Catastrophe Cinéma

Airport – George Seaton

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Airport. 1970.
Origine : Etats-Unis
Genre : Naissance d’une catastrophe
Réalisation : George Seaton
Avec : Burt Lancaster, Dean Martin, Jean Seberg, Jacqueline Bisset…

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Un vent de panique souffle sur l’aéroport Lincoln de Chicago. Suite aux intempéries, un avion se trouve bloqué par la neige sur la piste 29, la rendant ainsi impraticable pour les autres avions. Malgré tous les moyens mis en œuvre, l’appareil peine à être dégagé. Et comme si cela ne suffisait pas, un passager vient d’embarquer dans un vol à destination de Rome avec une mallette contenant une bombe. Déjà perturbé par des problèmes d’ordre privé, Mel Bakersfeld, le directeur général de l’aéroport, tente de faire bonne figure en maintenant coûte que coûte le trafic aérien et ainsi éviter une fermeture préjudiciable de son établissement, quand bien même cela ne serait que pour quelques heures.

Film matrice d’un genre – le film catastrophe – qui fera les beaux jours des studios hollywoodiens durant les années 70, Airport apparaît pourtant dépourvu de ce qui fera le sel de ses suiveurs, cette surenchère dans le spectaculaire et le mélodrame. En guise de grand spectacle, Airport se limite à un avion enneigé et à une explosion – de taille modeste – en plein vol. C’est maigre, d’autant plus que le film dure 2 heures et 10 minutes ! Pourtant, le titre choisi annonce d’emblée la couleur. La finalité du film semble bel et bien de traiter avant tout de l’entité et des hommes et femmes qui la composent dans un style choral qui mêle l’intime à l’intérêt collectif.

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Fort d’un casting clinquant, George Seaton ne vise pas à l’exhaustivité, délaissant les petites mains qui contribuent au bon fonctionnement d’un aéroport (bagagistes, services au sol…) pour se concentrer sur les hautes sphères, à commencer par le directeur général. Il apparaît flagrant que, lorsqu’ils ne sont pas réduits à des silhouettes anonymes que les Z.A.Z (Zucker, Abraham, Zucker) se feront un plaisir de croquer dans le parodique Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?, les petites gens sont source de tracas. Ainsi, le danger viendra t-il d’un pauvre type rongé par la culpabilité de ne plus avoir d’emploi et qui, pour améliorer le quotidien de sa chère et tendre, n’envisage d’autre moyen que de se faire exploser en plein vol après avoir contracté une forte assurance-vie. Et puis il y a cette vieille dame sans le sou qui prend un malin plaisir à resquiller, usant de tous les stratagèmes possibles pour voyager à l’œil. Un comportement qui relèverait presque de la pathologie tant, même prise la main dans le sac, elle ne peut s’empêcher de duper son monde pour parvenir à ses fins, jouant sournoisement de la sollicitude qu’une vieille personne ne manque pas de susciter autour d’elle. Si le scénario réunit de manière opportune ces deux personnages (ils finissent côte à côte à bord de l’avion), ils n’ont néanmoins pas la même fonction. Le premier apporte une pincée de suspense là où la seconde sert de bouffée humoristique à un récit volontairement tourné vers le drame. Une dimension dramatique à minimiser néanmoins tant celle-ci se focalise sur les atermoiements amoureux de Mel Bakersfeld et Vernon Demerest, respectivement interprété par les deux vedettes du film, Burt Lancaster et Dean Martin, au détriment de la détresse d’Inez Guerrero, abandonnée à son triste sort dans l’indifférence générale.
D’ordinaire le film catastrophe se caractérise par un fond moralisateur que l’on ne retrouve pas encore dans Airport. Une preuve supplémentaire, s’il en était encore besoin, que le film de George Seaton n’a vraiment pas grand-chose à voir avec le genre qu’il inspirera. Mel et Vernon nous sont présentés comme deux personnages antagonistes – le second, pilote de ligne, critique ouvertement le premier quant à sa gestion de l’épisode neigeux – qu’un malencontreux hasard matrimonial a lié (ils sont beaux-frères). Toutefois, loin d’épicer l’intrigue, leurs frictions servent de vague décorum, leurs échanges se limitant à quelques amabilités sans incidences sur le fil du récit. Néanmoins mettent-elles en lumière un égal dévouement à leur travail qui les amène à déserter le giron familial. Mel agit ainsi par commodité. Il se sent de plus en plus étranger à une épouse d’ascendance bourgeoise qui le contraint à participer à des dîners mondains qu’il exècre. En outre, son beau-père l’exhorte en permanence à quitter un métier qu’il adore pour rejoindre l’entreprise familiale. Fatalement, à force de passer la majeure partie de son temps à l’aéroport, Mel s’est entiché de la chargée de clientèle de la compagnie Transglobal airlines, Tanya Livingston. Une femme qui comme lui voue toute son énergie à l’institution, ne pouvait manquer de le séduire. Et bien qu’il n’envisage pas le divorce, pour le bien de ses enfants dit-il, cette histoire le perturbe quelque peu. Vernon n’a pas ces soucis, lui dont l’épouse cautionne les écarts extraconjugaux tant elle demeure persuadée qu’il lui reviendra toujours. Sauf que sa dernière aventure est allée trop loin. Sa maîtresse, une hôtesse de l’air (ce qui n’étonnera personne), lui apprend qu’elle est enceinte et qu’elle compte garder l’enfant quoi qu’il décide. Le suspense est alors à son comble. Mel va-t-il s’entêter à sauver son mariage ou s’abandonner enfin dans les bras de Tanya ? Et Verne assumera t-il sa paternité, ou perpétuera t-il son existence de queutard un peu lâche ? Reposant sur de tels enjeux, Airport vire au soap le plus basique, avec ce même usage d’une petite musique sirupeuse pour annoncer lorsque nous vivons un moment poignant. Ces passages relèvent du calvaire, à l’image du cas de conscience de Verne lorsqu’il apprend sa soudaine paternité, à force d’un ton compassé complètement en décalage avec le vrai drame qui se joue en coulisses. Les partis-pris du réalisateur donnent la désagréable sensation d’assister à une dramatique petite bourgeoise où chacun se regarde le nombril en se gonflant d’importance. De fait, la description du fonctionnement de l’aéroport passe largement au second plan, au profit de raccourcis qui mettent à mal le sérieux de l’entreprise. Ainsi, l’aéroport de Chicago – Lincoln étant un nom fictif, se substituant au bien réel O’Hare International Airport – se limite t-il à deux pistes d’atterrissage, dont l’une à proximité d’habitations, donc utilisée qu’en dernier ressort. Inconcevable pour une ville de cette importance, mais du pain béni pour monter un suspense de toutes pièces. Ce dont George Seaton ne se prive pas, quitte à en faire des tonnes sur le sujet.

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Difficile d’imaginer qu’un tel film ait pu obtenir un tel succès. Sans accumuler les poncifs qui seront la norme des films catastrophe à venir, les personnages d’Airport brillent néanmoins par leur futilité – pour les quatre principaux – lorsque ce n’est pas par leur inutilité (le douanier en chef et à un degré moindre l’expert Patroni, interprété par George Kennedy, qui prenait alors date avec le genre, reprenant par la suite trois fois le rôle tout en s’autorisant quelques infidélités –Tremblement de terre). En outre, George Seaton tourne vite en rond, incapable de proposer d’autres péripéties que cet avion enneigé sur la piste, dont le sort occupe tout le film. Il tente bien de densifier son intrigue en suggérant les contraintes inhérentes à la gestion d’un aéroport, mais celles-ci demeurent trop en retrait pour fournir une sous-intrigue viable. En réalité, seule la mécanique du cœur l’intéresse. Il se garde donc bien de ménager un quelconque suspense à ce niveau, et tout se finira pour le mieux (à quelques détails près, mais il fallait bien ça pour que Vernon ouvre les yeux quant à ses réels sentiments pour la belle hôtesse), dans une sorte de félicité écœurante. Lieu particulièrement redouté car synonyme d’attente et d’ennui, l’aéroport a trouvé sa parfaite illustration en Airport, film qui ne décolle jamais vraiment. A noter pour la petite histoire que George Seaton, tombé malade, a été remplacé au pied levé par Henry Hattaway le temps de quelques séquences, sans que l’on ne perçoive la différence.

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