Action Cinéma Science-Fiction

Cherry 2000 – Steve De Jarnatt

Cherry 2000. 1987.
Origine : États-Unis
Genre : Romance post-apocalyptique
Réalisation : Steve De Jarnatt
Avec : Melanie Griffith, David Andrews, Pamela Gidley, Ben Johnson, Tim Thomerson.

Dans un futur incertain, Sam Treadwell (David Andrews) file le parfait amour avec Cherry (Pamela Gidley). Manque de bol, une étreinte un peu trop passionnée dans les éclaboussures du lave-vaisselle court-circuite leur idylle. Cherry se révèle être un robot. Un modèle si ancien qu’aucun réparateur ne peut la remettre en état de marche. Désemparé, Sam tente le tout pour le tout. Sur les bons conseils de son réparateur attitré, il se rend dans la dangereuse bourgade de Glory Hole à la recherche de la seule personne qui puisse le guider jusqu’à l’endroit où se trouve les derniers exemplaires de sa chère Cherry, E. Johnson (Melanie Griffith). Cette rencontre marque le début d’un périple de tous les dangers dans une zone particulièrement hostile.

Aujourd’hui invariablement rattaché à la petite lucarne, Steve De Jarnatt se rêvait sans doute un autre destin lorsqu’il enchaîna deux films pour le cinéma durant la seconde moitié des années 80. Après une première expérience sur le plateau du pilote de la réactualisation de l’anthologie télévisée Alfred Hitchcock présente – il réalise le segment Man From the South – il se lance dans Cherry 2000, un projet de science-fiction mâtiné d’une imagerie post-apocalyptique qui lorgne du côté de la trilogie Mad Max de George Miller, tout en l’adoucissant néanmoins. En guise de « Guerrier de la route », Steve De Jarnatt jette son dévolu sur Melanie Griffith, déjà de l’aventure Man From the South et qui commençait alors à se faire un nom sur la scène hollywoodienne (Body Double, Dangereuse sous tous rapports). Les cheveux teints en rouge, armées jusqu’aux dents, elle file à toute berzingue au volant de sa Ford Mustang customisée, libre et solitaire jusqu’à ce que l’amour vienne toquer à sa porte.

Découvrir Cherry 2000 aujourd’hui revient à se confronter à une vision du futur quelque peu anachronique puisque constituant temporellement notre passé. Un sort commun à bien d’autres films, et dont le nombre ira en s’accroissant au fil des ans – c’est aussi ça, la magie du cinéma ! – à l’instar de Retour vers le futur II dont la vision de l’avenir situé en 2015 a depuis pris du plomb dans l’aile. Le « futur » de Cherry 2000 nous plonge dans l’Amérique de 2017. Une Amérique en partie dévastée sans qu’on ne sache véritablement par quoi même si le conflit nucléaire demeure une possibilité envisageable compte tenu des tensions liées à la Guerre Froide, encore en vigueur à l’époque du tournage. Steve De Jarnatt placera d’ailleurs la menace nucléaire au cœur de son second film, Miracle Mile. Certainement par manque de budget, et suivant également une volonté de renouer rapidement avec les grands espaces si chers au western, le réalisateur ne s’appesantit guère sur cette société futuriste. De celle-ci, on perçoit l’importance du recyclage (Sam travaille d’ailleurs dans l’un de ces centres) par le biais de spots télévisés qui soulignent la place fondamentale que ces centres occupent afin de garantir l’avenir de la population. Ce qui laisse à penser que les matériaux deviennent rares et que cette société soit obligée de faire du neuf avec de l’ancien. Néanmoins, le plus intéressant, car inextricablement lié à l’argument de départ du film, réside dans la manière dont cette société traite les rapports corporels. Toute drague semble proscrite au profit de la lecture conjointe de cartes magnétiques contenant les aptitudes sexuelles de chacun et qui permettent de définir la compatibilité des êtres intéressés. A cela s’ajoute le recours obligatoire à un avocat afin qu’il rédige un contrat en bonne et due forme au sein duquel figureront les moindres pratiques envisagées. En l’espace d’une scène dans le cadre très typé années 80 du Glu Glu Club, Steve De Jarnatt ironise autour de deux travers de la société américaine, son côté procédurier et son puritanisme. Ainsi, devant le regard empli de lubricité de Bill (un collègue de Sam interprété par Marshall Bell, futur chef de la rébellion sur Mars dans Total Recall puis le Jigsaw de la saga horrifique Saw), l’heureuse élue se braque à la seule mention de rapports buccaux. Dans ce contexte, les plus fortunés n’hésitent pas à se tourner vers les nouvelles technologies et donc à partager leur vie avec un robot. Sam a fait ce choix et ne le regrette en aucune façon. Sa Cherry d’amour épouse les formes de la mannequin Pamela Gidley. Une blonde au visage angélique qui n’a d’autres buts que de contenter son homme, l’attendant sagement à la maison pour lui concocter de bons petits plats – enfin, tout est relatif… hamburger, frites, une poignée de flageolets, on a connu plus savoureux – et lui dispenser une conversation insipide. Sam est du genre à fantasmer le mode de vie de ses aïeux, son bonheur fleurant bon les années 50. Les clins d’œil du réalisateur itou puisque au détour d’une scène chez un réparateur de robots, apparaissent Gort le robot humanoïde de Le Jour où la terre s’arrêta et Robby, le robot de Planète interdite. Sam nous est dépeint comme un romantique car contrairement à nombre de ses contemporains qui usent de leur robot comme d’une vulgaire poupée gonflable, il ne considère pas Cherry comme une simple machine. Il y est très attaché, accueillant son avarie comme un drame. Alors il broie du noir et se repasse sans arrêt le son de sa voix comme un adolescent se replongerait, suite à une rupture, dans le fil des échanges de textos avec sa douce. Steve De Jarnatt confère même à minima un souffle mythologique au périple de Sam. Tel Orphée, il s’aventure aux Enfers, matérialisés par cette zone 7 aux dangers constants, afin de récupérer sa chère Eurydice/Cherry. A ceci près que le fruit de son amour changera d’identité au terme de son « odyssée ».
Celle-ci profite des grands espaces du Nevada, dont le parc national de la Vallée de la Mort, propices à une évocation à peu de frais d’un monde post-apocalyptique. Le clou du spectacle prend alors la forme de quelques vestiges ensablés devant rappeler le faste tape-à-l’œil de Las Vegas. On peut aisément leur préférer les scènes qui se déroulent autour d’un barrage même si pour cela, il faut accepter une fusillade improbable aux lance-roquettes et bazookas sans que les héros n’aient à craindre pour leur vie. Cela répond à une constante : les méchants sont de très mauvais tireurs. Des méchants qui agissent sous la férule de Lester, chef auto-proclamé d’une bande d’hurluberlus qui arborent pour la plupart shorts et chemises colorées et parmi lesquels se cache Robert Z’Dar, le futur flic assassin de Maniac Cop. Une manière décalée de se démarquer à peu de frais de tous ces ersatz de Mad Max tel Les Nouveaux barbares. Ce sont ces hurluberlus qui sèment la terreur dans toute la région sans pour autant constituer une menace véritablement pesante. Avec leur campement composé de huttes en forme de dômes bleus et baptisé Sky Ranch (un énième clin d’œil?), nous sommes plus proches du camp de vacances que du repaire mal famé. Ils se révèlent même plutôt accueillant envers Sam, moins avec les trackers dont l’un des représentants est exécuté en place publique par Lester. A la fois juge, juré et bourreau, Lester s’impose en une sorte de gourou à la gâchette facile d’une bande de cinglés avide d’action. Pilier des productions Charles Band avec son personnage de Jack Deth (Future Cop et ses suites), Tim Thomerson se saisit du rôle avec gourmandise, guère échaudé à l’idée d’en faire des tonnes. Au moins tranche t-il sans problème avec Sam, héros confondant de fadeur et de niaiserie à l’image du message du film. En Amazone qui en remontre aux mecs, E. Johnson finit peu à peu par être contaminée à son tour par le côté gnangnan de l’entreprise, ne rêvant plus qu’au prince charmant. Et le film post-apocalyptique de se muer soudain en conte de fées.

Pour sa première incursion dans le milieu du cinéma, Steve De Jarnatt aboutit à un film hybride, intéressant pour ses quelques propositions science-fictionnelles disséminées durant sa première partie puis totalement insignifiant dès que Sam quitte Anaheim pour Glory Hole – tout un programme – dernier bastion de civilisation avant le no man’s land de la zone 7. A partir de là, le divertissement tourne court et se complaît dans une succession de péripéties sans saveur. Le plus triste dans tout ça, c’est à quel point Cherry 2000 renvoie au récent Blade Runner 2049. Par instant, les parcours de Sam et K se font écho jusque dans leur obsession pour une figure féminine à la fois fruit des progrès technologiques et reflet d’une dématérialisation galopante.

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