Cinéma Horreur

Démons 2 – Lamberto Bava

Ecrit par Loïc Blavier

Demoni 2. 1986.
Origine : Italie
Genre : Horreur
Réalisation : Lamberto Bava
Avec : Coralina Cataldi-Tassoni, David Knight, Nancy Brilli, Bobby Rhodes…

Un an après le premier opus, Lamberto Bava remet le couvert ! Il faut dire que l’étoile du cinéma d’horreur italien avait sérieusement tendance à pâlir, et que lorsqu’un succès pointait le bout de son nez, il fallait le faire fructifier. Comme le faisaient aussi les américains, d’ailleurs, puisqu’en ce milieu des années 80 on ne comptait plus les succès horrifiques s’évertuant à devenir de véritables sagas. Toutefois, un an de délai, c’est un peu court pour faire du neuf…. Mais pas de quoi effrayer Bava ou son producteur Dario Argento. D’ailleurs, le premier film était-il déjà si imaginatif que ça ?

Pour son anniversaire, Sally a réussi à envoyer ses parents dehors et a invité tous ses amis dans l’appartement familial ! Une fois passés les doutes sur la pertinence de sa robe et sur la justesse de sa coupe de cheveux, la vedette du jour prend enfin goût à la fête. Tout le monde s’amuse bien, jusqu’à ce qu’un débile ait l’idée saugrenue de dire à Jacob de venir… Qui est Jacob et qu’a-t-il fait de si répréhensible ? Cela ne nous regarde pas, affirme Sally qui, boudeuse, s’enferme dans sa chambre et se met à regarder un film dans lequel une bande de jeunes cons réveillent un démon qui croupissait dans la poussière depuis que ses semblables s’étaient fait vaincre lors de leur précédente invasion. Ledit démon tue ceux qui l’ont ramené à la vie puis, sortant de l’écran, s’en prend à Sally elle-même. Pour son anniversaire, elle est donc la première démone, celle qui va propager la nouvelle invasion…

Il faut bien admettre qu’en chroniquant le premier Démons, le camarade Bénédict avait raison : le film, sans être foncièrement désagréable pour autant, tournait en rond. Le recours à quelques subterfuges (le coup de la découverte d’une pièce cachée, les régulières visites à une bande de punks en voiture, l’errance d’un couple séparé du groupe principal…) ne trompait personne, tant il était archi-prévisible que ces scènes n’avaient d’autre ambition que de casser un peu la monotonie de ce huis-clos dans lequel une meute croissante de démons donnait l’assaut sur une bande décroissante de survivants… Et bien ce Démons 2 est en tous points semblable à son illustre modèle ! Là encore il s’agit d’un huis-clos, là encore Bava isole des personnages d’un groupe majoritaire, là encore il fait diversion en sortant à l’occasion du bâtiment principal… Et il pousse le vice jusqu’à reprendre deux des acteurs du premier film pour leur confier de nouveaux rôles (ainsi le maquereau funky devient le patron de la salle de muscu de l’immeuble tandis que le punk en chef devient son gardien). Même la structure musicale est fort similaire : Simon Boswell compose à la façon du goblin Claudio Simonetti et pour ce qui est des chansons rock, Dead Can Dance, The Cult, The Smiths ou encore Peter Murphy (de Bauhaus) remplacent Billy Idol, Mötley Crüe, Saxon ou Accept… La seule différence notable étant que Démons 2 a tendance à accentuer tout ce qui figurait dans le premier opus. Ainsi, au lieu d’un cinéma, c’est tout un immeuble qui sert de cadre à l’invasion de démons, avec ce que cela suggère en terme d’espace et de figurants supplémentaires. Bava tourne encore en rond, certes, mais cette fois-ci il peut laisser courir ses monstres dans des escaliers dix fois plus étendus ! Le film donne moins l’impression de stagner dans les mêmes décors, ou plutôt il dispose de davantage de décors… En revanche, en terme d’atmosphère, il y perd un peu au change. Le cinéma du premier film était assez atypique, avec ses longs et larges couloirs vides et sa photographie saturée. Ici, l’accent est mis sur des couleurs plus froides, dans un cadre plus conventionnel. Bien conscient du problème, Bava cherche à y remédier en utilisant largement le vide de la cage d’escalier et en aménageant ce qu’il faut de coins d’ombre pour rendre menaçant chaque couloir ou appartement. Des palliatifs assez légers auxquels on sera bien en droit de préférer les excès très connotés « Argento » du premier Démons.
Autre point sur lequel le réalisateur et ses scénaristes (les mêmes que l’année précédente, Argento compris) se lâchent : la crétinerie ambiante, mi-assumée, mi-inconsciente. Prenons par exemple le point de départ de l’invasion : dans le premier film, l’invasion reflétait le film auquel assistaient les personnages, le fictif et le réel étant reliés par un masque de démon avec lequel se blessait la première victime. Tout cela justifié par une pseudo prophétie de Nostradamus. Ici point de masque ou de prophéties : c’est en regardant le programme maudit à la télé (en fait la séquelle du film projeté au cinéma) que tombe la première victime, tout simplement parce que le démon est directement sorti de l’écran. Comment ? Bava s’en fout pas mal, comme il se foutait déjà du masque dans le premier film, utilisé surtout en guise d’hommage à son père Mario. N’empêche qu’il faisait au moins semblant, non sans faire naître une brève envie d’en savoir plus. Ici il se montre surtout pressé de faire démarrer les choses sérieuses. Il expédie vite fait ce prétexte, accélérant même l’invasion en bricolant une sorte de menstruation de la première démone, qui en répandant son sang acide contamine ceux qui en sont arrosés dans les étages du dessous (y compris un chien). Tout en finesse !
Évoquons aussi les personnages, toujours aussi vides, n’apportant ni humour ni (et encore moins) psychologie. Seulement, cette fois, Bava a la bonne idée de ne pas désigner de héros tous faits : les protagonistes ne servent que de moteurs à l’intrigue, et personne n’occupe le devant de la scène au point de focaliser l’attention des spectateurs. Si héros il finit par y avoir, ils se seront fait remarquer sur le tas, au gré de l’adversité, et quand quelqu’un semble prendre le dessus, il n’est pas sûr de finir le film vivant. Par contre, celui qui décrochera la timbale aura droit à une tardive magnification façon Ash de Evil Dead (pourtant, Evil Dead 2 n’existait pas encore…). Quant aux démons, ils obtiennent clairement un leader en la personne de Sally, la démone originelle. Non qu’elle domine les autres, mais c’est en tous cas elle qui a droit aux moments les plus croustillants de l’ensemble et qui bénéficie des effets de maquillages les plus travaillés.

Tous ces points de détails sont cela dit fort peu de choses… En gros, Démons et Démons 2 sont parfaitement identiques et n’ont qu’un objectif : faire de l’horreur pure et dure, assez gore, en mixant conjointement Evil Dead (pour la nature des « démons », qui pourraient aussi bien être des zombies « excités » façon L’Avion de l’apocalypse tant ils sont dépourvus de toute imagerie religieuse) et la trilogie des morts-vivants de Romero (pour le huis-clos et le côté apocalyptique). Il n’y a aucune raison pour que quiconque ait apprécié le premier film n’apprécie pas sa séquelle. Bava se montre toujours aussi généreux dans ses effets sanguinolents, encore que cette fois les démons en prennent autant pour leur grade que leurs victimes. Et bien évidemment, le technicien le plus remarquable de l’affaire se révèle être le maquilleur Sergio Stivaletti et son équipe, qui ont tout loisir de montrer leur savoir faire, lequel s’exprime aussi bien dans les débordements gores que dans le simple faciès des démons, déjà transformés ou en train de l’être. Quelques scènes s’inscrivant en aparté des événements sont même offertes à Stivaletti : le chien démon, le petit démon façon Gremlins né du cadavre d’un possédé (écho au premier film, où c’était un démon à taille adulte qui sortait des tripes d’une victime). Tous ces effets n’ont rien à envier à leurs rivaux américains, voire peuvent leur en remontrer en terme d’abjection… Tout de même, reconnaissons à Bava de savoir se montrer apte à gérer tout le maelström induit par la foule toujours grandissante de démons grognants et énervés. Son film frise même parfois l’hystérie, comme dans ces scènes où un gros groupe de survivants se met à combattre la meute de démons dans le garage de l’immeuble à coup d’armes blanches, de flingues et de bagnoles qui vont s’encastrer partout à la manière de stock-cars (sous le regard d’une toute jeune Asia Argento)… Avec ce genre de pitreries, Bava laisse moins de place à la lassitude qui finissait par poindre dans le premier film, où la situation restait globalement la même jusqu’à la fin. Par contre, il continue à vouloir casser son rythme en sortant occasionnellement de l’immeuble pour suivre non plus un mais deux groupes étrangers aux événements : des retardataires de la fête (qu’une andouille attend passivement au pied de l’immeuble) et les parents d’un gamin laissé seul à l’appartement… Comme les punks du premier film, ils ne servent strictement à rien et en plus cette fois ils ne viendront même pas se greffer aux démons. Difficile d’imaginer pourquoi Bava a cru bon de les incorporer au film, si ce n’est une fois encore pour aménager des plages relativement plus calmes au sein d’un récit agité.

A quelques peccadilles près, rien de neuf sous la caméra de Bava. Comme son prédécesseur, Démons 2 est amusant. Débile mais amusant… Ce n’est rien d’autre qu’un joyeux festival de sang et d’effets de maquillages, peut-être un poil mieux agencé… L’ambition est fort limitée, rendant les grossiers défauts moins gênants à partir du moment où l’on ne s’attend pas à autre chose qu’à une frénésie de gore. Notons qu’en 1988, l’américain Kevin Tenney reprendra un concept fort similaire pour tourner son excellent Night of the Demons (il faut bien l’avouer meilleur que les deux films de Lamberto Bava), dont les démons auront en outre un look fortement similaire à ceux créés par Stivaletti.

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