Cinéma Western

Appaloosa – Ed Harris

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Appaloosa. 2008.
Origine : Etats-Unis
Genre : Western
Réalisation : Ed Harris
Avec : Ed Harris, Viggo Mortensen, Jeremy Irons, Lance Henriksen…

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Acteur américain à la filmographie relativement étendue et plutôt éclectique, Ed Harris est finalement passé derrière la caméra pour faire son biopic du peintre Pollock en 2000 (ce qui ne l’a pas empêché d’interpréter également le rôle principal dans son film). Et voilà que huit ans après ce premier essai, il récidive en signant cette fois-ci un western. Et ça fait plutôt plaisir, d’une part parce que le western est un genre toujours réjouissant qui se fait quand même très rare au cinéma ces derniers temps, malgré les récentes tentatives de Kevin Costner et de James Mangold de remettre le genre au goût du jour avec respectivement Open Range et 3h10 pour Yuma; et d’autre part parce que je trouve toujours intéressant de voir comment un acteur (ou tout autre profession du cinéma qui n’a en temps normal pas d’avis à émettre sur la réalisation) arrive à s’en sortir avec la mise en scène d’un film.

Appaloosa nous raconte donc l’histoire du shérif Virgil Cole et son adjoint Everett Hitch qui débarquent un jour dans la petite bourgade d’Appaloosa, Nouveau Mexique pour y découvrir des habitants terrorisés par Randall Bragg et sa bande, responsables de la mort du précédent Shérif. Les deux hommes décident de s’y installer afin de débarrasser la ville de Randall et de ses hommes…

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Conformément à ce que laisse penser le synopsis du film, Appaloosa a tout du western américain classique. Tant et si bien qu’on pouvait même craindre que le film s’étouffe dans ce classicisme et ne laisse rien d’autre derrière lui qu’un amer sentiment de déjà vu. Il est vrai que depuis le fameux Impitoyable il était devenu difficile de faire du neuf dans le genre tant le chef d’œuvre de Clint Eastwood semblait définitif. C’est cependant tout à l’honneur de Ed Harris de s’essayer au western, et si le résultat n’est certes pas aussi réussi que ses plus glorieux ancêtres, c’est quand même très loin d’être raté et même plutôt surprenant par moments. Et ce même si le film emprunte assez largement les codes du western et abuse presque des passages obligés inhérents au genre: duels au soleil devant le saloon, cowboys solitaires et bourrus, costumes poussiéreux, méchants aux visages burinés, etc. tout ceci est largement réutilisé par un Ed Harris qui connait ses classiques et qui plonge le spectateur en terrain connu. Pourtant dès le début Appaloosa tente de se démarquer de ses congénères en adoptant une approche résolument réaliste, qui tend à désacraliser les mythes qu’il aborde. Ainsi, exit les mémorables duels à la Sergio Leone où le suspense et la violence étaient magnifiquement exagérées, mais place à des fusillades sèches et expéditives filmées très sobrement. Il est quelque part frustrant de voir les duels ainsi écourtés, mais cela renforce grandement leur impact dans la mesure où la mort des protagonistes nous paraît particulièrement brutale et où la soudaine absence des personnages tués jure incroyablement avec la grande présence à l’écran qu’ils pouvaient avoir. La plus grande qualité de Appaloosa résidant indéniablement dans ses différents personnages, la mort de ceux ci ne laissera pas le spectateur indifférent, et dès lors les duels apparaissent comme des scènes charnières dans l’intrigue et ce malgré leur nombre relativement réduit.
Ainsi, si le film peut manquer de rythme lors de certains passages et que l’histoire semble parfois peu originale, la profusion de seconds rôles intéressants au background travaillé pallie assez aisément ce manque et donne à l’histoire une profondeur supplémentaire. Et si les clichés du western sont présents à l’écran, les personnages sont au contraire suffisamment ambigus pour intriguer le spectateur. Et ce qui semblait au départ des rôles bien définis de gentils et de méchants se révèle finalement plus subtil qu’on aurait pu le penser. Ed Harris se plaît visiblement à brouiller les pistes et il parvient malgré sa stature à incarner un rôle plus fragile qu’il n’y paraît. Face à lui, Jeremy Irons se révèle tout bonnement impeccable dans le rôle d’un méchant distingué mais habile au maniement des armes, Lance Henrikssen brille comme d’habitude dans un second rôle génial tandis que Renée Zellweger constitue la seule faute de goût en étant aussi insupportable que son personnage. Quant à Viggo Mortensen, après avoir démontré chez David Cronenberg un talent qu’on avait bien du mal à deviner dans les rôles fades qu’il semblait être condamné à jouer après le succès post-Seigneur des anneaux, il n’a jamais été aussi bon. Avec son visage taillé à la serpe et sa barbiche, il semble tout droit issu de l’ouest sauvage le plus authentique et vole assez facilement la vedette à son comparse Ed Harris, en s’imposant comme le véritable héros du film. Appaloosa est ainsi un film d’acteur dans lequel les personnages sont tout particulièrement mis en valeur, et desservis par un casting impeccable à une exception près.
Hélas il semblerait que le même soin n’ait pas été fournis pour la mise en scène, qui regorge de cadrages sans saveurs et de longs plans fixes peu imaginatifs. Si Ed Harris est un grand acteur, il semble avoir encore quelques difficultés à donner un vrai relief et une vraie personnalité aux images qu’il filme. C’est plutôt dommage vu le matériel qu’il avait à sa disposition avec un si bon casting et de grands décors. Mais même lorsqu’il cadre large, il ne parvient pas à mettre en valeur les immenses étendues de l’ouest et ses images demeurent assez froides et anonymes. Le montage trahit une mauvaise gestion du rythme, l’acteur se contente de filmer les actions sans essayer de leur faire dire quelque chose.
Si le film reste tout de même tout à fait regardable et ne souffre d’aucune véritable incompétence dans la mise en images, ce manque de véritables idées dans le cadrage, les angles de vues et l’utilisation de l’échelle de plans rend la réalisation assez fade et empêche Appaloosa de tutoyer les sommets que les westerns de John Ford, Howard Hawks, puis des Sergio (Leone, Sollima et Corbucci) et enfin de Clint Eastwood parvenaient à atteindre. C’est dommage, mais Appaloosa reste un film divertissant qui offre tout de même une galerie de personnages assez savoureux.

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