Cinéma Musical

Footloose – Herbert Ross

Footloose. 1984.
Origine : États-Unis
Genre : Ode à la jeunesse
Réalisation : Herbert Ross
Avec : Kevin Bacon, Lori Singer, John Lithgow, Dianne Wiest, Chris Penn, Sarah Jessica Parker.

Habitué à la grande ville, Ren Mac Cormack (Kevin Bacon) se retrouve un peu perdu une fois installé avec sa mère à Beaumont, une bourgade rurale du Middle West qui vit sous l’emprise des sermons dominicaux du Révérend Shaw Moore (John Lithgow). Lui qui ne jure que par la danse et la musique rock se heurte à une communauté refermée sur elle-même qui proscrit purement et simplement ces deux loisirs. Une fois passé le temps de la sidération, Ren et quelques compagnons de classe dont Ariel (Lori Singer), la fille du Révérend qui lui fait les yeux doux, décident de faire entendre leur voix afin d’obtenir le droit élémentaire de danser.

La carrière de Kevin Bacon n’est pas loin d’être exemplaire en ce sens qu’elle épouse les différentes tendances du cinéma hollywoodien de ces 40 dernières années. Il a touché à tous les genres sans jamais se laisser enfermer dans l’un d’entre eux, alternant petits et gros budgets, premiers et seconds rôles. Voilà un acteur qui a su placer l’amour de son métier avant l’entretien de son image. Un état d’esprit qui lui a permis de durer et ainsi de ne jamais paraître démodé aux yeux du public. Typiquement le genre d’acteur qu’on a plaisir à retrouver lors de nos pérégrinations cinéphagiques, lesquelles peuvent nous amener à regarder Footloose, l’un de ces films musicaux dont les années 8o raffolaient. Rien que pour la seule année 1983, le public pouvait mettre ses rétines à rude épreuve devant le « MTVesque » Flashdance d’Adrian Lyne, s’interroger sur la condition des femmes dans la communauté polonaise ashkénaze en 1904 (Yentl de Barbra Streisand) ou assister aux difficiles premiers pas de Tony Manero dans le milieu de la danse professionnelle (Staying Alive de Sylvester Stallone). Réalisé par Herbert Ross, chorégraphe à ses heures perdues et une quinzaine de films au compteur, Footloose entremêle le film musical avec le teen movie non sans dispenser un discours de tolérance visant à rapprocher les générations entre elles.

Dans cette petite bourgade corsetée par l’emprise grandissante du Révérend Shaw Moore et de ses séides, certains se montrant plus radicaux que lui en brûlant les livres de la bibliothèque qu’ils jugent licencieux, le rock’n’roll reprend ses atours diaboliques et dépravant. Sous couvert de vouloir protéger la jeunesse de ses excès – l’accident mortel du fils aîné du Révérend lors d’un accident de la route a servi d’élément déclencheur – ils instaurent, avec la complicité de la municipalité, une dictature qui ne dit pas son nom, décidant à sa place ce qu’elle doit lire et ce qu’elle doit écouter. Ils jouissent d’autant plus d’impunité que leurs enfants ne cherchent pas à s’élever contre cet état de fait. Les plus téméraires d’entre eux se contentent de se rendre au « diner » de la ville voisine pour pouvoir se déhancher sur de la musique rock au cours d’une des deux seules scènes chorégraphiées du film, la seconde se situant à la moitié du récit lorsque Ren se lance dans des figures improbables dans l’intimité d’un entrepôt désaffecté afin de calmer sa frustration. Dans cet univers compassé, Ren incarne l’élément perturbateur, l’étincelle qui va raviver la flamme adolescente. Non pas par une attitude frondeuse et révoltée mais par son amour immodéré pour la musique et la danse. Sa singularité s’affiche malgré lui : il roule en coccinelle, porte le blazer et la cravate et gagne un peu d’argent en travaillant dans un entrepôt du coin là où ses pairs friment en américaines affublés de chemises à gros carreaux et pour certains, de stetson. Alors forcément, il attire l’attention des filles, et d’Ariel en particulier, sans qu’il s’en gargarise outre-mesure. Il témoigne d’un tempérament posé et réfléchi en toutes circonstances, comme si en tant qu’urbain expatrié, il devait montrer à ces « bouseux » la manière dont il convient de se tenir en société. Footloose semble se résumer à une confrontation entre le rat des villes et les rats des champs, le premier parvenant à infléchir la position des seconds à force de conviction et d’un comportement toujours irréprochable, même au plus fort de la fronde exercée contre lui. En dépit de la bonne volonté évidente de Kevin Bacon, le personnage de Ren McCormack demeure sans saveur, une sorte de Jim Stark édulcoré (James Dean dans La Fureur de vivre) pour qui la course motorisée entre petits bolides laisse place à un duel par tracteurs interposés et le combat aux couteaux d’homme à homme à un affrontement collectif à mains nues.
Néanmoins, sous les oripeaux de cet affrontement intergénérationnel à l’échelle municipale se joue un combat plus intime dans l’humble demeure du Révérend Shaw. Fort de la charge qui lui incombe, il joue les guides avec exaltation et acharnement. Il a fait du sort de la jeunesse son cheval de bataille depuis qu’il a perdu son fils aîné dans un accident de voiture à la suite d’une soirée trop arrosée. Sauf qu’il fait rimer préventif avec coercitif, souhaitant encadrer les moindre faits et gestes des adolescents. Une attitude contre laquelle Ariel, sa propre fille, s’élève. Se sentant totalement délaissée au profit du souvenir écrasant de son grand frère, elle déplore une absence de dialogue avec son père. En réaction, elle joue les trompe-la-mort, toujours à la recherche de sensations fortes au mépris du danger. Sortie de l’ambiance guindée de la demeure familiale, elle se montre exubérante, sûre d’elle et sexuellement active. Elle ne s’en laisse pas compter par les mecs, prenant soin de moins dépendre d’eux qu’ils ne dépendent d’elle. C’est une révoltée qui n’agit que pour son propre compte jusqu’à sa rencontre avec Ren, qu’elle encourage et accompagne dans sa démarche. A lui les beaux discours devant le conseil municipal, à elle l’entregent. En s’ouvrant à son père, et avec l’aide non négligeable de sa mère, femme effacée en apparence mais qui sait trouver les mots justes pour ébranler la foi de son mari, Ariel réussit à infléchir la position pastorale. En se rabibochant avec son père, Ariel amène celui-ci à se réconcilier autant avec lui-même qu’avec la jeunesse. Un bon moyen de dé-diaboliser la figure du Révérend moralisateur du début, dont la rigidité imbécile découlait en fait d’un profond mal-être.

Tiré d’une édifiante histoire vraie survenue à la fin des années 70 dans la petite bourgade d’Elmore City dans l’Oklahoma, Footloose caresse la jeunesse dans le sens du poil, la dépeignant sous son jour le plus idyllique. Ren et ses amis multiplient les efforts pour un simple bal de promo, en fait une boum de collégiens où l’on aura bien pris soin de ne pas mettre d’alcool à disposition sur le buffet. Pas très rock’n’roll, tout ça !
A noter, et cela ne devrait plus étonner personne par les temps qui courent, que ce film a fait l’objet d’un remake sorti en 2011.

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