Cinéma Comédie Drame

Garden State – Zach Braff

Ecrit par Jérémie Conde

gardenstate

Garden State. 2005.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie sentimentale amer et douce
Réalisation : Zach Braff
Avec : Zach Braff, Natalie Portman, Ian Holm, Peter Sarsgaard…

Andrew Largeman vit à Los Angeles où il essaie de percer comme acteur dans le cinéma. Obligé de faire le serveur dans un restaurant asiatique, les yeux bridés par le maquillage, Andrew apprend par son père que sa mère vient de décéder. Il prend alors l’avion en direction du New Jersey où il a passé toute son enfance.

En 2004, Zach Braff, qui s’est fait une notoriété grâce à la série Scrubs dont il est le héros, décide de réaliser son propre film. Bien qu’il se soit déjà exercé à la réalisation sur quelques épisodes de la saison 4 de Scrubs, il réalise là son premier film. Bien plus que le réalisateur, il en est aussi le producteur, le scénariste et l’acteur principal.
Fort d’un budget de 2,5 millions de Dollars (non, y’a pas de fautes de virgules !), Zach Braff se lance dans l’aventure rempli d’ambitions. Deux difficultés principales : son casting et sa bande originale. Il souhaite Ian Holm dans le rôle de son père, et Natalie Portman pour accompagner son héros dans son aventure. Tous deux, qui sortent de deux énormes super productions (Star Wars et Le Seigneur des Anneaux), acceptent de jouer dans ce film intimiste pour une somme dérisoire. Pour la bande originale, Zack Braff, qui en sera aussi le producteur, espère Coldplay, Nick Drake et Simon and Garfunkel. Sur le papier, l’utilisation de ces chansons coûte plus cher que le budget du film ! Pourtant, Zack Braff obtiendra l’autorisation de les utiliser à moindre coût. La bande originale aura alors une place fondamentale dans le film de Braff qui la gonflera des Shins, de Remy Zero, Bonnie Sommerville, Iron & Wine, Cary Brothers, Thievery Corporation, Colin Haye, Frou Frou et Zero 7. Chaque chanson épouse parfaitement les scènes du film et donne à l’ambiance générale une identité propre qui fait de ce film un petit bijou du cinéma indépendant.

Vrai film d’auteur, Garden State nous plonge en plein milieu du New Jersey où Andrew Largeman (joué par Zack Braff), revient après neuf années d’absence pour enterrer sa mère paraplégique. Il ne parle plus guère à son père psychiatre, et retrouve quelques amis d’enfance. L’un est devenu fossoyeur, un autre a fait fortune en inventant le velcro silencieux, licence qu’il a revendu pour quelques millions de dollars.
Sa vie, Andrew Largeman ne l’aime pas. Se sentant enchaîné à son passé, à sa culpabilité, il se goinfre de médicaments pour mieux vivre. Mais depuis la mort de sa mère, il a décidé d’arrêter, pour voir comment il irait. Il se sent alors plus libre, moins endormi, comme si la quantité astronomique de cachets qu’il avait avalés depuis son adolescence l’avait enfermé dans une léthargie profonde.
Il rencontre alors Sam (Natalie Portman) qui va changer, voire bouleverser sa vie. Jolie, passionnée, épileptique, sa joie de vivre et sa nature enjouée s’opposent totalement à ce que Largeman a su faire et montrer de sa vie. Son réveil progressif, qui l’emmènera dans des situations de plus en plus troublantes, de plus en plus stimulantes, vont offrir au héros la possibilité d’avancer, de grandir.
Culpabilisé à l’idée d’être responsable de la paraplégie de sa mère, Largeman, désinhibé par l’arrêt de son traitement, va découvrir la réalité, l’existence telle qu’elle est réellement, et non comme son père a voulu lui imposer. Même si les intentions du père étaient louables, voulant protéger son fils, il lui a enlevé tout désir, toute volonté, ce que Sam lui fera redécouvrir.

Avec Garden State, Zach Braff nous livre là un véritable film intimiste qui connut un large succès (pour un film indépendant). Considéré comme un film générationnel, il met effectivement en avant cette génération étouffée par ses parents, cette génération surprotégée qui n’a pas ou plus d’avenir. La peur du lendemain, la remise en question sur son futur, l’impossibilité d’être aussi libre qu’on nous fait croire qu’on l’est, avec Garden State, Zach Braff, ne se contente pas de faire un constat sur sa génération, il livre aussi un film critique sur ces personnes qui s’enferment d’eux-mêmes dans leurs rêves et qui n’en font finalement rien. Comme si la réponse qu’on attendait ne dépendait finalement pas de nos aînés, mais bel et bien de nous-mêmes.
Dans son film, Zach Braff fait de Sam l’élément déclencheur et le catalyseur de la renaissance de Largeman. Sam n’est pas qu’une potiche, son personnage est également développé et évolue au contact de Largeman. L’effort d’écriture de Zach Braff est exceptionnel, faisant des seconds rôles des personnages tout aussi importants que celui de Largeman, tous jouant un rôle primordial dans le retour à la vie de Largeman, mais eux-aussi influencés et touchés par cette métamorphose. Plus que ça, ils vont contribuer à ouvrir de nouveaux horizons.
Force du film, à aucun moment Zach Braff ne juge ses personnages. Il se contente de les montrer tel qu’ils sont, sans fioritures, allant à l’essentiel.

Mais la grande force du film n’est pas seulement sa capacité à décrire des situations et à les mettre élégamment en valeur avec de superbes chansons. L’humour y a une place prépondérante. Tout en retenu, l’humour se crée sur des absurdités, sur des situations en décalage avec ce que le film nous offre. Évitant totalement la parodie et la caricature, cet humour, distillé au compte goutte, n’est là finalement que pour montrer l’absurdité de la vie.
Comédie-sentimentale, douce et amère à la fois, faisant rire et réfléchir, pleurer (pour les plus sensibles) et sourire, Garden State (surnom de l’Etat du New Jersey), est un film unique, intime, où son auteur se livre totalement pour mieux nous toucher et nous faire réfléchir sur nous-mêmes. Ce retour aux origines, ces rencontres, ces oppositions générationnelles nous ramènent à nos propres questionnements. Tout est juste dans ce film, ce qui le classe parmi les grandes réussites de ce début du 21ème siècle. Zach Braff s’impose comme un auteur original et un réalisateur inspiré, réussissant à faire de chaque séquence un moment clé, de pure tendresse, de pure découverte, de pure comédie, bref, de pur cinéma.

On ne pourra s’empêcher de penser à Woody Allen (Zach Braff ayant joué pour ce dernier dans Meurtre Mystérieux à Manhattan), tellement les thèmes et l’humour lui sont inspirés. Environnement familial juif, humour souvent en décalage avec la situation… Mais la touche personnelle de Zach Braff est évidente. Son univers prend forme avec ce premier film qu’on ne peut que saluer tant les nombreuses initiatives et les nombreux risques se sont soldés par une totale réussite à tous les niveaux.
Garden State, ou ce que le cinéma indépendant sait faire de mieux.

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