Aventure Cinéma Comédie

A la poursuite du diamant vert – Robert Zemeckis

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Romancing the stone. 1984.
Origine : Etats-Unis
Genre : Aventures de gare
Réalisation : Robert Zemeckis
Avec : Kathleen Turner, Michael Douglas, Danny DeVito, Zack Norman…

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Une antique carte au trésor, une frangine retenue prisonnière dans un pays exotique, un général cruel aux trousses et un baroudeur craquant. De tels ingrédients pourraient être tirés de l’un des nombreux romans à l’eau de rose dont Joan Wilder (Kathleen Turner) est l’auteure. Sauf que cette fois-ci, il ne s’agit plus de fiction mais bel et bien de l’histoire rocambolesque qu’elle est en train de vivre. Perdue au milieu de la jungle colombienne, manquant de se faire tuer par le Général Zolo, voilà notre bonne vieille citadine contrainte de suivre cet illustre inconnu du nom de Jack Colton (Michael Douglas) si elle veut regagner Carthagène au plus vite et espérer retrouver sa sœur saine et sauve.

Par la grâce d’un film – et quel film ! (Les Aventuriers de l’arche perdue, pour les plus distraits) – les années 80 ont connu un retour en force du film d’aventure. Beaucoup se sont alors simplement contentés de reprendre les principales caractéristiques du film de Steven Spielberg, en les dénaturant la plupart du temps (les Allan Quatermain estampillés Cannon, Les Aventuriers du cobra d’or, Les Aventuriers de la Sierra Leone etc…). Parmi cette flopée de suiveurs mal inspirés, A la poursuite du diamant vert se distingue aisément par un parti pris fort simple, ne faire de l’aventure que l’enrobage d’une romance où le personnage féminin constitue le moteur du récit.

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Au récit d’aventure attendu, voire espéré, se substitue un récit initiatique qui vise à percer la bulle dans laquelle Joan Wilder a eu tôt fait de se laisser enfermer. Quelque peu godiche, et à la limite de l’autisme – sa sœur partie vivre en Colombie, son éditrice Gloria reste son seule lien avec le monde extérieur – Joan vit par procuration, ressentant intensément les émotions de ses héroïnes de papier, dans lesquelles elle se projette corps et âme. Elle revêt tous les atours de la vieille fille coincée, animal en guise de confident inclus (un chat, dans le cas présent), qui aime à se bercer d’illusions. Ainsi veut-elle croire à son grand Amour qui l’attendrait ailleurs ou autre part sans jamais se donner les moyens de forcer la chance. Le kidnapping de sa sœur apparaît alors comme une aubaine, la forçant à s’extirper de son morne train-train, non sans mal. On ne s’improvise pas grand voyageur du jour au lendemain, à plus forte raison lorsque se rendre chez son éditrice à quelques rues de chez soi constitue le plus grand périple de votre vie. De ce décalage découle des situations « comiques » convenues autour de la citadine perdue en milieu hostile, juchée sur des chaussures à talons peu compatibles avec les pistes cabossées de la jungle colombienne. Un humour facile qui régit également les rapports entre Joan et Jack, à base de mésentente cordiale. Chacun campe alors sur ses positions. A elle les mines affectées de la citadine en goguette, à lui les postures machos de l’aventurier du dimanche. Le film étant transparent quant à ses intentions, leur rapprochement ne fait aucun doute, mais c’est la manière qui surprend. La romance qui se joue sous nos yeux revêt une dimension régressive non négligeable. Difficile d’y voir autre chose qu’une amourette où la jeune fille bien sous tous rapports s’amourache du rouleur de mécaniques, qui derrière ses faux airs de dur à cuire cache en réalité un cœur d’or. Au fil de leurs pérégrinations, l’allure pète-sec de Joan vole en éclats. Les cheveux se dénouent, les vêtements se froissent et se déchirent, la démarche perd de sa rigidité. En un mot, elle se dévergonde au contact de Jack, jusqu’à cette soirée au coin du feu, obtenu par la combustion de pains de marijuana découverts dans les entrailles de l’épave d’un avion perdu en pleine jungle. Alcool fort, fumette, il n’en faut pas plus pour que Joan achève là sa crise d’adolescence tardive dans les bras de cet inconnu qui a la séduction de l’étranger sans en être vraiment un. Au fond, Joan demeure très conformiste. Son amour tant espéré ne pouvait être qu’un américain expatrié, et non un autochtone à l’exotisme rédhibitoire. D’ailleurs, de ces autochtones, le film n’en montre qu’une image pittoresque aux confins de la caricature (les trafiquants de drogues voisinent avec les militaires véreux). La légèreté prévaut et prodigue à cette aventure une dimension romanesque tout droit sortie des écrits de Joan Wilder.
Pour autant, cet élan romanesque n’est jamais relayé par la mise en scène mollassonne de Robert Zemeckis. Les péripéties s’enchaînent sans qu’il y en ait une qui retienne l’attention, à l’image de cette quête du diamant vert qui s’impose à mi-parcours au récit sans que cela ne bouleverse outre-mesure la tonalité du film. A la poursuite du diamant vert se veut badin, et cherche surtout à renouer avec les couples mythiques de l’histoire du cinéma. Concernant ce premier point, le film est un échec patent. L’humour ne fonctionne jamais, à l’image du personnage incarné par Danny DeVito dont l’apport – limité qui plus est – est aussi utile au récit qu’une paire de baskets à un cul-de-jatte. Par contre, le bilan apparaît plus contrasté au sujet du second point, non pas que le couple Kathleen Turner / Michael Douglas rivalise avec leurs aînés, leur alchimie n’en étant alors qu’à ses balbutiements, mais parce qu’il est porté par une actrice portée par la grâce. Alors au début de sa carrière, révélée par son rôle de femme fatale dans La Fièvre au corps de Lawrence Kasdan, elle se joue des clichés inhérents à son personnage pour réussir à rendre Joan par moment réellement touchante dans sa quête affective. Davantage que la mise en scène de Robert Zemeckis, c’est elle qui par son abattage impulse son rythme au film, et lui confère sa saveur, éclipsant tous ses partenaires. Oubliez l’émeraude que convoitent tous les protagonistes, le véritable diamant du film n’est autre que Kathleen Turner.

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Faisant suite à deux comédies au rayonnement restreint (Crazy Day en 1978 et La Grosse magouille en 1980), A la poursuite du diamant vert marque le véritable acte de naissance de Robert Zemeckis. Suite au succès du film, sa carrière change de dimension. Steven Spielberg le prend alors sous son aile et lui confie la réalisation de Retour vers le futur qui fera un malheur l’année suivante, achevant la reconversion de Robert Zemeckis en poule aux œufs d’or.

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