Cinéma Horreur

Destination finale – James Wong

Final Destination. 2000.
Origine : États-Unis
Genre : La mort n’oublie jamais
Réalisateur : James Wong
Avec :Devon Sawa, Ali Larter, Kerr Smith, Kristen Cloke, Daniel Roebuck.

Partagé entre sa joie d’aller à Paris en compagnie de sa classe de français et sa peur panique de l’avion, Alex Browning ne respire pas la sérénité. L’angoisse l’étreint à peine a-t-il gagné son siège, laquelle va grandissant lorsque, à peine le décollage effectué, l’un des réacteurs prend feu. Les événements dramatiques s’enchaînent jusqu’à l’explosion totale de l’appareil, laquelle réveille Alex en sursaut. Ouf ! Ce n’était qu’un rêve. Quoique pris d’un mauvais pressentiment, il demande à quitter l’avion provoquant ainsi une échauffourée avec quelques uns de ses camarades. Il est évacué manu militari en compagnie de cinq d’entre eux et d’une professeur, laissant ainsi l’avion décoller sans eux. Ils assistent alors, impuissants, à l’explosion de l’avion en plein vol. Alex avait vu juste. Ils avaient tous rendez-vous avec la mort et sa prémonition leur a permis de lui poser un lapin. Mais pour combien de temps encore ?

Homme de télévision (21 Jump Street et sa déclinaison Booker, notamment), James Wong a commencé à se faire un nom, toute proportion gardée, grâce à Chris Carter. Sous son aile, James Wong a d’abord intégré le groupe de scénaristes de la série Aux frontières du réel, pour laquelle il a co-écrit une quinzaine d’épisodes en compagnie de Glen Morgan, puis, toujours avec son compère, il a repris les rênes de la série Millennium lors de sa deuxième saison. Entre les deux, les deux hommes s’étaient affranchis de leur mentor le temps de la série Space 2063, tentative de space opera qui n’excédera pas une saison. A l’aube des années 2000, alors qu’il n’a à son actif que la réalisation d’un épisode de la quatrième saison d’Aux frontières du réel, James Wong suit les traces de son homologue David Nutter (Comportements troublants en 1998) et s’essaie au cinéma. Toujours épaulé par Glen Morgan, lequel occupe le poste de producteur et participe à l’écriture du scénario, James Wong vise ouvertement un public adolescent avec ce film d’horreur qui tend à sortir le slasher de son train-train quotidien.
Revenu sur le devant de la scène grâce à l’improbable succès de Scream en 1996, le slasher hante depuis régulièrement les écrans, sans pour autant faire preuve de davantage d’imagination que la première vague issue de la fin des années 70 et des années 80. Wes Craven lui-même, qui aurait pu envisager reprendre sa carrière par le bon bout à l’aune de ce plébiscite s’est borné à tirer sur la corde d’une motivation et d’une inspiration en berne jusqu’à nous pondre un dispensable Scream 3, lequel n’en finit plus de se regarder le nombril. Sorti un mois après le troisième volet de la saga de Wes Craven, Destination finale arrive à point nommé pour apporter un peu de sang neuf au genre. Sur le papier, tout du moins.

Le film reprend les principaux ressorts du slasher et ses personnages stéréotypés en se passant néanmoins de l’un des ses éléments fondamentaux, le tueur. Ce dernier n’est en soi que le bras armé de la Mort, un subalterne dont elle décide ici de faire l’économie. La Mort plane au dessus de nos têtes telle l’épée de Damoclès et frappe quand ça lui chante avec toujours ce souci du travail bien fait. Destination finale se construit donc sur l’idée, relayée par le croque-mort interprété par Tony « Candyman » Todd, que dans la mort, il n’y a ni hasard, ni coïncidence, ni malchance, ni échappatoire. En somme, on est tous foutus à plus ou moins long terme suivant les règles d’un contrat implicite qui entre en vigueur dès  le premier cri poussé. Difficile dès lors de pondre une fiction où il s’agirait de faire la nique à la Mort, ce qui reviendrait à contrecarrer les desseins de la fatalité. C’est pourtant le défi que se sont lancés Glen Morgan et James Wong opposant à cette fatalité les bienfaits de la prémonition. Dès le départ, quelques signes avant-coureurs phagocytent le quotidien d’Alex, sans que celui-ci en ait pleinement conscience. Ainsi, la nuit précédant le départ, le numéro de vol se substitue sporadiquement à l’heure sur l’écran digital de son radio-réveil, puis au moment de l’embarquement, il croise un hare krishna qui lui tend un prospectus en l’informant que « La mort n’est pas la fin« . Phobique au point de se raccrocher à des détails dérisoires (il tient à conserver l’étiquette de bagage accrochée à la valise que lui prête son père sous prétexte que son vol était arrivé à destination sans encombre), il vit l’arrivée à l’aéroport et tout le cérémonial qui s’en suit avec une telle angoisse qu’il lui faut attendre de recouvrer un semblant de calme une fois assis à bord de l’avion pour être enfin plus réceptif à ses sensations. Il acquiert alors un statut d’Élu, seul parmi les mortels à percevoir ce qui pourrait arriver. Un statut qui confine à la malédiction lorsque Alex se retrouve traité comme un pestiféré par sa communauté (les parents de son ami refusent désormais qu’ils se fréquentent, la professeur rescapée ne veut plus lui adresser la parole) voire tout bonnement suspecté par les autorités d’avoir commis un attentat. Passé le spectaculaire drame liminaire, James Wong n’hésite pas à faire retomber le soufflé afin d’accompagner l’extrême solitude d’Alex. Une parenthèse bienvenue, et bien vue, qui aurait pu orienter le film dans une direction plus sombre et désespérée. Sauf que le film vise le grand spectacle et doit faire l’effet d’un grand huit sur le public. Le drame intime vécu par Alex et les autres rescapés se voit donc relégué à la périphérie du récit. La plupart d’entre eux n’aura d’ailleurs d’autre fonction que celle d’alourdir la liste des morts, comme dans n’importe quel slasher lambda. Seule la manière diffère.
A deux exceptions près, chaque mise à mort relève d’une construction minutieuse sur la base d’un enchaînement de micro-événements (un W.C qui fuit, un mug qui se fissure sous l’effet d’une variation de température laissant filtrer l’alcool qu’il contient en un goutte-à-goutte funeste) qui amène au coup fatal. Une sorte d’effet dominos pervers qu’il est impossible de contrecarrer pour qui n’est pas averti. Alex s’y emploie mais il perçoit les signes avec toujours un temps de décalage, si bien qu’il arrive trop tard sur les lieux du drame pour sauver la victime mais suffisamment tôt pour incarner le coupable idéal aux yeux des deux enquêteurs du FBI. Un duo d’enquêteurs qui dans le cadre du récit ne revêt d’autre utilité que celle de raviver le souvenir de Mulder et Scully , lesquels mènent eux aussi des investigations sur des cas étranges. En outre, ils apportent un surplus de spectaculaire pas franchement nécessaire au final (Alex pris en chasse par les forces de l’ordre) qui aurait aisément pu se passer de leur présence. D’autant que cela crée un déséquilibre entre leur omniprésence tout au long du récit et la disparition dans le même temps de toutes figures parentales. Toutefois, leur utilisation demeure moins dommageable que la manière assez désinvolte dont est traité le sujet même du film, à savoir l’inéluctabilité de la mort. A ce sujet, il y a surtout une scène qui pose problème, celle de la mort de Tod Waggner. Pas tant par sa construction que par sa conclusion, laquelle démontre que la fuite à l’origine de l’accident mortel de Tod a été créée de toute pièce. Un détail qui tend à prêter un caractère bien humain à la Mort, capable de toutes les bassesses pour parvenir à ses fins. Déjà que la Grande Faucheuse est certaine de l’emporter, il n’était nul besoin de la dépeindre en mauvaise perdante.

Empli de promesses, Destination finale ne diffère finalement guère de la concurrence. James Wong n’a pas su se dépêtrer d’une idée de départ aussi intrigante que casse-gueule, propice à quelques scènes rigolotes prises séparément mais répétitives à la longue. Reste que par le succès rencontré, le film entérine l’importance des projections tests pour les studios en général, et la New Line en particulier dont le président Robert Shaye teste tous les films qu’il produit depuis ses débuts. Au départ, James Wong et Glen Morgan étaient partis du principe que la seule façon de vaincre la mort était de créer la vie. Suivant cette logique, la fin initiale se voulait plus ésotérique. Si Alex mourrait, il avait cependant eu le temps de faire un enfant avec Clear, enfant dont il assurerait la sécurité depuis l’au-delà. Une conclusion placée sous le sceau de la plénitude et de l’espoir que le jeune public auquel le film s’adresse n’a que peu apprécié. Un désaveu massif qui a contraint le réalisateur et son scénariste à revoir leur copie, aboutissant à cette fin spectaculaire et, plus important, ouverte. Fort d’un tel concept, la New Line n’allait bien évidemment pas en rester là, trop heureuse d’avoir enfin un successeur à la saga Freddy, suivant l’adage « il faut battre le fer tant qu’il est chaud ».

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