Cinéma Western

Django – Sergio Corbucci

Ecrit par Loïc Blavier

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Django. 1966.
Origine : Italie / Espagne
Genre : Western
Réalisation : Sergio Corbucci
Avec : Franco Nero, José Bódalo, Loredana Nusciak, Ángel Álvarez…

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Si l’on omet Sergio Leone, Sergio Corbucci est probablement le réalisateur le plus connu ayant œuvré dans le western spaghetti. Non seulement à cause de son fameux Grand silence réalisé en 1968, mais aussi parce qu’il est le créateur d’un des personnages les plus prisés du genre : Django, incarné de préférence par Franco Nero, devenu une icône du genre à côté de Clint Eastwood et de son personnage de l’Homme sans nom.

Il faut dire qu’il y avait vraiment de quoi faire de Django un personnage mythique et un film marquant. Avant même Le Grand silence et ses montagnes enneigées, Corbucci avait ici déjà dessiné un nouveau cadre pour les westerns : un paysage gris, au sable transformé en boue, qui si il n’est pas spécialement propice au côté lumineux et « chaleureux » traditionnellement représenté, constitue un cadre parfait pour un film beaucoup plus violent que de coutume… Django est un ancien soldat yankee de la guerre de sécession qui à l’entame du film sauve une femme des griffes de deux groupes ennemis : d’une part les avides révolutionnaires mexicains menés par Général Hugo et d’autre part le groupe de sudistes racistes conduits par le Major Jackson. Deux camps qui ont rendu la vie bien difficile aux quelques personnes (un gérant de saloon et quelques putains) étant demeurées au village. Django va donc se placer entre ces deux camps, et va tenter de remplir ses objectifs, qu’il garde sous silence.

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Déjà, la première originalité vient du personnage de Django en lui-même, et du cercueil qu’il se trimballe, contenant une mitrailleuse qui ne sera pas inutile pour combattre ces deux groupes aux effectifs nombreux. Pourtant, tout n’est pas uniquement porté sur cet arsenal incongru. A vrai dire, une fois que Corbucci aura dévoilé le contenu du cercueil, une fois l’effet de surprise passé via un accueil virulent offert par Django aux hommes de Jackson (des pourris encagoulés rappelant le Klu Klux Klan), Corbucci n’utilisera plus la mitrailleuse qu’à titre exceptionnel, davantage pour permettre à l’intrigue d’avancer que pour mettre en scènes des fusillades massives. C’est que de toute façon, il reste de nombreux éléments pour laisser le champ libre à la violence : les bagarres à mains nues (n’incluant pas forcément Django, témoin cette scène où les prostituées se battent dans la boue), et qui ne sont d’ailleurs pas le point fort du style de Corbucci, mais aussi bien entendu les duels au revolver, les fusillades plus classiques sous forme de guet-apens, et même quelques tortures qui resteront dans les mémoires des amateurs du genre (l’oreille coupée, par exemple). Sans non plus être un film d’horreur, Django est un western très sanglant, qui avec la boue qui lui sert de cadre paraît vraiment très sale, très noir, et qui même dans les séquences plus sages demeure très atypique (avec le soufflement du vent dans le village fantôme, par exemple). La boue sur le visage de Franco Nero remplace ici la transpiration de Clint Eastwood, et les yeux bleus délavés de l’acteur n’en ressortent que davantage, lui donnant ce regard particulier qui fait la force d’un personnage de solitaire imprévisible tel que lui. Imprévisible, car si il peut parfois sembler prendre partie pour telle ou telle personne, pour tel ou tel camp, il contredira systématiquement en paroles ou en acte ce que les autres personnages (ainsi que les spectateurs) pensaient de lui. Même chose pour son caractère : parfois ironique, parfois sérieux, parfois égoïste, parfois altruiste, il sera difficilement cernable. La raison de son caractère et de son engagement au milieu du conflit qui se joue sera expliqué et orientera le film vers une scène finale très bien construite et résumant à elle seule tout le film, y compris au niveau de son principal défaut : un côté théâtral parfois trop exagéré, y compris quand l’on considère que le genre est en soit plein d’exagérations.
Mais enfin bon, cela ne retirera rien à cet étonnant Django, œuvre qui à n’en pas douter constitua pour Corbucci un bel exercice de style avant Le Grand silence. Une réussite, donc, qui entraîna de nombreuses séquelles plus ou moins officielles, pas forcément avec Franco Nero dans le rôle, et même parfois sans personnage appelé Django…

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