Cinéma Drame

Ghosts of the Civil Dead – John Hillcoat

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Ghosts of the civil dead. 1988.
Origine : Australie
Genre : Oppressant
Réalisation : John Hillcoat
Avec : David Field, Mike Bishop, Chris De Rose, Kevin MacKey…

Un 25 octobre, la Centrale pénitentiaire Pilote a été mise en état d’isolement suite à une soudaine explosion de violence à l’encontre des gardiens de la prison. Le film relate les faits antérieurs qui ont conduit à cette tragédie.

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Lorsque Ghosts of the civil dead sort en France en avril 1990, soit 2 ans après sa réalisation, John Hillcoat est un parfait inconnu dans le milieu du cinéma. Et pour cause puisqu’il s’agit là de sa première réalisation, lui qui jusqu’à présent se cantonnait au milieu du clip vidéo, notamment pour son ami Nick Cave, leader des Bad Seeds. Ce dernier est d’ailleurs co-auteur du scénario, compose la musique du film (ce qu’il fera pour chacun des films de John Hillcoat) et interprète même l’un des taulards, les deux hommes poursuivant au cinéma une collaboration entamée dans le milieu de la musique. Peu prolifique, 4 films en 20 ans, John Hillcoat est de surcroît plutôt discret et ses films assez confidentiels. Nanti d’une vedette en tête d’affiche -Viggo Mortensen- et adaptation d’un roman qui a obtenu le prix Pulitzer, La Route a quelque peu changé la donne, offrant à son dernier né une meilleure visibilité qu’aucun autre de ses films. Par ricochet, cela a permis à La Proposition, très bon western situé dans le bush australien, de sortir enfin sur quelques écrans français. Mais même si l’on peut s’en réjouir, cela reste une sortie à la sauvette qui ne répond qu’à une opportunité offerte par l’actualité. Heureusement, il existe des manifestations mues par un vrai désir de faire découvrir des films rares et qui n’attendent pas une quelconque actualité pour les présenter au public. Ainsi, les programmateurs de L’Étrange Festival ont déjà par le passé proposé La Proposition et Ghosts of the civil dead au public. Et tout récemment encore, Fabrice Calzettoni a programmé le premier film de John Hillcoat lors de son nouveau rendez-vous « L’épouvantable bis » grâce auquel j’ai pu le découvrir dans ma bonne ville de Lyon, qui n’avait plus connu une telle effervescence autour du cinéma depuis les premiers pas du cinématographe ! Et voilà comment je retombe habilement sur mes pieds pour aborder enfin ce Ghosts of civil dead particulièrement atypique.
Le film de prison est un sous-genre aux codes bien définis et qui en ce sens répond à toute une série de stéréotypes allant des mâtons sadiques à l’absence de personnages féminins en passant par une violence exacerbée. Et pour peu qu’on ait vu Oz, l’excellente série de Tom Fontana, le monde carcéral n’aura plus vraiment de secret pour nous. A ce propos, la ressemblance frappante entre la disposition de Emerald City et celle de la prison Pilote laisse à penser que Tom Fontana a vu Ghosts of the civil dead et qu’il s’en est inspiré. Toutefois, John Hillcoat n’a pas réalisé un film de prison comme les autres. Il évite toutes les scènes de la vie en communauté. On ne voit donc pas les prisonniers sortir dans la cour du pénitencier, ni les coutumières formations en groupes ethniques. Quant au monde extérieur, nous n’en verrons que le désert qui entoure le pénitencier lors des quelques plans d’ouverture. Ce parti pris renforce l’isolement des prisonniers dont nous ne saurons rien, ou presque. John Hillcoat ne cherche pas à sur-dramatiser la situation et encore moins à ébaucher un quelconque récit autre que l’égrenage des jours précédant ce fatidique 25 octobre. Les rapports entre les prisonniers sont donc quasiment inexistants, la plupart se murant dans le silence à l’image de Wenzil. Et lorsque ceux-ci s’expriment, ils le font en vociférant et généralement de manière peu avenante à l’encontre des gardiens. Ils crient leur colère et leur frustration découlant des décisions de plus en plus radicales des autorités pénitentiaires.
En fait, inspiré d’un livre écrit par un détenu –In the belley of the beastGhosts of the civil dead se présente comme un plaidoyer contre ces prisons de haute sécurité dite de nouvelle génération. Mais un plaidoyer sans emphase doté de la sécheresse du documentaire. Plutôt qu’à une succession de scènes de violence, John Hillcoat privilégie l’évocation, se reposant sur la neutralité d’une voix off qui annonce le moindre événement au sein de la prison. Ou alors cela passe par de brefs dialogues entre les gardiens de prison. C’est comme ça, par exemple, que nous apprendrons qu’un détenu noir s’est fait sauvagement assassiné par deux autres détenus au racisme reconnu. Les autorités jouent aux apprentis sorciers, semblant vouloir tester la résistance des détenus en leur supprimant la moindre possibilité de se distraire et en réprimant violemment le trafic de drogues. Il en résulte un climat lourd de tensions sous-jacentes que la caméra de John Hillcoat relaie sans afféteries. Ces détenus exsangues et ces matons déboussolés, il les filme avec le regard froid d’un anthropologiste. De fait, le film en devient inconfortable et étouffant. Il n’y a aucun personnage auquel se rattacher, ni aucune sous intrigue pour égayer l’inéluctable compte à rebours vers l’explosion de violence annoncée. Rien que la dureté de la vie carcérale et l’avilissement de l’être humain.

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Ghosts of the civil dead constitue une expérience à part. Devant un tel film, on se retrouve sans repères, totalement démunis face à ce qui nous est proposé du fait de l’absence des codes généralement usités dans les fictions. Mais en procédant ainsi, John Hillcoat a peut-être réalisé là le film le plus juste sur le quotidien des prisons. En tout cas, celui qui nous fait le plus ressentir le désarroi et l’impuissance qui peuvent toucher les détenus voire même les gardiens.

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