Cinéma Horreur

Creepshow 2 – Michael Gornick

Ecrit par Loïc Blavier

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Creepshow 2. 1987.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Michael Gornick
Avec : Tom Savini, Daniel Beer, George Kennedy, Lois Chiles…

George Romero est un homme important, qui n’a pas que ça à faire que de tourner la séquelle d’un film à sketchs conçu comme une sorte de récréation dans sa filmographie. Il laisse donc la place à l’un de ses hommes, Michael Gornick, directeur photo sur Martin, Zombie, Knightriders, le premier Creepshow et Le Jour des morts-vivants et déjà réalisateur de quelques épisodes de la série Darkside. Tout de même, Romero se charge du scénario en compagnie de Stephen King, toujours fidèle au poste. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux hommes semblent avoir été peu concernés par leur sujet, ne faisant que reprendre platement les recettes de Creepshow premier du nom en espérant que Gornick sauvera les meubles.

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Comme son prédécesseur, Creepshow 2 s’ouvre sur un fil rouge, qui aura aussi la tâche de conclure le film et d’assurer la liaison entre les trois sketchs ici présentés (deux de moins que dans le premier film). Le jeune Billy attend fiévreusement la livraison des comics horrifiques que doit lui remettre le Creep (joué par Tom Savini), personnage aussi laid que sardonique. Une fois remis le précieux sésame, le fil rouge passe alors en mode dessin animé, ce qui sera toujours le cas jusqu’aux dernières images du film. Mal animées, très mal dessinées, ces animations évoquent plus les séries pour enfants des années 80 que les dessins des EC Comics des années 40 et 50, auxquels le film est pourtant censé rendre hommage. Quant à l’histoire qu’il raconte, il ne s’agira en gros que de la révolte du lecteur de comics face aux caïds de son quartier. En plus d’être laid, ce fil rouge est donc simpliste. Il a cependant le mérite d’introduire les sketchs de la même façon que le faisait son aîné, c’est à dire en zoomant sur une vignette de comic et, via un fondu, ouvrir des épisodes « live » qui s’achèveront avec le zoom inverse.

Le premier de ces sketchs se nomme « Old Chief Wood’nhead », et nous présente la revanche de la statue d’un chef indien dont les vieux propriétaires viennent de se faire assassiner par des braqueurs. La plus grande partie du récit se concentre pourtant sur ces deux petits vieux et sur leur relation avec le voisinage. Tous des gens bien braves, ce qui rendra d’autant plus crapuleux le crime commis. Gornick passe son temps à entretenir le manichéisme jusqu’aux confins du ridicule. L’épisode s’ouvre ainsi sur nos deux vieux (George Kennedy et Dorothy Lamour, deux anciennes stars d’Hollywood) qui s’aiment encore tendrement malgré la fragile situation sociale dans laquelle ils se trouvent, avec leur droguerie qui périclite en plein milieu d’un village désertique. A l’inverse, le chef des braqueurs, un indien qui fait honte à sa tribu, est proprement ignoble. Aucun respect pour rien, même pas pour ses propres amis. Sa prétention est telle qu’il prétend aller à Hollywood juste après le casse ! En justifiant les futurs meurtres de l’indien de bois par le biais de la caractérisation grossières des personnages, le tandem Romero / King se fourvoie dans une morale gentiment conservatrice, assez étonnante de leur part. Quant aux meurtres en eux-mêmes, ils mettent presque autant de temps à être anonymement perpétrés qu’il n’en a fallu à l’indien de bois pour se mouvoir, s’appliquer les peintures de guerre et lancer son cri, de guerre également. Ce sketch, le pire du film, sent le bâclage à plein nez.

Le second, « the Raft » (Le Radeau) est la seule adaptation d’une nouvelle de King pré-existante. Il s’agit de quatre étudiants qui s’en vont folâtrer sur un radeau perdu en plein milieu d’un lac. Une fois arrivé dessus, il se rendent compte qu’une sorte de plaque de pétrole n’attend qu’une chose : pouvoir les choper pour mieux les dévorer. De l’histoire prenante parue dans le recueil Brume ne subsiste qu’une vaste simplification, l’adaptation édulcorant tous les morceaux de bravoure de la nouvelle. Le gore est considérablement amoindri, même si il n’est pas tout à fait absent. L’érotisme passe également à la moulinette, et là où dans le récit d’origine il constituait le seule recours au désespoir, il devient ici un élément tombant du ciel. Quant aux relations entre les personnages, elles cessent tout simplement d’exister, limitant la portée de « The Raft » aux seules séances gloutonnes de cette tache noire très mal conçue (à mi-chemin entre la bâche flottante et le canot pneumatique dégonflé).

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Dernier sketch, et le moins médiocre du lot : « The Hitch-Hiker » (l’auto-stoppeur). Son scénario est fort simple également : par une belle nuit d’hiver, une automobiliste écrase un piéton. Elle prend la fuite, mais sa victime revenue d’entre les morts vient la harceler sur le trajet qui lui reste jusqu’à chez elle. Au moins, cette fois, tout l’épisode converge vers un même point : le gore. Plus la conductrice écrase le fantôme mort-vivant plus il dégouline de sang, mais il n’abandonne jamais, même réduit à l’état de steak tartare. Sa décomposition forcée est le maigre enjeu du sketch. Le duo de scénaristes parvient tout de même à l’entacher par le comportement exaspérant de la conductrice, qui croit bon de nous faire partager ses pensées insipides à voix haute.

Utilisant vaguement l’ironie comme conclusion de chacun de ces épisodes (et dans le cas du premier, cette ironie se fait de manière très propre et bien-pensante), Creepshow 2 tente tant bien que mal de se hisser au niveau de son prédécesseur. Les scénarios étant mauvais et le réalisateur peu inspiré, il n’y a pas de miracle : le résultat est médiocre.

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