Cinéma Horreur

Catacombs – David Schmoeller

Ecrit par Loïc Blavier

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Catacombs. 1988.
Origine : Italie / États-Unis
Genre : Épouvante
Réalisation : David Schmoeller
Avec : Timothy Van Patten, Laura Schaefer, Ian Abercrombie, Jeremy West…

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Après Fou à tuer, David Schmoeller confirme que s’il a bel et bien fini par intégrer le giron de Charles Band, il ne l’a pas fait pour y enquiller les excentricités maison. Aux habituelles productions généreusement crétines commandées par Band, lui préfère garder son indépendance et tourner ce qu’il veut. Un passe-droit qu’il doit peut-être au fait qu’il se situe plus ou moins sur un pied d’égalité avec son producteur, avec lequel il avait déjà collaboré avant que le studio Empire ne soit fondé à l’occasion d’un Tourist Trap à la réputation flatteuse. Un peu à l’instar d’un Stuart Gordon, qui avec le succès de Re-Animator avait obtenu une certaine liberté créatrice, Schmoeller se pose en pilier de l’Empire et n’entend pas se faire marcher sur les pieds. D’où l’inévitable rupture avec Charles Band qui interviendra quelques années plus tard, au moment de revendiquer la paternité de Puppet Master. Mais au moment de Catacombs, tourné en 20 jours en Italie avec des techniciens locaux, l’entente restait cordiale malgré les difficultés financières rencontrées par le studio Empire. Lequel mettra bientôt la clef sous la porte, annulant la sortie du film de Schmoeller jusqu’à ce qu’il finisse par sortir en vidéo sous le titre Curse IV, étant au passage artificiellement rattaché à une saga avec laquelle il n’avait pourtant rien à voir. Ainsi va le monde de la série B…

En l’an 1506, l’Inquisition est appelée d’urgence à l’abbaye San Pietro en Valle pour un sévère cas de possession démoniaque. Confronté à une solide résistance, le maître exorciste est contraint d’enfermer pour de bon le démon dans les catacombes où il est enchaîné, puis d’apposer un scellé sur la porte de son cachot, lequel sera ensuite muré. Quatre siècles et demi plus tard, la vie de l’abbaye est redevenue normale, reléguant cette histoire au rang de légende que seul le sévère père Marinus prend au sérieux. Pour sa part, le père supérieur Orsini n’y voit qu’une superstition. Pas de quoi l’empêcher d’accepter la présence à l’abbaye du père John Durham, un moine en formation, ni même celle d’une femme laïque, Laura Schaefer, venue étudier dans ce cadre serein quoique décidément un peu lugubre au niveau des catacombes.

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Démon albinos, vomi acide, exorciste fanatique, blessures sanguinolentes… Qu’on ne se laisse pas abuser par l’introduction mouvementée que Schmoeller, également scénariste, a donné à Catacombs. Car le reste n’aura que très rarement recours à tous ces ingrédients qui auguraient plus d’une sorte de Evil Dead chrétien que de la tardive (voire anachronique) incursion dans l’épouvante à connotation religieuse que le film s’avère être. Ayant visiblement assez de mal à émerger d’un sommeil multi séculaire, le démon de l’abbaye se montre discret et s’avère incapable de sortir du réduit dans lequel il fut en son temps confiné, ne serait-ce que de façon immatérielle. Tout juste peut-il s’en prendre (et sans se montrer !) aux bougres qui ont le malheur de descendre juste devant son antre, ce que personne ne fait jamais (à l’exception d’un moine dont personne ne remarquera jamais la disparition au cours du film… profitons en donc pour lui rendre hommage, puisque ses collègues en soutane ne l’ont pas fait). En revanche, il peut compter sur quelques éléments pour rappeler sa présence et la menace qu’il est censé représenter. Et dans un rôle d’oiseau de mauvaise augure, le père Marinus se pose là, lui qui est toujours à plomber l’ambiance par ses remontrances ou ses accusations inquisitrices, ses sermons furieux, sa mine d’ascète dormant sur un matelas clouté et son strict refus de tout menu plaisir aussi anodin qu’une tasse de thé. A tel point qu’on peut se demander si à force de faire tant de boucan théologique il ne serait pas un peu coupable du réveil démoniaque. D’autant plus que la politique de tolérance du père supérieur Orsini, qui tolère non seulement un jeune séminariste venu éprouver sa vocation mais aussi une étudiante que Marinus imagine déjà en tentatrice satanique , accroit ses rancœurs. David Schmoeller n’indique pas clairement la raison du réveil démoniaque, mais en se remémorant que pour commencer le démon était apparu à l’époque de grands excès religieux (l’Inquisition), on peut toujours se livrer à une extrapolation. Le démon n’est jamais aussi fort que lorsque le religieux est intolérant. D’où la nécessité de la modération. Ce qui expliquerait pourquoi le séminariste en pleine crise de foi fait figure de héros et pourquoi les proies du démon sont aussi celles qui sont à peu de choses près les plus méprisées par le père Marinus : l’étudiante, le sage Orsini, le rigolo père Timothy (il mange des Snickers et taxe du chewing-gum à tout le monde) et même ce vieux prêtre agonisant qui regrette sur son lit de mort de ne jamais avoir goûté aux plaisirs de la chair et espère que le paradis lui en offrira l’occasion. Mais tout ceci est laissé au raisonnement du spectateur, car le réalisateur ne fait pas beaucoup d’effort pour donner corps à ce qui pourrait pourtant donner de la profondeur à son scénario qui n’est, il faut bien le dire, pas très dégourdi. Concrètement, les personnages, d’ailleurs en nombre limité (la plupart des moines n’ont pas voix au chapitre), ne sont qu’un ramassis de clichés incluant également l’inévitable paysanne superstitieuse ne parlant pas anglais. A part Marinus, le seul à être méchant et qui pêche au contraire par sa trop grande théâtralité, tous s’avèrent d’une très grande fadeur. Ne prêtant pas l’oreille à la légende du démon jusqu’à ce qu’ils aient le nez dedans, ils ne présentent aucune sorte d’intérêt, se contentant de vivoter dans la douillette abbaye de leur ensoleillée campagne italienne. Mention spéciale à Laura, la timide étudiante qui n’étudie pas et qui passe son temps à se promener dans les couloirs. Ce qui donne toujours l’occasion à Schmoeller de nous faire visiter les catacombes, pour lesquelles il a mis les bouchées doubles afin d’indiquer que quelque part dans le coin se trouve le démon bientôt libéré. Vieilles grilles rouillées pleines de toiles d’araignées, ossements humains, chandelles partout, tout cela accompagné de sinistres chœurs grégoriens et d’une photographie bleuâtre. Digne d’un film gothique italien des années 60. Mais ne croyons pas que Catacombs soit pour autant un film atmosphérique : les catacombes du titre mises à part, il n’y a rien de bien particulier à signaler dans l’esthétique de l’abbaye. Sauf quand Marinus y donne la messe avec son couteau en crucifix ou qu’il décore son bureau d’un crâne humain. Il ne se passe donc rien de bien particulier, Catacombs s’inscrivant au nombre des films bavards alignant mollement quelques prémices avant un final plus enthousiasmant dont le point d’orgue n’est pas la tant attendue réapparition physique du démon (qui pour l’occasion ne retrouvera pas son allant du XVIe siècle) mais plutôt la soudaine résurrection d’un Jésus taille nature descendu de sa croix pour poignarder le bouffeur de Snickers alors que celui-ci s’adonnait à son pêché mignon tout en faisant sa prière.

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Par paresse ou par manque de moyens, David Schmoeller a raté le coche. Pas mal foutu techniquement mais desservi par son scénario qui ne prend pas la peine d’exploiter ce qui lui servait de base, Catacombs peine à se démarquer du tout-venant des productions horrifiques vite vues et vite oubliées sorties dans les années 80. Ce qui est tout de même dommage lorsque l’on est un produit de l’Empire de Charles Band, dont les représentants ne manquent généralement pas de se faire remarquer, y compris dans des aspects moins reluisants. Sinon, pour un film d’épouvante en milieu religieux tourné à la même époque et venu lui aussi d’Italie, on pourra se pencher plus fructueusement sur le Sanctuaire de Michele Soavi.

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