Cinéma Horreur

Fright Night – Craig Gillespie

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Fright Night. 2011.
Origine : Etats-Unis
Genre : Pâle resucée
Réalisation : Craig Gillespie
Avec : Colin Farrell, Anton Yelchin, Imogen Poots, David Tennant…

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Charley Brewster (Anton Yelchin) mène une existence paisible jusqu’au jour où Ed (Christopher Mintz-Plasse), son ami d’enfance, tente de le convaincre de la nature vampirique de son nouveau voisin, le ténébreux Jerry (Colin Farrell). Pensant qu’il a encore affaire à l’un de ses délires de geek, Charley l’envoie bouler, non sans s’être bien moqué de lui au passage. Pourtant, lorsque le lendemain Ed vient à manquer à l’appel, le doute commence à s’immiscer en lui. Un doute qui se meut rapidement en certitude à l’aune des preuves que Charley glane dans la chambre de son ami et de la visite de la maison de Jerry.

Il y a de ça 27 ans, sortait sur nos écrans un film fantastique au titre un brin ridicule (merci le retitrage !) mais qui fit son petit effet dans le landerneau de la presse spécialisée. Première réalisation de Tom Holland, Vampire… vous avez dit vampire ? mêlait habilement hommage à tout un pan du cinéma fantastique et relecture du genre, le tout saupoudré d’une petite touche d’humour qui n’interdisait pas une approche très premier degré des mécanismes de la peur. Et si le film connut une belle carrière en salle, ce fut néanmoins sur le marché de la vidéo qu’il acquit ses lettres de noblesse, devenant un titre phare de ce que les années 80 avaient pu produire de mieux dans le genre. Autre atout non négligeable du film, le visuel de la jaquette dont la beauté et l’aspect immédiatement évocateur ne pouvaient qu’attirer l’attention de l’aventurier du vidéoclub. C’est aussi ce genre de détail qui faisait le charme de ces petites productions, un visuel marquant qui ne s’embarrassait guère d’afficher platement la trombine des acteurs, il est vrai la plupart du temps pas suffisamment connus pour que cela constitue un véritable atout commercial. Le personnage de Jerry Dandridge n’étant pas aussi célèbre –loin de là– qu’un Leatherface, un Michael Myers, un Jason Voorhees ou un Freddy Krueger dont la seule silhouette suffit à nourrir le visuel des affiches de leurs remakes respectifs, le choix de recourir à une vedette pour l’interpréter a rapidement fait son chemin dans l’esprit des producteurs. Un nom ronflant assorti de son visage en grand sur l’affiche, et le tour est joué ! Et voilà comment nous nous retrouvons avec un visuel des plus banals, assez symptomatique du contenu de 90% de la production fantastique actuelle.

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Ce Fright Night ne déroge pas à la règle. S’il conserve les grandes lignes du concept original, il l’appauvrit la plupart du temps par une approche beaucoup plus second degré (la réapparition d’Ed en vampire constitue un long tunnel d’humour navrant que l’on voudrait in fine muer en élément dramatique), et un recours aux effets digitaux qui ôtent toute personnalité aux différentes figures vampiriques croisées au cours du récit, Jerry au premier chef. Ce dernier pâtit par ailleurs de l’interprétation assez terne de Colin Farrell, qui se contente de surjouer les beaux bruns ténébreux sans jamais conférer à son personnage une once de l’aura malfaisante qui est censée planer sur ce quartier, en partie dépeuplé par ses soins. A ce propos, il est assez amusant (ou consternant, c’est selon) de constater à quel point les habitants de ce quartier pavillonnaire sis en plein désert en marge de Las Vegas peuvent disparaître du jour au lendemain dans l’indifférence générale. Semblant peu soucieux de leurs contemporains, les habitants appréhendent la chose d’un laconique « les gens ne restent jamais bien longtemps par ici ». Après tout, cela demeure plausible lorsqu’il s’agit d’une famille entière, quoiqu’on ait du mal à imaginer que personne n’ait été mis dans la confidence. Mais dans ce cas, que penser des parents d’Ed dont la disparition ne suscite chez eux aucune inquiétude ? Démission parentale ou simple laisser-aller d’un scénariste peu regardant quant à la logique interne de son récit ? La balance penche de toute évidence vers la seconde option. C’est dommage tant, pour expliquer cette indifférence, le film pouvait jouer sur le repli sur soi des gens, peu enclins à s’ouvrir aux autres et donc par conséquent, à connaître leur voisinage. En outre, cela aurait pu apporter une dimension nouvelle au cliché du « je n’entre que si j’y suis invité » de la figure vampirique. Mais Craig Gillespie n’est pas réalisateur à innover. Il se contente d’illustrer platement son propos tout en suivant la mode du moment. Revenu sur le devant de la scène grâce au romantisme neuneu de la saga Twilight, le vampire redevient susceptible d’attirer les foules. Toutefois, à la différence d’Edward, Jerry n’est pas du genre à renoncer à sa ration quotidienne de sang. Il serait même du genre prévoyant, conservant dans des pièces cachées certaines de ses victimes dont il s’abreuve de temps à autre. L’hémoglobine coule donc généreusement durant le film mais sans jamais créer de malaise. Cela reste du gore grand public que l’on teinte le plus souvent d’humour, sans jamais chercher à surprendre voire choquer le spectateur. La nouvelle version se montre même pudibonde, Charley et sa petite amie n’ayant pas consommé leur union, au contraire de leurs prédécesseurs. Cela tranche avec la vie de débauché que mène Peter Vincent, qui dans cette version perd toute sa dimension nostalgique au profit d’une dimension purement comique. Terminé l’hommage aux grandes heures du cinéma fantastique, ici, on se moque plus volontiers de certains spectacles grand-guignolesques présentés à Las Vegas à grand renfort d’effets pyrotechniques. Le statut d’imposteur du bonhomme ne fait aucun doute, mais cela n’empêche pas les geeks de voir en lui une sommité dans le domaine vampirique alors même que toutes les informations qu’il communiquera à Charley pouvaient être trouvées sur le web. Ce dernier n’y avait-il pas déjà déniché un module illustrant la meilleure manière de crocheter une serrure ? Néanmoins, ce rajeunissement du personnage reste ce qu’il y a de plus sympathique dans le film. Dans le rôle, David Tennant (l’une des nombreuses personnifications du Doctor Who, populaire série de la BBC) s’amuse et nous amuse, composant un savoureux duo avec la ravissante Sandra Vergara, alias Ginger. Chacune de leurs scènes amènent un peu de vie et de verdeur à un ensemble trop policé, et finalement assez quelconque jusque dans sa trop heureuse conclusion.

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Enième représentant de la facilité dans laquelle ont sombré bon nombre de productions hollywoodiennes, ce Fright Night version 2011 ne fait, comme trop souvent avec les remakes, pas oublié le premier film. Le Vampire… vous avez dit vampire ? de Tom Holland transpirait la passion et l’amour du genre là où chez Craig Gillespie tout ne fleure que calculs et opportunisme. Pour une fois, le public ne s’y est pas trompé puisqu’il a copieusement boudé ce remake. Certes, ce n’est pas cet échec qui va suffire à convaincre les producteurs de cesser leur relecture effrénée du cinéma des années 80 mais cela reste toujours appréciable lorsque le public ne tombe pas dans le panneau de la fausse nouveauté.

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