Cinéma Horreur

Black Water – David Nerlich et Andrew Traucki

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Black Water. 2007.
Origine : Australie
Genre : Gare au crocodile !
Réalisation : David Nerlich & Andrew Traucki
Avec : Diana Glenn, Maeve Dermody, Andy Rodoreda, Ben Oxenbould…

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C’est enfin les vacances pour Grace, son petit ami Adam et sa sœur cadette, Lee. Après avoir copieusement festoyé en compagnie de la mère des deux jeunes femmes à l’occasion des fêtes de fin d’année, ils partent arpenter le nord de l’Australie au hasard de leurs envies. D’un commun accord, ils décident de partir pêcher en compagnie d’un guide local. Et alors qu’ils parcourent la mangrove, un crocodile les attaque, dévorant au passage leur accompagnateur. Bloqués sur un arbre et sans espoir d’être secourus, Grace, Adam et Lee ne vont pouvoir compter que sur eux-mêmes pour se tirer de ce mauvais pas…

Depuis Crocodile Dundee (1986), nous ne sommes plus sans ignorer l’hostile présence de colonies de crocodiles en terres australiennes. Cependant, en jouant la carte de l’humour avant tout, le film de Peter Faiman reléguait le crocodile au simple rang d’élément folklorique. Une vingtaine d’années plus tard, deux films australiens se refusent à procéder de la même manière, plaçant le dangereux reptile au cœur de leur récit respectif. Toutefois, chacun s’est inscrit dans une démarche différente, laquelle a en partie conditionné leur exploitation. Nanti de la signature de Greg McLean, remarqué pour son premier film Wolf Creek, Solitaire (curieusement rebaptisé Eaux troubles en DVD) joue à fond la carte du film de monstre, et donc du spectaculaire. Rien de tout ça avec Black Water, qui sur fond d’histoire vraie propose un suspense psychologique plus intimiste. Sans surprise, le premier a été présenté en compétition officielle au festival de Gérardmer 2008 et a bénéficié d’une sortie en salles en France, alors que le second a garni la catégorie vidéo de cette même édition, et n’a été diffusé par chez nous que sur cet unique support. C’est d’autant plus dommage que dans le genre agression animalière, ce premier effort du duo David Nerlich et Andrew Traucki se révèle être une bonne surprise. Ce qui était loin d’être gagné d’avance !

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Affichant en préambule la mention « inspiré d’une histoire vraie », Black Water laisse augurer d’un film fauché dont on masque la modicité des moyens par un habillage pseudo documentaire à la manière d’un Open Water (2003). Or les deux compères font ici preuve d’une belle maîtrise, sachant notamment rendre la situation particulièrement anxiogène avec trois fois rien. Refusant catégoriquement l’usage d’images de synthèse qu’ils abhorrent (comme je les comprends !), Nerlich et Traucki préfèrent ruser en intégrant en postproduction des plans de vrais crocodiles filmés par leurs soins aux scènes tournées avec les acteurs dans lesquelles le reptile doit apparaître. L’illusion est d’autant plus parfaite qu’ils n’abusent pas du procédé, reléguant le plus souvent le crocodile dans l’ombre. Ainsi, pendant près de la moitié du film, on devine l’animal plus qu’on ne le voit, à l’image de l’attaque du bateau qui conditionne la suite du récit. Le frêle esquif se renverse, ses passagers resurgissent des flots les uns après les autres, moins le guide dont le corps a disparu sans que quiconque n’ait vu quoi que ce soit, pas plus nous spectateurs que les protagonistes. La menace n’en est pas moins immédiatement identifiée et avec elle, c’est tout le mécanisme de la peur qui commence à se mettre en branle.
Comme je le mentionnais plus avant, Nerlich et Traucki parviennent à instaurer une tension palpable sans recourir, dans un premier temps, à des effets grandiloquents. En filmant simplement la surface de l’eau, quelques clapotis d’origine inconnue, et en s’arrêtant sur les visages déformés par la peur des rescapés (à noter une très bonne prestation d’ensemble des comédiens), les réalisateurs créent un climat d’angoisse bien plus efficace que s’ils avaient tout axé sur la bête et les effets gores. En outre, ils n’hésitent pas à prendre leur temps, ne cherchant pas coûte que coûte à agrémenter leur récit de multiples péripéties. Au contraire, ils s’attardent bien volontiers sur le désarroi qui s’empare des rescapés, relatif à la présence du bateau sous leurs yeux, à la fois si proche et si loin. Ce même bateau qui n’a pas su les protéger de l’attaque de la bête devient pour eux, cernés par les flots et juchés de manière inconfortable sur un arbre, leur unique espoir. Reste à savoir quand nos rescapés vont avoir le courage nécessaire pour braver les eaux sombres afin de regagner le bateau et le remettre à l’endroit. Suspense minimaliste, certes, mais efficace auquel les réalisateurs adjoignent une hypothèse plutôt inattendue énoncée par Adam : et si le crocodile n’était plus dans les parages depuis belle lurette, leur peur constituant alors le seul barrage entre eux et la liberté ? A l’aune d’une mise en scène qui ne nous a jamais clairement montré le prédateur en action, cette hypothèse commence à faire sens dans notre esprit, au point de se demander si nous aussi n’avons pas été dupes des attentes générées par un tel film. Alors que de la frustration devrait naître de ce raisonnement, c’est au contraire le plaisir simple de s’être laissé berner qui prédomine. Le soudain basculement de Black Water en un film d’agression animale lambda n’en devient que plus frustrant.
Parce qu’il en fallait bien un qui se dévoue, c’est à Adam que revient le privilège d’affronter ses peurs et de se jeter à l’eau. A partir de là, l’habile suspense mis en place par Nerlich et Traucki vole en éclats. Le crocodile est toujours là, bien décidé à tous les boulotter jusqu’au dernier ! L’animal se révèle alors dans tout son sadisme, faisant petit à petit sombrer le film dans les incohérences. Joueur, le saurien mordille ses victimes, les dépose sur un monticule de terre, pour mieux les pourchasser par la suite. N’importe quoi ! Quant au effets chocs, qui jusque là avaient habilement été évités, ils se succèdent désormais à vitesse grand V dans une frénésie contreproductive. Corollaire de ce changement de direction, le film devient tristement prévisible, démontrant que les réalisateurs auraient gagné à conserver leur touche plus personnelle plutôt que de jouer dans la cour trop fréquentée des films de « monstres ».

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En dépit de ces réserves, Black Water demeure recommandable. Le minimalisme lui sied bien, à l’image du crocodile qui, sous ses faux airs de Bruce (le surnom du requin des Dents de la mer), reste raisonnable dans ses proportions. La mention du classique de Steven Spielberg n’est pas anodine dans la mesure où, sans son compère, Andrew Traucki s’en est encore davantage rapproché avec The Reef (2010), transposition des ingrédients de Black Water autour d’un requin. De la suite dans les idées qui confine à l’exploitation d’un filon jusqu’à épuisement.

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