Cinéma Polar

A bout de souffle made in USA – Jim McBride

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Breathless. 1983.
Origines : Etats-Unis
Genre : Remake
Réalisateur : Jim McBride
Avec : Richard Gere, Valérie Kaprisky, John P. Ryan, Art Metrano, William Tepper.

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Malfrat à la petite semaine, Jesse Lujack (Richard Gere) traîne son spleen à Las Vegas. Depuis  sa rencontre avec l’étudiante en architecture Monica Poiccard (Valérie Kaprisky), il ne pense plus qu’à elle jusqu’à l’obsession. N’y tenant plus, il vole une voiture direction Los Angeles. En chemin, il est pris en chasse par un agent de police qu’il tue accidentellement. Un geste malheureux qu’il se garde bien d’évoquer à la jeune femme, mû par la seule envie qu’elle plaque tout pour le suivre au Mexique.

Né du ras-le-bol d’une poignée de critiques des Cahiers du Cinéma pour un cinéma français jugé trop engoncé dans le conformisme, la Nouvelle Vague a posé les jalons du cinéma dit d’auteur et secoué les esprits en dehors même des frontières de l’hexagone. Un véritable culte a accompagné cette mouvance et ses principales figures de proue, dont le A bout de souffle de Jean-Luc Godard demeure un jalon important, notamment pour avoir révélé Jean-Paul Belmondo. Une vingtaine d’années plus tard, l’obscur Jim McBride (on se souviendra davantage de lui pour ses films suivants The Big Easy et Great Balls of Fire !) se fend d’un remake, lequel s’apparente plus à un véhicule pour sa star alors en pleine ascension – Richard Gere – qu’à la réappropriation d’une œuvre. Il est évident que ce A bout de souffle made in USA ne nourrit pas les mêmes ambitions que son modèle, se bornant à jouer la carte du polar glamour.

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A bout de souffle made in USA suit paresseusement les traces de son modèle, n’apportant que quelques menues modifications. Formelles tout d’abord avec l’utilisation de la couleur, mais aussi de quelques astuces de studio en totale contradiction avec ce que prônait la Nouvelle Vague, comme ces passages filmés sur fond vert lorsque les personnages discutent au volant de leur automobile.  Sur le fond, le film de Jim McBride relate la même fuite éperdue d’un petit voyou qui tente de se raccrocher à la dernière femme avec laquelle il a passé de bons moments. Le héros étant désormais un américain, la femme qu’il aime devient une étudiante française affublée du même nom de famille que le héros du film original, Poiccard. Voilà pour la filiation. Cette romance constitue à la fois le cœur du film et son point faible. Point faible parce qu’il nous faut subir l’insupportable Jesse Lujack aux élans amoureux enfantins. Toujours dans l’excès, Richard Gere campe un personnage qui se prétend fou d’amour pour Monica mais dont le comportement amoureux relève davantage du caprice. Jesse est un gros lourd qui fait irruption dans la vie de sa « bien-aimée » sans se soucier du tort qu’il pourrait bien lui faire, au point qu’il l’interrompt en pleine soutenance de thèse. Compte tenu de sa situation – il n’a pas d’attaches, vit d’expédients et est désormais en cavale – Jesse s’improvise épicurien. Il n’a comme seul projet de vie que celui de rallier le Mexique, vieille terre promise héritière des westerns (d’ailleurs, le plan final évoque Butch Cassidy et le Kid), sans se soucier du lendemain. Que Monica laisse entendre qu’elle pourrait attendre un enfant le remplit d’allégresse. Dans son esprit, rien ne pourrait ternir le bonheur qu’il a d’être avec elle. Même le tuteur de thèse avec laquelle Monica couche ne suffit à le chagriner bien longtemps. A partir du moment où Monica le suit, il est prêt à composer avec n’importe quel aléa. La jeune femme représente en quelque sorte son jackpot, son ticket gagnant pour une vie meilleure.
De son côté, Monica ne semble pas prendre tout cela très au sérieux. Jesse ne représentait pour elle qu’un amour de vacances, lequel ne saurait justifier qu’elle oblitère un avenir tout tracé sur la seule foi de ses sourires charmeurs et accès de jalousie. Consciente de faire tourner la tête des mâles, elle en joue avec malice, s’offrant du bon temps quand elle le désire. Elle offre ainsi un contrepoint libertin bienvenu à l’amour dégoulinant de bons sentiments de Jesse. En somme, deux conceptions de l’amour s’opposent, et de l’incertitude de cette opposition naît un bref intérêt, trop vite balayé par un ouragan de conformisme romantique. Monica se laisse bien vite prendre au jeu, attirée par le côté mauvais garçon de Jesse. Maintenant qu’elle sait ce qu’il a fait et qu’il a la police aux trousses, fricoter avec Jesse revêt un petit goût d’interdit qui n’est pas pour lui déplaire. Elle s’oublie alors totalement dans un tourbillon de courses-poursuites et d’interpellations, happé par le souffle du Grand Amour.

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Sous ses oripeaux de polar, ce A bout de souffle made in USA transforme son couple vedette en modèles pour magazines en papier glacé. Ils sont tout beaux, tout mignons, prennent avantageusement la pose autour ou dans la piscine, impeccables en toutes circonstances. Ce sont plus des gravures de mode que des personnages. A ce titre, si la chasse à l’homme des forces de police donne un léger sursaut à l’intrigue, elle ne suffit pas à la sortir de l’ornière de la romance artificielle. Les échanges entre Monica et Jesse se limitent à des étreintes passionnées mais guère passionnantes. En outre, le film n’est pas non plus un sommet d’érotisme en dépit du dévouement des acteurs. A mesure qu’elle s’ébauche, cette romance à mi-chemin entre polar et tragédie se révèle un petit objet insignifiant très marqué par son époque, cantonnant Richard Gere dans son registre d’acteur pour midinettes.

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