Cinéma Science-Fiction

Day the World Ended – Roger Corman

Ecrit par Loïc Blavier

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Day the World Ended. 1955.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science ou fiction ?
Réalisation : Roger Corman
Avec : Richard Denning, Paul Birch, Lori Nelson, Mike Connors…

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En ces temps troublés de guerre froide, il fallait bien s’y attendre : les bombes ont volé de part et d’autre de l’Atlantique. Les quelques survivants entrent dans une ère nouvelle pleine de surprises… Prenez Jim et sa fille Louise, qui ont la chance de vivre dans une maison encaissée au fond d’une vallée relativement préservée des radiations. Avec les quelques vivres dont ils disposent, ils pouvaient espérer être tranquilles quelque temps. Mais d’autres survivants viennent les rejoindre, ponctionnant leur stock de subsistances et, pour l’un d’entre eux, fermement décidé à jouer sa carte personnelle plutôt que de se plier aux règles de civisme les plus élémentaires. Pire encore : avec la radioactivité dans l’air, le gibier est immangeable et on ne sait jamais si un beau matin on ne se réveillera pas contaminé, prêt à devenir des mutants comme est en train de le devenir l’ami de Rick, l’un des réfugiés. Il y a aussi des indices qui laissent à penser que des mutants au stade terminal rôdent dans les environs. Et enfin, cerise sur le gâteau : la pluie menace, faisant craindre un déluge de saloperies post-atomiques.

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A l’heure du péril atomique, Roger Corman fait comme de nombreux collègues : il exploite le filon pour faire frémir dans les chaumières. Tremblez donc en songeant à ce que vous pourriez devenir le jour de la DT. La DT ? Oui, la Destruction Totale ! Avec son titre un peu sensationnaliste et son message d’ouverture tapageur (« Cette histoire commence par… LA FIN !« ) enchaîné par un plan de champignon atomique, Day the World Ended annonce la tragédie apocalyptique. Ceci dit, un brin de jugeote concernant après tout un film projeté en double programme avec The Phantom from 10,000 Leagues et une observation un tant soit peu attentive de l’affiche permet vite de se rendre compte que Day the World Ended se fout en fait pas mal de la fin du monde en elle-même. On peut alors supposer que cette première incursion officielle de Roger Corman dans la science-fiction (il n’est pas crédité pour The Beast with a Million Eyes, bien qu’il ait remplacé son réalisateur pas assez dégourdi) n’est en somme qu’une histoire de gros monstre. Erreur ! Ce gros monstre, longtemps annoncé (des traces de pas, des ombres, la sensation d’être observé… un don pour la télépathie particulièrement inutile…) tarde à briser la glace. Non qu’il doive avoir particulièrement honte de ses cornes bringuebalantes, puisque après tout il y a bien pire que lui dans le large bestiaire développé par les films AIP des années 50 -rendons ici hommage à Paul Blaisdell, concepteur et parfois interprète de bien des monstres de l’époque-, mais parce que Corman a décidé pour son troisième film qu’il allait faire « une sorte d’étude psychologique d’un petit groupe de gens rassemblés dans des circonstances inhabituelles« . Faudrait-il alors considérer Day the World Ended comme un pensum ? Encore une fois non. Tirée de ses indispensables mémoires, cette citation de Corman apparaît quelque peu présomptueuse face à des personnages tout ce qu’il y a de plus convenus. On retrouve donc Jim, le rugueux gaillard propriétaire de la maison qui fait office de chef un peu rude mais très sage. Une sorte de militaire paternaliste. Il y a aussi Rick, un jeune gars costaud et courageux qui doit probablement être ce que Jim fut à son âge. Tous deux disposent en outre de solides connaissances scientifiques les plaçant loin au-dessus de la mêlée. Quoique pas trop loin de Louise, la fille de Jim, prototype de la frêle blonde qui a besoin d’être protégée face à ce monde indigne de sa pureté. D’ailleurs Tony (joué par Mike Connors, le futur Mannix) est un bon représentant ce ces périls, lui qui quand il n’essaie pas des coups d’état (jamais sanctionnés) passe son temps à s’imposer à la pauvre Louise, au grand dam de Ruby, l’ex strip-teaseuse qui sous des dehors un peu frivoles cache une âme sensible blessée par le comportement de son Tony. Enfin il y a Pete, le vieux chercheur d’or rigolo qui distille de l’alcool et donne du sucre à sa mule Diablo. On pourrait aussi rajouter Radek, mais lui a commencé à muter et il passe son temps dehors à bouffer de la bestiole radioactive. Avec un semblable amalgame de personnages dont les fonctions et finalités sont prévisibles d’un bout à l’autre, il est difficile de vraiment se livrer à une quelconque étude psychologique. Les gentils seront toujours là quand il faut, le méchant profitera qu’ils aient le dos tourné pour faire des crasses, la blonde va être tourmentée (et bien entendu se faire kidnapper par le monstre : passage obligé de la science-fiction des années 50), Rick va entrer dans ses bonnes grâces par son attention et sa bravoure, les autres ne serviront en gros à rien à par amuser et servir de victimes… Voilà le tableau vite esquissé. Il va sans dire que leurs interactions ne valent pas grand chose à part placer quelques scènes de bagarres, de menace armée ou de donzelles en maillot de bain (car heureusement il y a un lac d’eau pure pour se laver). Par contre, elles viennent se rajouter à d’autres éléments qui rendent le film plus vivant qu’il n’y paraît. Conscient qu’il faut toujours maintenir éveillé l’intérêt de son public, Corman les agrémente d’un certain suspense qui s’apparente plus ou moins au film de siège. Non que les personnages soient retenus entre quatre murs, mais ils sont limités par l’inconnu qui règne à l’extérieur : la présence éventuelle de mutants (comme quoi ne faire intervenir le monstre qu’à la fin n’était pas si bête), la radioactivité qui devient intolérable par delà la vallée, l’orage qui gronde, l’absence d’émission radio, l’épineuse question des vivres qui d’ailleurs, même dans la maison, se font fort limités… Le cloisonnement est un stratagème typique des petites productions, mais il est ici justifié plus qu’il ne faut et renforcé par les soucis internes. Les personnages, tout caricaturaux qu’ils soient, vivent sous pression et par l’accumulation d’obstacles en tous genres Corman parvient à retransmettre plutôt bien cet état d’esprit.

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On ne va quand même pas se mentir : si Day the World Ended sait se rendre intéressant et prouve que Roger Corman est déjà capable de dépasser ses contraintes budgétaires, la formule à suspense dont il fait preuve ne saurait le mettre au même niveau qu’un Not of this Earth tourné deux ans plus tard. Il y manque cette petite touche de dérision, d’anticonformisme et même d’auto-parodie (et puis Dick Miller… quoique niveau fidèles, Jonathan Haze est déjà là) qui annoncerait ce qu’il allait devenir dans les années 60 et comme patron de la New World. Mais enfin bon, après deux westerns, il prouve qu’il sait aussi faire autre chose.

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