Action Cinéma Science-Fiction

Future Cop 2 – Charles Band

Ecrit par Loïc Blavier

Trancers II. 1991.
Origine : Etats-Unis
Genre : Action / Science-Fiction
Réalisation : Charles Band
Avec : Tim Thomerson, Helen Hunt, Megan Ward, Richard Lynch…

Six ans se sont écoulés depuis que Jack Deth a contrecarré les plans de l’infâme Whistler. Venu du futur, celui-ci s’était mis en tête d’assassiner les ancêtres des grands pontes du Los Angeles de 2247 avec l’aide de ses simili-zombies, les Trancers. Deth avait lui aussi été renvoyé en 1985 et y est resté, coulant des jours heureux auprès de Leena, qui lui avait prêté main forte. Mais en 1991, un certain E.D. Wardo se met à marcher dans les pas de Whistler (nul autre que son frère), projetant de créer une nouvelle armée de Trancers et d’assassiner Hap Ashby, seul ascendant encore en vie des dirigeants du Los Angeles de 2247. Deth en est informé par McNulty, son chef du futur qui, contrainte génétique oblige, a pris l’apparence de sa propre ancêtre de 15 ans. Et pour couronner le tout, Jack apprend que sa femme de 2247 qu’il croyait morte a été finalement temporairement sauvée et se retrouve elle aussi en 1991 pour lui filer un coup de main. Sauf qu’elle est directement tombée aux mains de Wardo, qui cache sa ferme à Trancers derrière un centre de réhabilitation pour les sans abris et les marginaux…

Compliquée à résumer, cette intrigue ! Il en va ainsi des histoires de voyages dans le temps auxquelles viennent se rajouter des séquelles pas toujours judicieuses. Celle de Trancers, alias Future Cop, n’avait a priori pas trop de problèmes de cohérence sur lesquels cogiter, tant le premier film n’utilisait l’argument science-fictionnel que comme un simple prétexte pour de l’action au second degré enrichie de quelques fantaisies futuristes. Le succès commercial amplement suffisant aux yeux de Charles Band justifiait le retour de Jack Deth. Manque de chance, la banqueroute d’Empire, compagnie productrice de Trancers, repoussa le projet. Une vingtaine de minutes furent bien tournée dans le but d’être incorporée au film à sketchs Pulse Pounders, mais celui-ci étant bloqué par la chute d’Empire, Jack Deth resta temporairement sur le carreau… Pour l’anecdote, Pulse Pounders a refait surface en 2011 et le segment de Trancers, baptisé Trancers: City of Lost Angels a même eu droit à son propre DVD. Mais pour voir le véritable opus 2 de la série, il fallut attendre 1991, le temps pour Charles Band de refonder une nouvelle compagnie, Full Moon. Toujours aux manettes, lui qui s’était fait si discret en matière de réalisation du temps d’Empire, Band peut en outre compter sur l’aide d’une poignée de fidèles : David DeCoteau (co-producteur), Ted Nicolaou (montage), Andy Horvitch (montage aussi), le tandem Phil Davies et Mark Ryder (compositeurs), ainsi évidemment que les personnages principaux du premier film : Tim Thomerson, Helen Hunt (qui allait bientôt se faire un nom avec la série Dingue de toi), Biff Manard et Art LaFleur. Et, cerise sur le gâteau, les deux acteurs les plus prestigieux de l’époque Empire, Barbara Crampton et Jeffrey Combs, viennent aussi rendre une petite visite, en compagnie de ces deux trognes toujours bienvenues que sont Martine Beswicke et Richard Lynch. Bref, pas grand chose ne change, et tout laissait présager que Trancers 2 serait du même acabit que son prédécesseur. Et pourtant… Bien que ça ne soit pas le genre de la maison Band, il faut admettre que le réalisateur commet une faute irréparable : il se repose sur son scénario. Non pas dans le but de faire du film quelque chose de sérieux à la façon des Terminator de Cameron : il n’oublie pas que le second degré est sa marque de fabrique… Mais à force de nous exposer tous les tenants et aboutissants de la nouvelle mission de Jack Deth, de la complexifier en lui agrémentant l’envoi de sa femme décédée sans vraiment l’être (ses supérieurs sont d’abord allés la rechercher la veille de sa mort pour la renvoyer en 1991), de spéculer sur le retour ou non de Jack au XXIIIe siècle (où il est promis à un brillant avenir), de mettre l’accent sur la compagnie écran fondée par le grand méchant pour couvrir sa ferme à Trancers, non seulement les choses perdent de leur clarté mais surtout le film finit par s’encroûter et par passer à côté de ce qu’on attend de lui. Si ce n’est dans le final, où tout se décante, il n’y a pas grand chose à se mettre sous les yeux. Quelques rares attaques de Trancers vite torchées font office de trompe l’œil et ne suffisent pas à remplir le cahier des charges. Du point de vue du rythme comme de l’esthétique, le film ne retrouve pas ce grain de folie un peu kitsch qui parcourait le premier volet et Band a beau truffer son film d’autres éléments, rien ne fait prendre sa mayonnaise. Trancers 2 se fourvoie dans ce petit côté bavard et stérile qui pouvait encore se justifier dans son exposition, mais dont finalement nous ne sortons pas, ou si peu. Faire de l’action science-fictionnelle en paroles, ce n’est clairement pas la même chose que d’assister à un spectacle de série B.

Ainsi, pour remplir son film, ou du moins pour faire croire qu’il contient quelque chose, Band s’accroche à tout ce qu’il peut. Et en premier lieu à l’humour. Lequel s’exprime surtout par quelques répliques bien senties dans la pure tradition des années 80 et par des personnages fantasques qui finissent par lasser : l’incarnation du bourru McNulty dans une morveuse de 15 ans, la replongée alcoolique de Hap Ashby qui se met à faire n’importe quoi pendant que les Trancers sont à ses trousses (ainsi, il organise un match de baseball en plein parking avec quelques sans-abris âgés qu’il arrose de liqueurs fortes), un infirmier à moitié fou qui minaude à grand renfort de grimaces… Au milieu de cela, Jack Deth en est réduit à pas grand chose et n’a pas vraiment l’occasion d’affirmer sa nature de dur à cuire. Plutôt que de combattre des Trancers extrêmement discrets, il passe son temps à spéculer sur ce que projette Wardo (le grand méchant), sur la façon dont s’y prendre pour le combattre et à souder son petit groupe d’hurluberlus, entre Ashby qui s’est remis à la bouteille, sa femme du futur travaillée par ses hormones et sa femme du présent qui lui fait des scènes de ménage, allant jusqu’à claquer la porte juste avant l’affrontement final. Car bien entendu, Charles Band ne peut résister à la tentation du vaudeville amoureux… Le film souffre en fait d’un trop plein de personnages : la plupart ne servent à rien en plus de ne pas voler bien haut, mais le réalisateur s’est mis en tête de s’attarder sur eux non pas pour leur apport à l’action (encore qu’en évoluant en solo, au début, la future Mme Deth a fait un temps illusion), mais pour leurs personnalités et leurs relations. Et au passage, trois invités de renom (Beswicke, Combs et Crampton) sont totalement gâchés dans la défroque de personnages purement utilitaires : Beswicke et Combs sont les deux assistants de Wardo et Crampton n’est que l’intervieweuse du même méchant lorsque celui-ci fait la promo télévisée de son projet… Beswicke arrive malgré tout à tirer son épingle du jeu en jouant aux matrones de « WIP », mais la sensation dominante est que ces trois « pointures » ne sont là que pour compléter le casting et faire diversion. De son côté, le fameux Wardo -joué par Richard Lynch- tient plutôt bien son rang, celui d’un vilain drôle de série B qui complote une vilénie dans le dos du monde. Faute d’opposition, il demeure assez passif, attendant sagement que ses sbires lui ramènent des patients qu’il pourra ensuite transformer en Trancers grâce à son herbe importée du futur. Comme le spectateur, il attend en fait que quelque chose daigne se passer, et on l’excusera bien volontiers de s’être un peu trop vite précipité à la gorge de Jack Deth une fois que celui-ci s’est enfin mis en mouvement.

D’un ennui fort peu caractéristique des productions Charles Band de l’époque Empire, Trancers 2 a perdu toutes les qualités de son prédécesseur. Beaucoup de promesses et peu de concrétisation, pas même celle de la fuite en avant dans l’absurde. Le film ressemble à un téléfilm, plat, anodin, inconséquent et à l’humour convenu. Une bien piètre façon d’imposer Jack Deth comme le héros maison, et un mauvais présage pour les débuts de la Full Moon.

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