Cinéma Horreur

Amityville : The Awakening – Franck Khalfoun

Ecrit par Loïc Blavier

Amityville : The Awakening. 2017.
Origine : Etats-Unis
Genre : 19ème volet
Réalisation : Franck Khalfoun
Avec : Bella Thorne, Jennifer Jason Leigh, Cameron Monaghan, Mckenna Grace…

C’était en 2013, et avec Amityville Haunting, Tortillapolis se mettait à jour d’une saga qui, déjà, paraissait interminable… Même pas cinq ans plus tard, huit autres opus sont venus ruiner ce souci d’exhaustivité, à défaut de ruiner un nom qui s’était de toute façon couvert de honte depuis bien longtemps. Dès le troisième opus, Amityville s’était glissé sur de mauvais rails, entraînant à sa suite une foule de séquelles très souvent lamentables, n’entretenant qu’une vague parenté avec les faits divers survenus au 112 Ocean Avenue, que se soit les meurtres de la famille DeFeo ou la hantise affrontée par les Lutz. Des romans au rabais ou autres « études » parapsychologiques leur servaient de caution pour excuser le prolongement d’une saga justifiée par le seul nom d’Amityville. Tout cela se termina avec Amityville : La Maison de poupées en 1996. Le remake hollywoodien de 2005, très mauvais au demeurant, redonna un second souffle à cette engeance, bien épaulé par le fait que la saga n’appartienne en fait à personne et que n’importe qui peut impunément tourner n’importe quoi sous un titre incluant le nom « Amityville ». De saga, il n’y en a pas, ou plus : il n’y a qu’une avalanche de films bas de gamme cherchant à se faire remarquer par un nom vendeur et visiblement libre de droits. Et pourtant, Amityville : The Awakening qui nous concerne aujourd’hui partait pour être autre chose… Dans la foulée du remake dont ils s’étaient chargés, les frères Weinstein cherchaient à capitaliser et prévoyaient un film en association avec la firme Blumhouse Productions, passée maître dans le found footage avec leur saga Paranormal Activity, et dont le catalogue s’est depuis enrichi de films comme Insidious, Sinister, Ouija, The Visit ou Get OutAmityville : The Lost Tapes, titre initialement prévu, voulait faire dans le « found footage », mais voyait raisonnablement grand. Et puis les problèmes de production commencèrent. Résultat : The Amityville Haunting avait eu le temps de s’emparer du « found footage » et l’ensemble fut petit à petit repensé pour en faire un film plus conventionnel. Le scénario fut réécrit entièrement par Franck Khalfoun, collaborateur régulier d’Alexandre Aja et réalisateur embauché alors que le projet se nommait encore Lost Tapes. Mais même là, les reports furent intempestifs, les nouvelles prises de vue fréquentes et Amityville : The Awakening ne vit le jour qu’en 2017, avec une sortie en catimini sur Google Play… De nombreux autres Amityville avaient vus le jour entre temps. Et la collaboration Dimension Films / Blumhouse Productions d’être ravalée au même niveau que la concurrence amateure…

Pour se rapprocher du neurologue qui soigne son fils James, maintenu à domicile dans un état végétatif, Joan Walker a décidé de déménager. Et c’est ainsi qu’elle a emmené sa famille dans la tristement célèbre maison d’Amityville. Ce qui n’est pas sans contrarier sa fille Belle, sombre solitaire qui va en outre devoir affronter les quolibets de ses nouveaux camarades de classe. Ce ne serait encore rien si l’état jugé désespéré de James ne se mettait pas soudainement à s’améliorer… Avec le passif de la bâtisse, l’origine diabolique du miracle semble plus probable que l’intervention divine.

En fin de compte, si le nom « Amityville » est avant tout associé à la maison hantée, rares sont les films de la pseudo saga à avoir exploité ce versant. Non pas qu’ils n’essayaient pas à leur manière de se montrer effrayants, mais les scénario ont souvent gravité autour de menaces bien plus ciblées, que ce soit via une ribambelle d’objets issus de la maison (miroir, lampe, maison de poupée, horloge) ou bien en s’attardant sur une seule personne, bien évidemment possédée (Amityville II, soit dit en passant le meilleur du lot). Il n’en va pas autrement pour Amityville : The Awakening, qui après avoir vaguement utilisé les clichés de rigueur (portes qui s’ouvrent toute seules, silhouette spectrale, mise en scène façon Shining) plie rapidement les gaules et regroupe ses préoccupations surnaturelles sur le seul James, au seuil de la mort dans son lit médicalisé. L’amélioration de sa santé ne peut se faire que progressivement, laissant deviner que seul le final présentera un quelconque intérêt sur le plan purement horrifique. Et encore : ce ne sera qu’une énième reconstitution du soir où Ronald DeFeo assassina toute sa famille à coup de fusil. Bref, juger le film de Franck Khalfoun, c’est juger comment celui-ci parvient à se dépatouiller dans l’intervalle pour faire vivre son film tout en sachant que le spectateur sait d’ores et déjà où l’intrigue veut en venir. Le véritable sujet du film n’est donc pas la maison hantée d’Amityville, ni même l’esprit qui prend possession de James, mais bien les tourments de Belle, la jumelle de James. Une adolescente mal dans sa peau qui vit particulièrement mal le maintien de son frère -qu’elle considère comme déjà mort- dans le cadre domestique. D’autant plus que Joan, leur mère (jouée par Jennifer Jason Leigh), est toute entière dévouée au malade et ignore superbement le malaise de sa fille aînée, ne lui apportant pas plus d’affection qu’à Juliet, la petite dernière. Belle se retrouve donc à devoir jouer en plus les mères de substitution. Et puis il y a la culpabilité, puisque Belle est partiellement responsable de l’état dans lequel se trouve son frère. On comprend donc qu’elle en ait gros sur la patate… En un sens, cet Amityville n’est donc qu’un drame adolescent, le mal pouvant être interprété comme étant le poids représenté par le moribond sur la cellule familiale en général et sur Belle en particulier. Si Khalfoun s’était limité à ce thème, il aurait peut-être pu accoucher de quelque chose d’intéressant. Rien de très profond, car aucun des personnages n’est véritablement fouillé (tous ne font que s’enfoncer dans leurs caractérisations posées dès le départ), mais au moins son film aurait bénéficié d’une certaine homogénéité. Ce qui n’est pas le cas dès lors que le réalisateur doit également répondre au cahier des charges du film d’épouvante et se voit contraint de revenir sans cesse à l’exploitation du nom « Amityville ». Et pas forcément de la plus subtile des manières : pour convaincre Belle de la malédiction qui pèse sur sa maison (et en même temps se faire une petite frayeur nocturne), ses amis, eux-aussi marginaux, ne trouvent rien de mieux à faire que de lui amener le DVD du film de Stuart Rosenberg… Et ceux d’Amityville II et du remake de 2005, tout en faisant quelques commentaires désobligeants sur la saga. Pas immérités, certes, mais tout de même bien gonflé de la part d’un film qui lui-même ne s’élève guère au dessus de la masse ! Outre ce clin d’œil, d’autres évènements associés au passé de la maison servent de piqûres de rappel et font leur office de remplissage : les réveils à 3h15 du matin, heure à laquel DeFeo tua sa famille en suivant l’ordre de voix venues des enfers, les cauchemars sur ce massacre, des taches de sang découvertes derrière le papier-peint, la redécouverte de la pièce rouge murée dans la cave, l’usage de quelques images d’époque… Rien de bien novateur, et surtout rien de bien inquiétant. Khalfoun semble plutôt réciter son petit b.a-ba de l’aficionado d’Amityville que penser à la façon dont il utilise ces ingrédients, lesquels alourdissent la sauce plus que de raison. La simple figure du James végétatif ainsi que l’attirail médical qui l’entoure constituaient encore les éléments les plus inquiétants du film, et le voir revenir petit à petit d’entre les (presque) morts était déjà bien assez surnaturel comme ça sans avoir à en rajouter en ressassant le cas DeFeo. Au développement convenu s’ajoute des concessions au spectaculaire aussi injustifiées que bancales, ainsi pour finir qu’un rebondissement narratif faisant outrageusement dans le pathos aux relents religieux…

Au terme de cette énième déconfiture amityvillienne, on finit par se dire qu’on a plus de chances de revoir le drapeau rouge flotter sur le Kremlin en flânant à Moscou que d’assister à des faits surnaturels notables en s’égarant une nuit à Amityville… Un mauvais esprit s’acharne véritablement sur la pseudo saga, qui peut se targuer d’avoir accouché de 2 bons films et demi en 19 occurrences. A l’image du James Walker de Awakening, quelque chose de malsain empêche Amityville de s’éteindre. Et peut-être d’inciter de pauvres hères à s’y replonger régulièrement.

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