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007 Spectre – Sam Mendes

spectre-affiche

Spectre. 2015.
Origine : États-Unis / Royaume-Uni
Genre : L’espion qu’on aimait
Réalisateur : Sam Mendes
Avec : Daniel Craig, Léa Seydoux, Christopher Waltz, Ralph Fiennes…

Un vent de tempête souffle au dessus du M.I.6. Max Denbigh, le nouveau directeur du Centre de la Sécurité Nationale, souhaite mettre fin au projet 00, le jugeant obsolète. Alors qu’en coulisses, M se démène pour plaider la cause de son service, sur le terrain, James Bond fait cavalier seul, suivant la  pistre d’une mystérieuse organisation criminelle. Celle-ci l’amène à croiser de nouveau la route de Mr White, un vieil adversaire qui à l’article de la mort, négocie la protection de sa fille contre une information capitale mais néanmoins nébuleuse. Voilà donc James Bond contraint de faire de la protection rapprochée, ce qui, compte tenu du plaisant physique de Madeleine Swann, ne lui pose pas vraiment de problème.

007 Spectre marque un petit événement dans l’univers de James Bond puisque pour la première fois depuis John Glen, réalisateur attitré de la série de Rien que pour vos yeux à Permis de tuer soit cinq films et deux Bond différents, plus aucun réalisateur n’avait enchaîné deux James Bond d’affilée. Au départ, Sam Mendes ne souhaitait pas remettre le couvert, obligeant la production à prospecter auprès d’autres réalisateurs (Nicolas Winding Refn, Danny Boyle, Christopher Nolan, parmi les plus improbables). Et puis il a finalement donné son accord, pour la plus grande joie de la doublette de producteurs Michael G.Wilson – Barbara Broccoli qui voient là l’opportunité de prolonger le plébiscite public et critique obtenu par Skyfall. Un épisode dont la fin annonçait le retour aux missions décomplexées pour un James Bond enfin débarrassé de ses tourments familiaux. Or, ne pouvant visiblement pas se résoudre à renoncer à sa – vaine – quête de profondeur, Sam Mendes livre un film quelque peu schizophrène, partagé entre la volonté de renouer avec la légèreté d’antan et l’envie de prolonger les thématiques du précédent épisode.

Décidément, James Bond a bien du mal à couper le cordon. Malgré son décès, M, la mère symbolique, fait encore autorité sur son agent, l’enjoignant à titre posthume à suivre la piste d’une mystérieuse organisation dont elle avait déjà flairé la dangerosité. Déjà au cœur de Skyfall, l’introspection du héros trouve son prolongement dans 007 Spectre, lequel tente tant bien que mal de boucler la boucle initiée par Casino Royale. C’est qu’entre-temps, les droits de l’emblématique Blofeld et de l’organisation S.P.E.C.T.R.E., abandonnés au cours des années 70, ont été récupérés. L’occasion était donc trop belle d’intégrer l’organisation et son chef machiavélique au processus de refonte de l’univers James Bond. En soi, l’annonce du retour du S.P.E.C.T.R.E. allait dans le sens d’un retour aux fondamentaux pour une saga qui avait quelque peu oublié son aspect serial au profit  d’un ton pesamment sérieux. Malheureusement, les scénaristes ne l’entendent pas de cette oreille et s’essaient à lier maladroitement le destin de James Bond à celui de Blofeld dans une logique misérabiliste des plus risibles. Ainsi apprend-on lors d’un monologue affligeant de Blofeld qu’il est à l’origine de tous les déboires de James Bond, à commencer par la mort de Vesper Lynd – son grand amour – et de celle de M. Et voilà comment d’un coup de cuillère à pot, nos vaillants scénaristes relient les quatre James Bond de la période Daniel Craig. Tous ses ennemis n’étaient que de simples exécutants (oui, même Silva dont les motivations nous avaient pourtant été présentées comme éminemment personnelles) et Quantum une société écran. A travers Blofeld, ce sont tous les fantômes du passé de Bond qui lui reviennent à la figure dans une illustration littérale du nom de cette tentaculaire organisation du crime. La mort, compagne habituelle de l’agent 007, n’a jamais été aussi présente, et ce dès un pré-générique lourdement symbolique qui se déroule en pleine fête des morts à Mexico. L’intrigue joue sans vergogne du ressort éculé de l’obsolescence de notre héros suivant l’air bien connu de la fin d’une époque, plaçant James Bond et ses méthodes expéditives et directes en porte-à-faux avec la volonté gouvernementale de ne plus se salir les mains via l’usage de drones. De quoi faire hésiter 007 qui oscille entre l’envie de poursuivre ses activités patriotiques sans se poser de question et le désir de se retirer du jeu, si possible accompagné d’une accorte jeune femme. C’est que le James Bond de l’ère Daniel Craig se veut tourmenté, en proie au doute et faussement impénétrable. Avec ses airs d’agent de la sécurité neurasthénique, Daniel Craig excelle en mines affectées et en plissements d’yeux. Un jeu minimaliste qui semble dicté par le souci de ne pas trop dévoiler ses rides (en même pas 10 ans, le bougre a pris un sacré coup de vieux). De fait, il ressemble davantage à un porte-manteaux aux vêtement luxueux mais étriqués qu’à un parangon de classe et de légèreté, quand bien même les scénaristes s’échinent à mettre dans sa bouche quelques bons mots. Le James Bond de Daniel Craig reste ce gros bourrin irréfléchi, juste bon à foncer dans le tas, apparu dans Casino Royale. Un comportement bas du front qui s’illustre lors de scènes d’action particulièrement mal écrites où l’absurde le dispute à la suspension d’incrédulité. Ce ne serait pas gênant si depuis quatre films on ne nous rabattait pas les oreilles avec ce ton sérieux et solennel plus en phase avec l’époque. Du coup, à moins que James Bond ne soit mû par des pulsions suicidaires, il est difficilement compréhensible de le voir s’acharner sur le pilote de l’hélicoptère dans lequel il vient de sauter au risque d’envoyer valser l’appareil sur des milliers d’innocents. Ou encore lorsque, aux manettes d’un avion, il harponne violemment la voiture dans laquelle se trouve Madeleine Swann, celle-là même qu’il est censé protéger. De manière générale, ce James Bond ne brille pas par son intelligence, préférant se jeter dans la gueule du loup sans le moindre plan de bataille. Ça, c’est bon pour les ringards ! Sa chance réside dans une adversité tout aussi stupide, que ce soit Mr Hinx qui s’acharne à le tuer dans le train qui le mène tout droit chez Blofeld – la tentation du clin d’œil à Bons baisers de Russie a été plus forte que la logique – ou Blofeld lui-même, lequel, retrouvant les tares de ses illustres prédécesseurs, opte pour la torture – relative, compte tenu du résultat – plutôt que pour le peloton d’exécution. Tout 007 Spectre ressemble ainsi à une quête désespérée pour renouer avec le charme d’antan (l’homme de main mutique et baraqué dans la lignée de Oddjob et Jaws, la base secrète du méchant – qu’une seule balle suffira à réduire à néant dans un bel élan pyrotechnique qui vaut à cette scène d’entrer dans le livre des records) mais lestée  de la lourdeur introspective du précédent épisode. Un entre-deux hasardeux qui se retrouve dans le traitement de la romance entre Madeleine Swann et James Bond.

Sous les traits de Daniel Craig, James Bond nous est revenu sous un jour plus romantique et mélancolique, portant son histoire d’amour avec Vesper Lynd comme un fardeau. Quantum of Solace lui aura permis d’en faire le deuil, lors duquel il ne s’autorise qu’un bref écart dans les bras d’une collègue tout en respectant la souffrance personnelle de sa compagne d’infortune, Camille, tout aussi meurtrie que lui. Au point de s’ouvrir à nouveau pleinement aux histoires sans lendemain dans Skyfall, où seules ses relations avec sa supérieure lui importaient vraiment. De prime abord, 007 Spectre semble s’inscrire dans la continuité, James Bond y dévoilant une conception toute personnelle des hommages à rendre à une veuve. Un leurre car Sam Mendes nourrit en réalité un tout autre dessein, humaniser James Bond à outrance par contraste avec un monde qui tend vers plus de déshumanisation (le projet de sécurité internationale porté par Max Denbigh, les agissements de Blofeld). Et cela passe bien entendu par sa relation avec les femmes. Ici, la romance qu’il noue avec Madeleine Swann agit en miroir avec celle qu’il a entretenue dans Casino Royale. Deux êtres blessés qui conviennent de partager leur solitude pour affronter ce monde en décrépitude. Principal écueil : cette histoire d’amour est traitée comme n’importe quelle partie de jambes en l’air de l’agent secret. Une défiance préalable suivie d’une montée d’adrénaline qu’on calme à l’horizontale dans le confort douillet d’un lit. Rien n’est posé. Tout s’enchaîne mécaniquement comme autant de passages obligés alors que cette romance doit revêtir un aspect exceptionnel. Davantage qu’à Au service secret de Sa Majesté, dont la fascination de James Bond pour Tereza di Vicenzo articulait tout le film, ce 007 Spectre se réclame de Casino Royale. Il en reprend les principales motifs, à la différence que cette fois-ci James Bond arrive à temps pour sauver sa belle et assume ses envies de conventionnalité. Et ce James Bond de s’achever à l’effarement général comme n’importe quelle comédie romantique.

La fin de 007 Spectre laisse peu de doute quant à la suite des événements. Cela fleure bon le chant du cygne de l’ère Daniel Craig, quand bien même il devrait contractuellement un cinquième film à la production. Une période faste qui aura vu la saga revenir sur le devant de la scène tout en se donnant des airs de respectabilité. Pas pour rien dans cette soudaine respectabilité, Sam Mendes joue soudain les fossoyeurs après avoir pourtant contribué à remettre les compteurs à 0 (M redevient un homme, Moneypenny intègre le paysage, Blofeld nourrit son contentieux avec Bond) dans un geste mégalomane. Comme si après lui, rien ne pourrait survenir. Une tentative aussi vaine que prétentieuse puisque la saga survivra à n’importe quel vent contraire (le piratage du script a obligé la production à modifier la dernière partie du film) tant que le public se ruera en masse. On a donc pas fini d’en bouffer, même si les budgets de plus en plus inflationnistes doivent rendre périlleuse la quête de bénéfices.

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