Cinéma Comédie

Amazon Women on the Moon – Joe Dante, Carl Gottlieb, Peter Horton, John Landis, Robert K. Weiss

Ecrit par Loïc Blavier

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Amazon Women on the Moon. 1987.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie
Réalisation : Joe Dante, Carl Gottlieb, Peter Horton, John Landis, Robert K. Weiss
Avec : David Alan Grier, Lou Jacobi, Steve Forrest, Henry Silva…

Dix ans après Hamburger Film Sandwich, John Landis, en légère perte de vitesse, reprend le même concept et invite plusieurs amis à se joindre à lui pour tourner un nouvel ensemble de sketchs parodiques. Au nombre des invités figurent plusieurs hommes qui, quoi que relativement débutants au poste de réalisateurs, ne sont pas des novices dans le milieu du cinéma et ont déjà occupés des postes divers (Gottlieb en temps que scénariste et acteur, Horton en acteur et Weiss comme producteur). Egalement invité, et ce n’est pas une surprise, se trouve Joe Dante, le réalisateur de Gremlins qui partage avec John Landis cette même capacité à tourner en dérision le monde de l’écran, grand ou petit, qu’ils connaissent tous les deux très bien. Tout comme leur duo de scénaristes remplaçant le trio des ZAZ à l’oeuvre sur Hamburger Film Sandwich : Michael Barrie et Jim Mulholland, tous deux issus du monde de la télévision où ils participèrent notamment à plusieurs Talk Shows et à l’organisation des Emmy Awards, les Oscars de la Télévision. Assez ironique, si l’on considère que Amazon women on the moon (parfois baptisé Cheeseburger Film Sandwich) est une parodie des programmes télévisés, et plus particulièrement des programmes de nuit, naguère comme aujourd’hui consacrés à la diffusion de choses que personne ne regarde.

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L’entame du le film s’en prend directement au spectateur, qui comme le veut la coutume aime à regarder la télévision après une harassante journée de travail. Un cliché immédiatement détourné par ce premier sketch, « Mondo Condo » (réalisé par John Landis), qui réservera à son personnage de cadre moyen une avalanche de malchances liées à la technologie, dont, bien entendu, la télévision et son indispensable complément, le magnétoscope. Un préambule fort à propos, qui montre d’emblée qu’Amazon women on the moon ne se consacrera pas uniquement aux programmes télévisés et qu’il débordera à plusieurs occasions sur ce qui tourne autour de la télévision et de la technologie en général. Des sketchs tels que « Two I.D.’s » (Peter Horton) et sa base de données sur l’historique sentimental des individus ou encore « Murray in Videoland » (Robert Weiss) et son vieux transféré dans les programmes qu’il regarde ne sont pas des satires de programmes télévisés, mais plutôt des piques adressées au spectateur et à l’usage outrancier qu’il fait de la technologie. Flicage puritain pour l’une, femme au foyer à l’eau de rose (Rosanna Arquette), zapping intempestif et abrutissant pour l’autre (Lou Jacobi, dont l’essentiel de la carrière s’est faite à la télévision), cette technologie se doit d’être utilisée avec précaution. Autre utilisation de la technologie : la vidéo, en pleine démocratisation à l’époque de réalisation du film, et qui se trouve représentée à deux occasions dans le film, la première fois dans « Video Pirates » (Robert Weiss) et ses corsaires prenant d’assaut un navire bourré de trésors VHS et la seconde fois dans « Video Date » (John Landis) et ses cassettes érotiques personnalisées (louées par Russ Meyer lui-même !). A ces deux occasions, la portée de la VHS dépassera le simple visionnage : les pirates feront main basse sur leurs trésors et se bidonneront devant l’avertissement du FBI sur les copyrights (chose au combien prophétique), et le jeune homme ayant loué la cassette à son nom se verra impliqué dans le crime commis par les personnages du film qu’il regarde ! Il est illusoire de réduire la cassette au rang d’objet, et son arrivée sur le marché aura des conséquences non négligeables sur la vie sociale. Derrière sa façade humoristique, Amazon women on the moon s’attarde donc sur l’évolution du mode de vie occidental à travers les récentes découvertes technologiques, qui orientent la société vers un nouveau fonctionnement, vers de nouvelles habitudes, pas forcément toujours très reluisantes et même certaines fois plutôt débilitantes. Avec la vidéo, c’est même un nouveau délit (le piratage) qui est mis à la portée du spectateur, lequel se laissera bien entendu entraîné par le mouvement. Vingt ans après la réalisation du film, la pertinence de ce propos est incontestable et Amazon women on the moon, en plus d’être drôle, est un film visionnaire. Un Videodrome comique. De là à souhaiter que Landis, Dante et leurs camarades se penchent un jour sur le cas de l’informatique et du numérique, il n’y a qu’un pas. Ils ne manqueraient en tout cas pas de sujets de réflexions…

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Mais revenons à la télévision et à ses programmes, qui occupe tout de même la place principale du film. Elle aussi contribue à façonner une nouvelle forme de spectateur et ses programmes de nuit sont l’exemple-type de ce qui se fait de pire en matière de foutage de gueule. Il y a tout d’abord ces publicités absurdes : « Hairlooming » (Joe Dante) et ses perruques en moquette, « Silly Paté » (Robert Weiss) et son pâté de foie élastique, « Art Sale » (Carl Gottlieb) et son musée en faillite liquidant son patrimoine à bas prix… Tout s’utilise, se recycle et se vend. Le jusqu’au boutisme des commerciaux ira jusqu’à faire du timoré acheteur de présevatifs Titans (« Titan Man », Robert Weiss) le milliardième client, qui sera célébré sous les confettis à la pharmacie par un parterre de journalistes, par le patron de Titan et même par la mascotte Titan, une capote géante !
Les talks shows ne valent pas mieux, et c’est Joe Dante qui se chargera de leur régler leur compte dans « Critic’s Corner » et sa suite logique « Roast Your Loved One ». Le premier sketch nous montre deux critiques de cinéma fustiger la vie d’Harvey Pitnik (Archie Hahn), jugée complétement nulle… Le second nous montrera les funérailles du même Harvey Pitnik, transformée en café-théâtre par des comédiens has-been balançant des vannes sur le dos du défunt dignes de nos Grosses Têtes à nous. Ou comment le monde du spectacle se moque ouvertement de ses spectateurs.
Les émissions sensationnalistes du type « Incroyable mais vrai » (un des grands principes du film est de s’amuser à trouver des équivalents modernes aux programmes qu’il présente) ne valent guère mieux et font d’entrée de jeu savoir au spectateur qu’il est pris pour une buse. L’émission s’appelle ici « Bullshit or not » (Joe Dante) et est présentée par Henry Silva, qui émet l’hypothèse, reconstitution à l’appui, que Jack l’éventreur aurait été en réalité le monstre du Loch Ness. Cela donne l’un des meilleurs sketchs du film.
Tard le soir, nous trouvons également des émissions érotiques, du style « Pethouse Video » (Carl Gottlieb) dans laquelle une jeune playmette (Monique Gabrielle, véritable playmette se parodiant elle-même) fait étalage de sa soit-disant culture en s’affichant publiquement nue en pleine rue, dans un musée et même à l’église. L’accent de cette émission est mis sur la vie de l’intéressée, là où en réalité, seul le sexe intéresse le spectateur. L’hypocrisie est justement de vendre un programme voyeur sous couvert d’une étiquette culturelle ou sociologique qui ne trompe personne. Ce genre d’alibi est de nos jours devenu monnaie courante à travers la télé-réalité, avec L’Ile de la Tentation, Loft Story ou autre Greg le millionnaire
Autre tendance de la télévision : le programme humanitaire, représenté ici par « Blacks Without Soul » (John Landis) et présenté par le bluesman BB King. C’est un appel aux dons en faveur des noirs défavorisés, nés sans la Soul (ou sans âme : le mot étant le même en anglais, le jeu de mot est intraduisible). Les appels aux dons ne sont pas la cible principale de Landis. Au contraire, c’est un moyen de renforcer encore davantage la satire de la cause défendue : nous voyons plusieurs noirs américains des beaux quartiers s’adonner aux activités les plus fades qui soient (le golf, les grosses voitures, la présidence du fan club d’un animateur de talk show), et même pour le golfeur se féliciter de la bonne politique du Parti Républicain. L’exact opposé de ce que représente BB King. Mais le summum est atteint avec l’irrésistible Don « No Soul » Simmons, chanteur de variétés noir éructant des chansons sirupeuses avec un comportement gaga à rendre punk le premier Frank Michael venu. Conscient du potentiel de son personnage, John Landis réutilisera plusieurs fois Don « No Soul » Simmons et ses chansons pourries à travers le film.
Enfin, et c’est le moins que puissent faire des cinéphiles comme Landis et Dante (et probablement leurs trois collègues), la fiction est abordée, à plusieurs occasions. Une fois à travers une petite bande annonce (« First Lady of the Evening », de Weiss), une fois à travers la satire d’un sitcom (l’excellent « Hospital » de Landis, avec Michelle Pfeiffer et avec un médecin ayant égaré son nouveau-né) et trois fois avec des faux films. « Son of the invisible man » (Carl Gottlieb) ironise sur les séquelles des films de la Universal et la progéniture de leurs grands monstres (Son of Frankenstein et compagnie). Le fils de l’homme invisible est ici un pauvre fou ne faisant que se croire invisible, et, à poil, semant le trouble dans un bar. « Reckless Youth » (Joe Dante) ne doit pas être manqué, malgré qu’il soit planqué derrière le générique de fin. Dante y parodie avec talent les films propagandistes puritains des années 30, et plus particulièrement Sex Madness, conçu pour alerter les jeunes sur les maladies vénériennes. Dante transforme Carrie Fisher en jeune femme prude conduite malgré elle à la débauche par d’infâmes riches new yorkais, et il fait de Paul Bartel le théâtral médecin miracle qui prodiguera la bonne parole et, surtout, la peur. Car faire peur était à l’époque vu comme le meilleur moyen de dissuasion, ce qui amène donc le médecin à conduire sa patiente dans un sous sol poussiéreux où elle trouvera d’autres victimes du sexe, irrécupérables. Il y aura notamment Bela Lugosi à travers un stock shot inséré par Dante (qui, longtemps avant Tarantino, rajoute volontairement des défauts à sa pellicule). « Reckless Youth » apparaît bien meilleur en tout cas qu’ « Amazon women on the moon », le faux film de Robert Weiss servant de fil rouge. Un film de science-fiction des années 50 parodié avec Sybil Danning mais sans inventivité. Les gags sur les défauts de raccords sont de mise, de même que ceux sur le scénario débile. Trop outancier, ce fil rouge n’est pas vraiment drôle, si l’on excepte ses premières scènes dans la navette spatiale où le comportement des trois astronautes fait écho aux caractérisations stéréotypales des héros de science fiction des années 50 (un chef plein de sagesse, un bout en train, et un personnage inutile). En revanche, le tronçonnage de ce faux film sera beaucoup plus interessant : coupée en permanence par des problèmes techniques, présentée avec des arguments totalement faux (sur la date de production du film, qui varie à chaque nouvel énnoncé du présentateur), la diffusion d’ « Amazon women on the moon » prouvera que la télévision ne se soucie nullement de respecter les films qu’elle présente, surtout si ceux-ci sont anciens et méconnus.

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A tous ces sketchs on peut également rajouter « French Ventiloquist’s Dummy » (Joe Dante) et « The Unknown Soldier » (Peter Horton), qui furent tout deux supprimés du montage cinéma (celui de Dante étant parfois réinséré à la télévision). Le premier, s’attardant sur le monde du spectacle au sens large, nous présente Dick Miller, ventriloque populaire ayant par erreur embarqué une marionnette philosophe. Le second, probablement un faux film, nous montre le recrutement du soldat inconnu. Deux sketchs agréables qui n’auraient cela dit rien ajouté à Amazon women on the moon. Le concept même aurait de toute façon pu accueillir bien d’autres sketchs, un peu à l’instar de The Movie Orgy, première réalisation (en réalité un montage de vieux films) d’un Joe Dante encore amateur… Mais la version finale, d’une heure vingt, est déjà suffisamment drôle et complète en soi pour s’élever au moins au même niveau que Hamburger Film Sandwich. Le film dans son ensemble prend des allures de fiesta, avec défilé de gags et de vedettes (qui ne l’étaient parfois pas encore) venues certainement pour s’amuser autant que le spectateur, qui est lui-même impliqué dans le film avec force caricature à son image…
Finalement, la seule bonne idée ayant été mise de côté est celle de Dante, qui, en bon cormanien, avait pensé appeler le film « The Greatest Movie Ever Made », histoire de pouvoir citer sur l’affiche les critiques mentionnant le titre du film…

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