Cinéma Horreur

Génération perdue – Joel Schumacher

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The Lost Boys. 1987.
Origine : Etats-Unis
Genre : Vampires à la sauce MTV
Réalisation : Joel Schumacher
Avec : Dianne Wiest, Jason Patric, Jami Gertz, Kiefer Sutherland…

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Lucy (Dianne Wiest), fraîchement divorcée, part vivre chez son père à Santa Carla en compagnie de ses deux fils. L’aîné, Michael (Jason Patric), tombe sous le charme de Star (Jami Gertz), une jeune femme aperçue à la fête foraine. Malheureusement pour lui, elle traîne avec la bande du coin dirigée par David (Kiefer Sutherland). Têtu, il s’accroche à la bande dans l’espoir de la séduire, ce qui l’amène à trinquer en leur compagnie en buvant ce qu’il croit être du vin. Grave erreur. David et ses amis sont en fait des vampires, et ce qu’il a cru être du vin n’est en réalité que le sang du chef de bande. Voilà donc Michael totalement désemparé, à mi-chemin entre le statut de vampire et d’être humain. Sa seule planche de salut est son frère cadet, Sam (Corey Haim), au courant du mal qui le ronge, et qui dispose de relations en la personne des frères Frog, les tenanciers d’une boutique de comics qui semblent en savoir long sur les vampires. Leur mission, trouver le maître des vampires dont la mort constitue le seul moyen de sauver Michael d’une vampirisation définitive.

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Dominé encore et toujours par la figure emblématique de Dracula (John Badham en réalise une énième version en 1979), le mythe vampirique au cinéma s’ouvre à la voie du changement dans le courant des années 80. A la suite d’un Vampire, vous avez dit vampire ? payant son tribut au genre tout en lui apportant une petite touche de modernité, d’autres films vont s’engouffrer dans la brèche en s’éloignant de plus en plus de l’imagerie très bon chic bon genre du vampire des Carpates.
Dans Génération perdue, les vampires ressemblent aux chanteurs de certains groupes de rock de l’époque type The Cult : nuques longues, cheveux permanentés et peroxydés, boucles d’oreille ostentatoires et longues bottes. Ils incarnent cet esprit rebelle qu’on aime bien prêter aux rockers en chevauchant à toute allure de puissantes motos, autre symbole de liberté. Néanmoins, c’est moins par leur aspect physique et leurs manières qu’ils séduisent, que par un mode de vie complètement décomplexé basé sur une recherche du plaisir tous azimuts et sans contraintes. Ici, toute tragédie et romantisme sont écartés au profit d’une vision très épicurienne du vampirisme. David et ses acolytes adorent leur statut de vampire. Ne jamais vieillir et pouvoir faire la fête toute la nuit suffisent à leur bonheur. Ils vivent une jeunesse éternelle et insouciante, totalement dépourvue des questionnements généralement de mise à l’adolescence. Il se crée une analogie évidente avec le mythe de Peter Pan, que le titre original –The Lost Boys– ne fait que corroborer. Ne deviendraient alors vampires que ceux qui ne souhaitent pas vieillir, s’affranchissant du même coup des règles d’une société par trop coercitive. Le choix de deux adolescents comme personnages principaux semble aller dans le sens d’une confrontation entre le mode de vie adolescent traditionnel, et donc soumis au diktat d’une autorité parentale, et l’éternité joviale proposée par ces vampires new look. Dans ce contexte, les vampires pourraient aisément semer le trouble dans l’esprit d’adolescents en mal de repères. Or, on se rend très vite compte que le film ne jouera pas dans ce registre de la séduction / répulsion. Ni séduisants, ni effrayants, les vampires du film ne revêtent aucune dimension cathartique pour les personnages. Ils ne sont que l’illustration d’un taux de criminalité si élevé que Santa Carla a été baptisée « La capitale mondiale du crime ». Et même si Joel Schumacher insiste sur les avis de recherches d’habitants disparus qui pullulent un peu partout en ville, jamais ce climat délétère n’influe sur les personnages. Ainsi, Lucy laisse sortir ses enfants en toute quiétude, comme si le simple fait d’avoir quitté une métropole pour une petite ville suffisait à la rassurer. Nos vampires jouent donc sur du velours, pouvant décimer la population à loisir sans que personne ne s’en formalise outre mesure, si ce n’est deux frangins, des adolescents qui tiennent une boutique de comics. Ces derniers croient aux vampires, et le font savoir à Sam dès leur première rencontre sans que rien dans le scénario ne vienne le justifier. En fait, les comics jouent ici le même rôle que la télévision dans Vampire vous avez dit vampire ?, celui de vecteur de croyances populaires pour un public pas forcément réceptif. Que Sam n’y entende rien en vampirisme et doive lire un comics sur le sujet pour s’affranchir de ses codes peut prêter à sourire tant ce mythe paraît ancré dans la culture populaire. Cependant, tout cela n’a rien d’anodin. Cette ignorance sert parfaitement les desseins d’un film dont le but avoué consiste à dépoussiérer l’image du vampire pour plaire à un nouveau public, un public adolescent qui n’aurait vu aucun film de vampires auparavant car prétendument trop vieux jeu. Cela s’appelle caresser le public visé dans le sens du poil et Joel Schumacher ne recule devant aucun artifice pour se le mettre dans la poche.
A en croire les interviews qu’il a données à l’époque de la sortie du film, Joel Schumacher souhaitait une approche du vampirisme proche des romans de Anne Rice (Entretien avec un vampire, Lestat le vampire) c’est-à-dire bestiale et sexuelle. Il va de soi qu’on ne trouve rien de tout ça dans le film. En guise de bestialité, nous devons nous contenter d’une brève attaque de punks, de laquelle nous ne percevrons qu’un fugace jet de sang. L’hémoglobine, le réalisateur la garde pour la fin lors d’une séquence outrancièrement gore qui ne provoque au choix que consternation ou amusement. Imaginez un vampire sombrant dans une baignoire remplie au préalable d’eau bénite et de gousses d’ail, se désintégrant tel un cachet d’aspirine effervescent et pour finir, faisant refluer l’eau par toutes les canalisations jusqu’à l’explosion en geysers de sang sortant de tous les éviers, lavabos et WC que compte la maison. De l’esbroufe totale ! Quant au sexe, si il y a bien une scène de coït entre Star et Michael, celle-ci est filmée avec beaucoup de précaution et de fondus enchaînés afin que les jeunes spectateurs ne perçoivent rien de la plastique des comédiens. De plus, Joel Schumacher évite sciemment toute imagerie susceptible de rapprocher le vampirisme de la toxicomanie (les ersatz de vampires à l’image de Michael ne souffrent pas du manque de sang). En fait, il a à cœur d’effacer toute aspérité pour rendre son film le plus grand public possible. Il ne faut donc pas s’étonner de voir que ce sont trois insupportables morveux qui prennent les commandes de la chasse aux vampires, avec toute la maladresse et le second degré que cela suppose. Peut-être est-ce dû à la présence conjointe de Corey Feldman devant la caméra et de Richard Donner au poste de producteur, mais à mi-parcours, Génération perdue prend des allures de Goonies contre les vampires qui achève définitivement d’infantiliser le genre abordé.

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Grand succès à sa sortie, Génération perdue est un pur produit de son époque à l’esthétique très MTV (couleurs criardes, fumigènes… on se croirait dans un clip). Pour sa première incursion dans le domaine du fantastique, Joel Schumacher ne fait pas honneur au genre. Se voulant relecture du mythe du vampire, Génération perdue se contente d’en reprendre les codes et de les détourner à des fins humoristiques voire parodiques, avec un engouement marqué pour le kitsch et le tape-à-l’œil. Quelques années plus tard, Joel Schumacher récidivera en reprenant la franchise Batman, démontrant que le ridicule ne l’effraie décidément pas.

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