Cinéma Horreur

Cauchemars à Daytona Beach – Romano Scavolini

Ecrit par Loïc Blavier

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Nightmares in a damaged brain. 1981.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller
Réalisation : Romano Scavolini
Avec : Baird Stafford, Sharon Smith, C.J. Cooke, Mik Cribben…

George Tatum (Baird Stafford) est un dangereux schizophrène, mais il est bien soigné. Ses progrès sont tels que son médecin a jugé qu’il était temps de le réhabituer à la vie sociale. Vous n’allez pas le croire, mais le traitement ne va pas suffire à calmer bien longtemps la folie de Tatum qui, échappant aux contrôles médicaux, se rend de New York à Daytona Beach, là où son affliction est née. Il semble en avoir après la famille Temper.

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Dans la grosse famille du « psycho-killer », les slashers ont beau avoir pris le pouvoir après Halloween, ils n’ont pas pour autant réduit au silence leurs aïeux, les thrillers. Pulsions et Blow Out (1980 et 1981), tous deux de Brian De Palma, ne sont pas passés inaperçus, bien qu’ils restaient ancrés dans la tradition hitchcockienne. Mais même en sortant des sentiers battus pour se rapprocher de l’horreur, les slashers ont dû affronter une forte concurrence qui, si elle a certainement accouché de moins de productions, a en tout cas livré autant de pépites que n’en a apporté la cohorte de slashers sortis en 10 ans. Maniac, Henry, portrait of a serial killer voire Hitcher, ce sont des thrillers horrifiques, et ce n’est pas de la petite bière. Et puis il existe d’autres films moins connus qui eux-mêmes rivalisent amplement avec les slashers les plus honnêtes. Cauchemars à Daytona Beach serait l’un d’entre eux, si on s’en tient à sa réputation il est vrai orientée par son appartenance aux célèbres « video nasties » bannies du Royaume-Uni. Cela reste à voir.
La crudité, le réalisme, déranger les spectateurs, voilà pour l’objectif de Romano Scavolini, italien exilé aux États-Unis. Bon. Pour ce faire, il emploie les services d’un tueur qui à l’instar du Frank Zito de Maniac est surtout victime d’une maladie née d’un traumatisme qui, cela ne surprendra personne, remonte à son enfance et à la vision furtive des ébats sexuels de son père en train de se livrer à une séance masochiste. N’en jetez plus, le côté freudien est évident… Et pourtant, cela n’empêche nullement Scavolini d’en faire tout un fromage, comme si le fait qu’il s’agisse du père et non de la mère comme il est coutume justifiait qu’il s’attarde sur cet élément déclencheur mille fois vu. Ainsi, le réalisateur joue initialement la carte du cauchemar et de l’hallucination faisant remonter cette vision dans l’esprit de l’infortuné schizophrène, ce qui provoque inévitablement chez lui des crises de folie, d’épilepsie et des envies de meurtres qu’il tente en vain de réfréner. D’abord insérés dans le film de façon à prendre des allures surréalistes brouillant la perception de la réalité, et donc pour retranscrire la maladie du personnage, ces flashbacks se font par la suite plus espacés et apparaissent franchement artificiels. Pas besoin de nous rappeler les causes de la folie homicide de Tatum, et encore moins d’insérer en parallèle au climax le montage entier de cette scène issue de l’enfance. On avait déjà tout compris, non seulement lors des premières minutes et lors des sous-entendus lâchés par les médecins de Tatum, mais aussi en étant déjà très rodés à ce genre d’alibi, qui n’a ici rien de bien différent de ce que l’on trouve ailleurs. On devine pourquoi Tatum est revenu dans sa ville, et pourquoi il s’en prend aux Temper, une famille dont le père n’est qu’un élément rapporté et non le géniteur biologique des enfants. Scavolini se montre pourtant appliqué dans la composition de ces scènes, et il l’est tout autant lorsque Tatum est en pleine crise et qu’il tente de réfréner ses penchants homicides. Mais son application est toute académique, et il reste très éloigné des excès glauques de William Lustig dans Maniac, film qui faisait surgir le véritable enfer mental vécu par Zito d’un réalisme très très cru. Il n’est pas question d’atrocités dans Cauchemars à Daytona Beach. Une fois passée cette introduction qui ne laisse plus aucun doute sur la santé mentale de Tatum, le réalisateur se veut ultra-réaliste, et c’est certainement pour cette raison qu’il insiste autant pour nous rappeler le passé de ce tueur. Un peu comme si il craignait de voir les spectateurs associer Tatum au premier dégénéré venu évadé d’un asile (cf. Michael Myers).

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Car dans l’intervalle, et certainement toujours dans le but de rationaliser son intrigue, le réalisateur se penche de façon assez déséquilibrée sur la vie des victimes désignées, retracée jour après jour à partir de la mise en liberté de Tatum et son voyage au sud. C’est principalement là que le bât blesse… Les Temper forment une famille classique, avec la mère et les trois enfants, dont l’insupportable C.J., farceur impénitent et de mauvais goût, ostensiblement en manque d’autorité paternelle. Dans un parallèle saisissant avec Tatum, ce mioche s’amuse à simuler sa propre mort ou à terroriser sa baby-sitter en se grimant en tueur, ce qui nous vaudra bien entendu la métaphore du gamin qui criait au loup. Scavolini cherche à créer le lien entre ce petit tueur factice et le vrai tueur bien réel, tous deux perturbés, mais il en profite également pour faire des scènes d’angoisse à peu de frais, à base de visions subjectives qui rapprochent justement le film du slasher le plus basique. En plus d’être insupportable à la longue (car il faut aussi se farcir les visions subjectives de Tatum), c’est une grave entorse au souci de réalisme voulu par le réalisateur, qui au-delà des grosses ficelles psychologiques truffe son film de faux semblants pour mieux masquer le fait qu’il n’a rien d’autre à offrir pour éviter que le tout ne devienne vite monotone. Et c’est malgré tout raté… On s’ennuie fortement à assister à la vie tristounette des Temper, des blagues du fils, des colères de la baby-sitter, de la dépression de la mère et des atermoiements du beau-père. Pour toutes les raisons évoquées précédemment, il n’y a pas non plus de salut chez Tatum, pas plus que chez les médecins à la recherche de ce dernier, dont l’imbécilité et surtout le super ordinateur omniscient constituent encore d’autres entorses à la crédibilité, et donc au principal argument du réalisateur. C’est au nom de la crédibilité et du réalisme que Scavolini évite aussi de se montrer trop gore, se contentant de plusieurs cadavres mutilés ici ou là (en comptant ceux des flashbacks) et faisant totalement l’impasse sur la photographie -d’une fadeur documentariste-, la musique, bref toutes ces choses avec lesquelles William Lustig avait su jongler en équilibriste pour ne pas faire de son Maniac poisseux une zéderie vaniteuse. Mais c’est ainsi, le réalisateur cherchait avant tout à choquer par les crises d’épilepsie et par la douleur mentale de Tatum, enracinant le film dans cette morosité confinant par l’abus de lieux communs à la monotonie. On pourra toujours arguer qu’en matière sanguinolente et angoissante Scavolini se rattrape dans son final, mais je rétorquerai qu’il rattrape surtout le niveau des slashers (un exemple ? le masque enfilé par Tatum !), effectivement avec un certain savoir-faire. Il y a finalement de quoi regretter que Cauchemars à Daytona Beach se soit voulu autre chose qu’un simple démarquage de Halloween. Même en faisant abstraction des attentes suscitées par la découverte d’un film à la réputation flatteuse, je dois avouer avoir du mal à comprendre sa (relative) célébrité et encore plus son classement dans les video nasties -qui selon toute vraisemblance ne repose que sur une seule chose, la vision désabusée de l’enfance.

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