Cinéma Horreur Thriller

Arachnophobie – Frank Marshall

Ecrit par Loïc Blavier

arachnophobie

Arachnophobia. 1990.
Origine : Etats-Unis
Genre : Épouvante / Comédie
Réalisation : Frank Marshall
Avec : Jeff Daniels, Julian Sands, John Goodman, Brian McNamara…

Après dix ans de bons et loyaux services pour Steven Spielberg (producteur, réalisateur de seconde équipe, réalisateur de making of, directeur de production, acteur, horloge parlante, arroseur de plantes en pots…), Frank Marshall a bien gagné le droit de diriger un long métrage Amblin. Pour l’occasion, il étrenne même les activités de Hollywood Pictures, la nouvelle branche de Disney, associée à Amblin. Rôdé au monde de Spielberg, Marshall trouve dans Arachnophobie tous les éléments qu’il connaît déjà par cœur : une famille, une ville moyenne américaine, la communauté qui va avec et un danger qui risque de perturber la stabilité de tous. Après les extra-terrestres, après les gremlins, après le bigfoot, c’est au tour des araignées de s’inviter à la parade. Des insectes toujours prompts à faire ressortir les peurs primaires du citadin moyen tel que le Dr. Jennings (Jess Daniels), traumatisé depuis la petite enfance par les arachnides. Après son déménagement de San Francisco avec sa petite famille, il se retrouve coincé à Canaima, dans la province californienne où le corps d’un photographe décédé au Vénézuéla vient d’être ramené dans un cercueil contenant également son bourreau : une araignée mortelle inconnue des spécialistes qui s’empresse de prendre ses aises dans la ville.

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Il ne faudrait pourtant pas croire qu’Arachnophobie cherche à tout prix à faire peur. Si cette volonté existe bien, elle se trouve réduite au frisson instinctif ressenti face à ces petites bêtes avec leurs longues paires de pattes, leurs yeux chafouins et leur discrétion naturelle, que Marshall retranscrit non sans une certaine forme de connivence avec un public qui sait très bien ce qu’il est venu voir. Si ce n’est pour une agressivité un peu poussée et pour la nocivité de leur venin (sans laquelle le film n’aurait pas lieu d’être), Marshall n’a pas besoin d’en rajouter, ses bestioles se suffisant à elles mêmes. Il lui suffit donc de les montrer en train de se faufiler à l’insu des personnages dans un chausson, de descendre d’un plafond au bout de leur toile, de se cacher dans la cuvette d’un chiotte ou de se glisser dans le casque d’un footballeur américain… Simple, mais un chouïa répétitif à la longue. Les effets spéciaux sont réduits au minimum (la reine araignée et son général, dans le climax) et de véritables Delena cancerides néo-zélandaises furent employées pour leur sociabilité, pour leur absence de venin et pour leur allure présentable. Le plus gros du travail fut donc de les pousser à respecter les consignes du réalisateur, ce qui fut fait en les guidant à l’aide de sources de chaleur et de fraîcheur. Leur apparition à l’écran vont crescendo, commençant fort discrètement dans la morgue puis dans la grange des Jennings pour se finir par une invasion massive à laquelle succède l’impitoyable lutte entre le héros muni d’un lance-flammes et la reine des araignées, qui garde son nid en compagnie de l’impressionnant général. Quand on en est arrivé là, le réalisateur ne cherche même plus à faire frissonner, le spectateur ayant à l’image du héros (auquel il s’identifie bien entendu) réussit à surmonter sa phobie. Et Marshall de jouer donc la carte de l’humour en misant sur le décalage entre la petite bête armée de ses petits crocs et de la grosse bête qui a sorti l’artillerie lourde.

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Cette histoire de bébêtes méchantes lancées à l’assaut d’une petite ville est principalement issue du Gremlins de Joe Dante, auquel Marshall emprunte l’humour plutôt corrosif. Plutôt surprenant de la part d’un homme qui a toujours servilement servi Steven Spielberg. Ainsi l’introduction située en Amazonie est-elle marquée par la présence d’un photographe qui possède toutes les caractéristiques du sous-fifre comique. A la différence du scientifique incarné par Julian Sands, il ne parvient pas à s’adapter à cette vie sauvage, et ses maladresses se reflètent par sa gentille obstination à ne pas tenter de s’adapter à son environnement. Dans tout autre film, ce type de personnage aurait été porté comme un boulet servant de soupape pour relâcher la pression accumulée par l’aventure. Pas ici. L’homme meurt tout simplement, piqué par une araignée dans l’indifférence quasi-générale. C’est dans son cercueil que voyagera la future reine, et à l’arrivée son cadavre (montré à l’écran) sera totalement desséché. La même surprise nous attend pour la gentille sexagénaire qui accueille la famille Jennings : celle qui aurait dû être une amie passe très vite l’arme à gauche. Jennings lui-même acquiert une réputation néfaste, motivée par l’attitude très peu confraternelle du vieux médecin du coin et par l’égocentrisme du shérif au physique alvaro-vitalesque. La communauté de cette petite ville n’est pas soudée, bien au contraire. Marshall dresse une satire de cet univers propret : le fameux air pur de la campagne est vicié par ces araignées (qui ont génocidé les criquets !) et les habitants se montrent soit hostiles aux citadins, soit plongés dans un mode de vie à la limite du beauf (le responsable de la morgue et de sa femme, qui périssent en bouffant du popcorn devant La Roue de la fortune). Les aides de Jennings viendront de l’extérieur (les entomologistes) ou prendront la forme de l’exterminateur massacreur joué par le toujours bienvenu John Goodman. La famille n’a ici pas grande utilité, et l’enjeu du film n’est clairement pas de défendre son unité. L’amusement alterné avec les sensations fortes semblent avoir été le seul leitmotiv de Frank Marshall, qui décrit lui-même son film comme « une montagne russe », avec tout le manque d’ambition que cela comporte. A ce niveau, Arachnophobie est réussi. Il manque toutefois cette dose de folie qu’avait su insuffler Joe Dante dans Gremlins pour transformer la gentille satire en irrévérencieux cartoon.

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