonce un peu plus dans le pétrin à chacune de ses décisions. Et plus elle s’enfonce dans le pétrin, plus elle s’isole. Et c’est sur ce point que Hit and Run déroute. Plutôt que de nous abreuver immédiatement de scènes au suspense frelaté ou d’effets chocs attendus, Enda McCallion prend d’abord le temps d’ausculter la dérive de son héroïne, celle-ci se laissant peu à peu grignoter par une paranoïa galopante. Tout autour d’elle la ramène à sa culpabilité, à commencer par les premiers échos télévisés relatif à son acte qui mettent un nom sur l’anonyme victime – Timothy Emser – que les informations présentent comme un instituteur dévoué et un bon père de famille, diffusant en boucle une vidéo dans laquelle il chante une comptine devant un parterre d’enfants enjoués. Ce matraquage confine à la torture psychologique pour la jeune femme qui n’a même pas le soulagement – tout relatif – d’avoir écrasé un homme sans attache. Son acte n’en est que plus horrible, brisant à jamais une famille tout en laissant les survivants dans le doute. La charge émotionnelle est trop lourde pour Mary, qui se libérera de son lourd secret en craquant devant son petit ami. Un craquage émotionnel qui correspond au brusque changement de ton du film. A partir de cette scène, le récit emprunte les plates-bandes balisées du psycho killer, en prenant bien soin de ternir l’image de gendre idéal trop tôt associée à Timothy Emser.

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Préciser que le film perd alors en intérêt relève de l’euphémisme. En pilotage automatique, Enda McCallion empile les scènes-chocs à grand renfort de caméras embarquées, sans qu’aucune d’elle ne justifie la mention « non-censurée » dont s’enorgueillit la jaquette. Certes, ça saigne mais pas plus – voire moins – que bon nombre de film de cet acabit. Et puis à force de voir ce pauvre Timothy prendre des coups et se faire rouler dessus, le combat a priori disproportionné entre la jeune fille et le revenant prend des allures gaguesques que les élans moralisateurs du final ne sauraient faire oublier.

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