Action Cinéma

Full Contact – Sheldon Lettich

Lionheart. 1990.
Origine : États-Unis
Genre : Combats de rue
Réalisation : Sheldon Lettich
Avec : Jean-Claude Van Damme, Harrison Page, Deborah Rennard, Lisa Pelikan, Brian Thompson.

Engagé dans la Légion étrangère pour encore 6 mois, Léon Gaultier se heurte à l’inflexibilité de ses supérieurs, lesquels lui refusent une permission pour se rendre à Los Angeles au chevet de son frère gravement brûlé. Plaçant la famille au-dessus de tout, Léon déserte et quitte Djibouti à bord du premier navire qui veut bien de lui. Sauf qu’à la suite de quelques contre-temps, il arrive trop tard. Son frère est mort et sa belle-sœur lui refuse l’hospitalité, lui reprochant son absence. Meurtri, Léon n’a d’autres choix que de faire confiance à Joshua, un magouilleur rencontré au cours de ses pérégrinations. Par son intermédiaire, il se retrouve dans les griffes de Cynthia, une riche bourgeoise qui aime à s’encanailler dans le milieu des paris clandestins et qui fait de lui son champion. Pour Léon, enchaîner les combats s’avère le plus simple moyen pour engranger le maximum d’argent et ainsi subvenir aux besoins de sa belle-sœur et de sa nièce.

Full Contact marque le début d’une décennie emplie d’espoirs pour Jean-Claude Van Damme. Apparu à un moment où la carrière de Sylvester Stallone – l’un de ses concurrents désignés – amorçait un creux, il se voit offrir l’occasion d’asseoir son statut de star montante du cinéma d’action en s’appuyant sur les succès de Bloodsport : Tous les coups sont permis et Kickboxer. Et comme on est jamais si bien servi que par soi-même, il reprend la plume – il était déjà à l’origine de Kickboxer – pour se concocter une histoire sur mesure où bien entendu ses aptitudes au combat seront magnifiées. Il est encore à un stade de sa carrière où l’artiste martial prend le pas sur le comédien, comme en atteste l’affiche du film, laquelle nous le dévoile dans la posture inconfortable qu’il chérit tant, et qui n’a pas grand chose à voir avec l’intrigue, le grand écart. Au générique, on retrouve déjà quelques habitués de sa filmographie dont Eric Karson, réalisateur de Black Eagle – L’Arme absolue au poste de producteur et qui s’octroie en outre le rôle du médecin, personnage auquel il incombe d’annoncer la mauvaise nouvelle à Léon. Quant à la réalisation, elle revient à l’inexpérimenté Sheldon Lettich, lequel avait déjà participé à l’écriture de Bloodsport et qui par la suite réalisera trois nouveaux Van Damme, un Dolph Lundgren (The Last Patrol) et un Mark Dacascos (Only the Strong). Un homme qui aura donc voué sa carrière aux seconds couteaux du cinéma d’action.

Cet esprit de famille qui régit le tournage – on peut en ce sens ajouter la présence des frères Qissi, Michel (l’un des légionnaires à sa recherche) et Abdel (le bien nommé Attila, adversaire du dernier acte), amis de Van Damme depuis ses années de compétition – se retrouve également au cœur du film. Léon Gaultier nous est dépeint comme un être désintéressé dont le moindre acte découle de son amour pour sa famille. On comprend ainsi qu’il s’est engagé dans la Légion après avoir couvert les trafics de son jeune frère. A la mort de celui-ci, en grand frère responsable, il met un point d’honneur à subvenir aux besoins de sa veuve et de sa fille. Et il a bien du mérite face à l’ingratitude qu’on lui oppose. Plutôt que de l’accueillir à bras ouverts, la veuve éplorée le rejette, l’accusant d’être responsable du sort de son frère. Et comme si cela ne suffisait pas, Léon doit composer avec la présence insistante de deux légionnaires mandatés par leur supérieur afin de le ramener au bercail manu militari. Sa famille d’adoption ne supporte guère sa fugue alors même qu’elle lui avait gracieusement offert l’hospitalité car comme le lui rappelle son supérieur, Léon a dit adieu à sa famille le jour où il est entré dans la Légion. Une épée de Damoclès pèse donc constamment au-dessus de sa tête. Du moins en théorie. Dans les faits, les deux légionnaires à ses trousses ne prennent une réelle importance qu’au moment d’apporter une dimension dramatique au récit, lorsqu’il convient d’affaiblir Léon à l’approche de son ultime combat contre l’imposant et sanguinaire Attila. Ce qui n’en rendra sa victoire que plus éclatante.

Peut-être échaudé par l’indifférence rencontrée par Cyborg et son univers post-apocalyptique, Jean-Claude Van Damme revient à l’essence de son succès : un enchaînement de combats avec des adversaires toujours plus dangereux jusqu’au boss final, pour reprendre une terminologie vidéo-ludique qui colle bien à la construction du récit. Un soin tout particulier est donc apporté aux combats. Pas tant dans leur mise en scène – celle-ci reprend les gimmicks des précédents Van Damme à savoir les ralentis et les prises doublées de certains coups – ni dans leur intensité dramatique (la puissance des frappes semblant toujours la même, on a du mal à distinguer le coup précis qui fait vaciller l’adversaire), mais davantage par la multiplicité des décors. Le film propose l’irrésistible ascension du combattant Léon, baptisé Cœur de lion par Cynthia (d’où le titre original), lequel démarre dans la rue pour ensuite se battre dans un parking souterrain puis dans un entrepôt à la lumière des phares de voitures garées côte-à-côte afin de constituer un cercle parfait, une piscine à moitié vidée de son eau et dans les jardins d’une belle villa. A chaque combat, il démontre un bel esprit sportif – il n’hésite pas à saluer ses adversaires, ne recherche pas les coups bas – et une grande capacité à encaisser. Les coups de poing comme les coups du sort. Son périple lui réserve de belles (Joshua, un magouilleur au grand cœur) comme de mauvaises rencontres (Cynthia et son gorille, le massif Brian Thompson), lesquelles visent à le magnifier. Brave parmi les braves, Léon, par sa seule volonté et une abnégation à toute épreuve, parvient à retourner les consciences. Seule lui résiste Cynthia, vexée qu’il se soit refusé à elle. Léon n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite, et encore moins en matière de sexe. Bon prince, Jean-Claude Van Damme consent néanmoins à souvent tomber la chemise et offre même une vision de son postérieur, histoire d’offrir quelques émois bon marché à ces messieurs-dames. Même s’il tente de nous émouvoir en ayant la larme à l’œil en apprenant le décès de son frère ou dans ses rapports avec sa nièce, Van Damme reste avant tout un modèle pour posters. Il se fait ainsi sans peine voler la vedette par Harrison Page (Joshua) voire Deborah Rennard (Cynthia), beauté froide dont l’unique passe-temps consiste à manipuler les hommes pour son bon plaisir. Son personnage induit un sous-texte social avec l’éternelle exploitation des pauvres par les plus riches, que Sheldon Lettich relaye en captant la misère dans les rues de New York puis de Los Angeles. Néanmoins, Léon ne revêt pas les atours du défenseur des opprimés. Tout au plus donne t-il quelques dollars à une gamine sans abri au détour d’une scène. En œuvrant à sécuriser l’avenir des siens, il défend avant tout son honneur de nouveau chef de famille.

Full Contact entérine les choix de carrière de son acteur vedette. Encore une fois, le public se montre fidèle au rendez-vous même si le spectacle proposé s’avère de médiocre facture. Petit à petit, Jean-Claude Van Damme s’américanise. Il renonce à l’aspect exotique des Bloodpsort et Kickboxer pour se placer sous l’ascendance des glorieux anciens. Avec ces combats de rue pour mettre du beurre dans les épinards, Full Contact s’inscrit dans la lignée du Bagarreur avec Charles Bronson ou du dyptique Doux, dur et dingue et Ça va cogner avec Clint Eastwood. Mais en pur fruit de son époque, Jean-Claude Van Damme perd en authenticité ce qu’il gagne en clinquant, suivant en cela l’évolution des goûts du public. Et il faut lui reconnaître de s’être peu trompé durant cette première moitié des années 90.

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