Cinéma Horreur

Freddy – Les Griffes de la nuit – Samuel Bayer

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A Nightmare on Elm Street. 2010.
Origine : Etats-Unis
Genre : Rendors-toi, Freddy !
Réalisation : Samuel Bayer
Avec : Jackie Earle Haley, Rooney Mara, Kyle Gallner, Katie Cassidy…

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Qu’est-il arrivé à Dean Russell ? Juste avant de se donner la mort sous ses yeux, il avait fait part à Kris de sa peur de s’endormir à cause de cauchemars persistants et aux répercussions bien réelles. Encore sous le choc, l’adolescente commence à souffrir du même mal. Lorsqu’elle ne se revoit pas enfant, elle subit les attaques d’un monstrueux personnage au visage brûlé et pourvu d’un gant serti de griffes acérées. Ce même personnage qui hante aussi les nuits de Nancy et Jesse, deux autres camarades de classe, et qui serait lié à leur enfance. Un dénommé Freddy Krueger.

Né de l’esprit tortueux de Wes Craven, Freddy Krueger compte parmi les figures les plus emblématiques du cinéma fantastique des années 80. Fort de 7 films de qualité inégale et d’un versus de triste mémoire qui l’oppose à son pendant plus terre-à-terre Jason Voorhees, le grand brûlé a ainsi asséné ses coups de griffes pendant trois décennies sans se départir d’un certain succès. Dans l’incapacité de créer de nouvelles figures fortes, ou devrais-je plutôt dire dans son refus de soutenir des concepts inédits, Hollywood se complaît depuis les années 2000 à revisiter de manière systématique son catalogue jusqu’à la nausée. Déjà à l’origine des resucées de Massacre à la tronçonneuse, Amityville, Hitcher et même Vendredi 13, Platinum Dunes, la boîte de production de Michael Bay, décide sans surprise de s’attaquer au tueur de Elm Street. Outre cette volonté affirmée de capitaliser sur un titre porteur, cette tendance au remake systématique souffre de vouloir à tout prix ménager la chèvre et le chou, autrement dit à la fois les connaisseurs des films originaux et un nouveau public avide de sensations fortes. Il en résulte des films bancals, qui reprennent parfois des pans entiers de leurs modèles au détriment de toute logique narrative.

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Bancal, ce Freddy version 2010 l’est dès l’entame, le film semblant se chercher longuement un personnage principal. Au moins, dans Les Griffes de la nuit version Wes Craven, tout coulait de source. Nous étions en présence d’un groupe d’adolescents soudés tout à la fois par leur amitié et leurs cauchemars récurrents duquel émergeait progressivement le personnage de Nancy Thompson. Ici, les choses apparaissent moins clairement. Déjà, si les cinq protagonistes se connaissent, ils ne forment pas un groupe uni, chacun gérant ses petites histoires de son côté. Ainsi le film suit-il de prime abord Kris dans ses recherches à propos de son enfance, avant de se focaliser sur Nancy et son prétendant Quentin une fois la blondinette passée de vie à trépas lors d’une scène emblématique des défauts du film. Quoique expurgée de sa sauvagerie, la mort de Kris reprend quasiment à l’identique celle de Tina, à la différence que dans le film de Wes Craven, il s’agissait là du premier méfait de Freddy Krueger, du moment précis où le film basculait pleinement dans l’horreur. A l’inverse, la mort de Kris s’inscrit déjà dans la banalisation d’un procédé éventé dès la scène d’ouverture. En outre, loin de faire avancer le récit, cette scène ne fait que déplacer les enjeux de Kris à Nancy, cette dernière reprenant les choses depuis le début dans la mesure où les deux jeunes femmes n’entretenaient aucun lien amical entre elles. Dans l’absolu, que les rapports entre les personnages aient changé d’un film à l’autre n’est pas dommageable. Après tout, les adolescents d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui, et il n’est donc pas nécessaire que tous les protagonistes du film soient copains comme cochon. En revanche, cela devient plus problématique lorsque le réalisateur oublie cette donnée nouvelle au moment de reprendre une scène choc du film original. Ainsi, si l’apparition d’une Tina ensanglantée prisonnière de son body bag prenait des allures de vision traumatique pour la Nancy de 1984, lui faisant revivre le calvaire de sa meilleure amie, la même scène 26 ans plus tard ne revêt d’autre utilité que le clin d’œil paresseux d’un réalisateur avare en idées personnelles. Un manque d’imagination encore plus criant lors des scènes de rêve, qui lorsqu’elles ne reprennent pas directement des trouvailles du premier film (la tête de Freddy apparaissant en surimpression au-dessus du lit de Nancy, sa main gantée émergeant de l’eau du bain) se révèlent d’une pauvreté affligeante, incapables de transcender un matériau de base pourtant riche en possibilités. Car si les réalisateurs des différents épisodes de la saga n’ont pas toujours œuvré dans l’excellence -loin s’en faut-, au moins tous ont su apporter leur touche personnelle aux scènes oniriques. Un manquement d’autant plus étonnant qu’en bon réalisateur de vidéo-clips, Samuel Bayer avait toute latitude pour s’en donner à cœur joie dans l’outrance visuelle. Las, sa trop grande déférence envers le matériau de base ne fait qu’ajouter à la vacuité de l’entreprise. Cependant, reconnaissons que cette déférence n’est pas propre au scénario, ce dernier ménageant quelques variations qui ont directement trait à la personnalité de Freddy Krueger.
Au fil des différents épisodes, les origines du tueur d’Elm Street ont peu à peu été clarifiées, nous amenant à assister à sa douloureuse conception (L’Enfant du cauchemar) ou à son enfance malheureuse (La Fin de Freddy). Ce nouveau Freddy ne remonte pas aussi loin, se contentant de redéfinir la nature du Mal qui le ronge. Le tueur d’enfants cède sa place à un pédophile dont la lapidation par une horde de parents révulsés a entraîné son ire post-mortem. Il n’agit plus tant par simple vice que par vengeance. Amener de manière aussi explicite le thème de la pédophilie relève d’une audace qu’on aurait jamais cru possible dans un film de ce genre. Toutefois, comme effrayé par leur propre audace, les scénaristes ne creusent pas le sujet, allant même jusqu’à semer le doute dans notre esprit. Ainsi, on ne sait plus trop si Freddy se venge des parents pour l’avoir exécuté à tort, ou s’il se venge des enfants pour l’avoir dénoncé. Le flou perdure jusqu’à la dernière bobine, sans qu’aucun malaise ne naisse réellement d’un sujet qui pourtant s’y prêtait. Corollaire de cette décision, la stature même de Freddy Krueger en pâtit. Déjà peu aidé par un maquillage approximatif qui donne l’impression que Jackie Earle Haley, le remplaçant de Robert Englund, a le visage prisonnier d’un sac de chairs calcinées, son Freddy peine à être autre chose qu’une pâle copie de l’original, tentatives de bons mots à l’appui. A aucun moment il nous donne cette impression de nous trouver face au Mal incarné, et jamais son sadisme ne dépasse le stade des (mauvaises) intentions.

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Même en gardant à l’esprit que cet énième Freddy s’adresse avant tout à un nouveau public, force est de reconnaître que le film échoue à ressembler à autre chose qu’à un pur produit mercantile. Rien ne sort véritablement du tout venant de la production actuelle, des personnages anecdotiques aux rapports convenus (bravo à l’amourette naissante entre les deux derniers survivants), en passant par des scènes horrifiques sans grands reliefs, et un croquemitaine insignifiant. De fait, davantage qu’un conseil, l’accroche du film (« Ne vous endormez pas ») équivaut à un supplique adressé à un public qui devrait être lassé, à force, de ce genre de produit standardisé. Au moins n’entendons-nous plus parler d’un éventuel Freddy 2. C’est toujours ça de gagné.

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