Cinéma Comédie

Groom Service – Allison Anders, Alexandre Rockwell, Robert Rodriguez & Quentin Tarantino

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Four Rooms. 1995.
Origine : Etats-Unis
Genre : Ennui à tous les étages
Réalisation : Allison Anders, Alexandre Rockwell, Robert Rodriguez & Quentin Tarantino
Avec : Tim Roth, Valeria Golino, Jennifer Beals, Antonio Banderas…

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Cette nuit de la Saint-Sylvestre marque le premier jour de travail de Ted (Tim Roth) en tant que garçon d’étages à l’hôtel Mon Signori. Entre une réunion de sorcières, son irruption au beau milieu d’un règlement de comptes conjugal, la garde forcée des deux enfants d’un gangster, et son intronisation en tant que garant de la bonne tenue d’un pari entre amis alcoolisés, sa nuit ne s’annonce pas de tout repos.

Ce n’est maintenant un secret pour personne, chaque nouveau film de Quentin Tarantino lui sert de prétexte pour revisiter le cinéma de genre qu’il affectionne, et qu’il ne se prive par ailleurs pas de piller, musique à l’appui. Une pratique qui amuse autant la critique qu’elle contribue à leurs yeux à faire de Tarantino un recycleur de génie, transcendant son art de la citation par des flots de dialogues aussi ampoulés qu’assommants. Paradoxalement, cette unanimité est intervenue au moment où le bonhomme a cessé de cacher son appétence au recyclage, soit à l’époque de Jackie Brown (1997). A partir de ce film, une forme de consensus semble s’être établi autour de son nom, alors même que le personnage divisait au sortir de Pulp Fiction et sa Palme d’or pour le moins controversée. Et c’est donc tout auréolé de cette gloire cannoise que le sieur Tarantino s’est lancé dans ce projet de film à sketchs, genre aussi vieux que périlleux tant l’unité est souvent difficile à trouver. Sur ce point au moins, Groom Service réussit l’impossible, parvenant à une belle homogénéité. Dommage néanmoins que celle-ci se fasse par le bas, l’ensemble étant d’une sombre médiocrité. A tel point qu’il ne fut pas distribué en France, ce qui serait tout bonnement impensable aujourd’hui pour tout film portant la signature de Quentin Tarantino.
Dans sa démarche, Groom Service rappelle la série Hotel Room (1993) initiée par David Lynch et Barry Gifford, à la différence que le film change de chambre pour chaque nouveau sketch tout en conservant une même unité de temps, alors que la série se déploie dans une seule et même chambre mais à des époques distinctes. Par l’outrance du jeu des comédiens (Tim Roth en tête), et l’absurde de certaines situations, le film renvoie également à notre Palace national, sérié créée en 1989 par Jean-Michel Ribes. Groom Service se veut souvent loufoque, et pour au moins deux sketches -les deux derniers- repose entièrement sur leur chute.

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Après le passage de témoin entre l’ancien et le nouveau garçon d’étages en guise de pré-générique, le film démarre, honneur aux dames, par le sketch d’Allison Anders « Suite nuptiale : L’élément manquant ». Il y est question de cinq apprenties sorcières, dont Madonna, qui se réunissent dans la suite nuptiale afin de ramener à la vie Diana, une artiste de variété à la vocation de sorcière. Lors de sa nuit de noces, un homme jaloux lui a lancé un sort, changeant son mari en poisson rouge, et elle en pierre. Pour inverser le sort, chacune des demoiselles doit amener un élément primordial nécessaire à la formule. Or, l’une d’entre elle, Eva, a failli, n’ayant pu rapporter le sperme de son petit ami. C’est là qu’intervient Ted.
Entre humour pas drôle (Eva n’a pas rempli sa mission car elle n’a pu s’empêcher d’avaler la semence de son petit ami), effets volontairement ringards (le charme que lance Eva à Ted apparaît à l’écran par l’intermédiaire de petits cœurs tournoyant autour de sa tête), et érotisme forcé (seules deux actrices -les moins connues- dévoilent leur poitrine, et sans raison d’ailleurs), ce premier sketch a tôt fait de nous faire bailler aux corneilles. Rien ne fonctionne, Allison Anders ayant semble t-il comme seule ambition de mettre à mal le professionnalisme de Ted. Ce dernier, en bon employé soucieux de respecter les conseils de son prédécesseur (pas de sexe avec la clientèle !), tentera de résister jusqu’au bout aux avances de l’accorte Eva, en vain.
« Chambre 404 : Un mari jaloux », réalisé par Alexandre Rockwell, place de nouveau Ted dans une position inconfortable. Faisant irruption dans la chambre d’un couple en plein déchirement, il est pris à parti par le mari qui l’accuse d’être l’amant de sa femme.
Histoire aux enjeux vaudevillesques et au jeu surjoué, à l’exception de Jennifer Beals qui dans sa position de femme ligotée est contrainte à un minimum de sobriété, « Un mari jaloux » tourne rapidement en rond. Si certaines mimiques de Tim Roth demeurent irrésistibles, le sketch repose trop sur son seul abattage pour vraiment nous tenir en haleine. Au fond, on se fiche comme d’une guigne de savoir si le mari est effectivement cocu, ou si son épouse en joue pour mettre à l’épreuve ses sentiments à son égard. Et comme le réalisateur aussi, cela fait au moins un point sur lequel nous parvenons à un accord.
« Chambre 309 : Les Enfants terribles » met Ted aux prises avec les deux enfants turbulents d’un parrain de la pègre. Condamné à jouer les nounous, Ted aura toutes les peines du monde à se faire respecter.
Signé Robert Rodriguez, ce sketch confirme sa propension au second degré, et annonce ses Spy Kids à venir avec ces enfants placés au premier plan de l’intrigue. Il en résulte un humour enfantin à base de pieds qui puent, et de gamins jouant aux adultes en fumant et buvant de l’alcool fort. Le cocktail est le plus souvent aux limites de l’insupportable, mais la chute, aussi inattendue que propice à un tableau final burlesque finit par emporter le morceau. A noter la présence amicale d’Antonio Banderas dans la défroque du papa gangster, caricature du latin lover jusque dans sa manière de vouloir coiffer son fils à son image.
« Suite Royale : L’Homme de Hollywood » envoie Ted finir sa longue nuit auprès de trois soiffards désireux de se lancer dans un pari particulièrement tordu. Sur place, il croise Angela, l’épouse ligotée et bâillonnée de la chambre 404, ce qui tendrait à prouver la véracité des soupçons adultérins de monsieur son époux.
Au terme de trois segments laborieux arrive enfin celui de Quentin Tarantino, nom sur lequel s’est monté le projet, et donc en quelque sorte garant de sa viabilité. Le moins que l’on puisse dire est que notre attente ne s’en trouve guère récompensée. Ce sketch nous montre un Quentin Tarantino sous son jour le plus pénible, construit autour de longues plages dialoguées pour ne rien dire, elles-mêmes agrémentées de mouvements de caméras aussi sophistiquées que totalement vains. Et comme si cela ne suffisait pas, le bougre s’attribue le rôle de cet homme d’Hollywood, bavard impénitent, dans un geste de pur masochisme. C’est bien simple, il est à baffer. Plus encore lorsqu’il en joue abondamment, plaçant dans la bouche des personnages secondaires des supplications qui l’enjoignent à couper court à sa logorrhée. A la pauvreté des dialogues s’ajoute celle des décors, particulièrement sommaires pour une Suite royale, et d’une intrigue dont la chute s’apparente à un majeur tendu à l’intention des spectateurs. J’aurais mauvaise grâce de m’en formaliser tant celle-ci m’a procuré un profond soulagement. Pour mémoire, Bruce Willis, sans doute reconnaissant au réalisateur d’avoir sorti sa carrière de l’ornière en l’incorporant à l’aventure Pulp Fiction, joue ici les utilités sans grande conviction.

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Groom Service est un mauvais film qui de par sa nature même de compilation de sketches aurait dû rester anecdotique s’il n’entérinait une association amorcée sur un mode mineur sur le plateau de Desperados. En l’espace de ces deux expériences, Robert Rodriguez et Quentin Tarantino se sont suffisamment trouvés d’atomes crochus pour que leur carrière respective avance de concert au gré de leurs collaborations. Pour le meilleur, cela donne Une nuit en enfer, pour le pire, Sin City et les films « Grindhouse« . Soit une poignée de films emplis de gimmicks et de citations en tous genres pour un résultat souvent désastreux et faussement malin.

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