Cinéma Comédie Drame

Big Wednesday – John Milius

Ecrit par Jérémie Conde

bigwednesday

Big Wednesday. 1978.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie dramatique
Réalisation : John Milius
Avec : Jan-Michael Vincent, William Katt, Gary Busey, Patti d’Arbanville…

Big Wednesday, aussi appelé par chez nous Graffiti Party, a été réalisé par John Milius en 1978. C’est un film à part dans la filmographie du réalisateur/scénariste Milius, connu pour des films comme Conan le Barbare (réalisation + scénario) ou Apocalypse Now (scénario), mais aussi Jeremiah Johnson (scénario).

Big Wednesday se déroule sur la côte ouest des Etats-Unis au printemps 1962, à l’automne 1965, à l’hiver 1968 et à l’été 1975, plus particulièrement le mercredi 27 août 1975 (d’où le titre du film). Ces quatre époques sont connues par les surfeurs de cette région comme les quatre périodes les plus propices au surf jamais enregistrées. Ainsi, Milius nous promène à travers ces quatre périodes et à travers une certaine histoire des Etats-Unis.

On suit trois amis principalement, surfant ensemble sur les vagues, faisant partie d’une grande troupe d’amis qui festoient et se bagarrent contre des bandes rivales. Matt, Jack et Leroy sont de véritables vedettes. On les montre du doigt sur la plage, les gamins veulent leur ressembler, les idolâtrent. Si vous lisez le synopsis d’Allociné, vous serez vite trompés par tant d’incompétence : il n’y a pas de surfeurs nazis dans ce film !
Quoiqu’il en soit, John Milius raconte un peu son enfance, lui qui a grandi à Malibu et qui a connu les années 60 dans cette ville où le surf était roi à l’époque. Ainsi, à travers ces trois personnages, Milius va parler de la vie, de l’amitié, de l’amour, de la guerre. Lorsqu’on découvre nos trois héros, ils sont insouciants, ne pensant qu’à surfer, à boire et à s’amuser. Puis un jour, il faut travailler, un autre, la petite amie tombe enceinte, tout cela fait vite grandir. Milius décrypte une génération qui a connu des bouleversements moraux, une génération née après la guerre, c’est la révolution sexuelle, le rock’n roll, la beat generation, le boom économique. La guerre froide passe très loin de ces jeunes de la côte ouest, ils ont l’océan, le sexe, l’alcool, et puis un jour vient la guerre du Vietnam. Une génération qui n’aspirait qu’à s’amuser, à vivre simplement au jour le jour, et qui découvre l’âge adulte. Alors certains trouvent des solutions pour ne pas y aller, d’autres y vont, certains en reviennent, d’autres pas.
Les amitiés sont fragiles. Le temps passant, certains cessent de se parler puis se retrouvent sur une planche de surf.

Milius nous livre là une œuvre très intime, un film élégant, magnifique, ponctué de musiques superbes et d’images extraordinaires. Jamais on ne reste insensible face à ces vagues immenses que ces hommes ont la chance de chevaucher, jamais on ne respecte autant ces déferlantes argentées prêtes à tout détruire et qui offrent un spectacle incroyable. Bien sûr, l’amoureux de l’océan que je suis parle ici avec son cœur, et regarde les images de ce film avec les yeux d’un enfant passionné, mais ce que Milius ose faire avec ce film est une chose qu’aucun film sur le surf n’a su faire, c’est à dire insuffler l’esprit à la fois tellement ouvert et élitiste de ceux qui aiment glisser dans les vagues, la sensation indescriptible d’être entre les mâchoires d’océan et de se laisser porter telle une feuille par le vent.

C’est un grand film que nous livre là Milius, un film intimiste, mais un film qui mérite d’être connu, et qui malheureusement ne l’est pas assez. Un film qui aime prendre son temps, un film parfois drôle parfois tendre, un film sans concession pourtant sur cette génération porteuse d’idéaux qui n’a pas su se battre pour ces idéaux là, cette génération qui avait tout et qui s’est laissée bouffer par les haines débiles de ceux qui nous dirigent. C’est l’histoire de vies gâchées car elles auraient dû restées telles qu’elles étaient, des vies de plaisirs, de surf, de combat contre la marée, d’attente des bonnes vagues, des vies simples, pas sabotées par les intérêts économico-politiques des générations précédentes.

Bien sûr, Milius ne le dit pas tout cela. Il se contente de montrer. Et c’est là la force de ce film, de réussir à rester humble, à rester calme face à tout cela. La force de ce film, c’est de parler de trois hommes qui grandissent avec les vagues, qui évoluent avec les grandes marées, qui se laissent portées par les réalités de la vie, travailler, gagner de l’argent, aller combattre, pour qui? Pour quoi ?

Milius nous gratifie donc de scènes exceptionnelles de surf comme jamais il n’y en a eu d’aussi bien filmées. Lui, surfeur amateur, sait comment filmer une vague, comme regarder un homme sur sa planche, il a compris. Les trois acteurs campant les héros sont excellents dans leurs rôles. Ils surfent tous comme des dieux (ils ne sont jamais doublés) et représentent très bien cette génération perdue qui a surtout égaré ses espoirs.

Un film tendre, fort, beau, émouvant, drôle, magnifique. Un film étonnant.

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