Documentaires Histoire

13 jours : La Crise des missiles de Cuba – Robert Kennedy

Ecrit par Jérémie Conde

13jours

Thirteen days : A Memoire of the Cuban Missiles Crisis. 1969.
Origine : Etats-Unis
Genre : Mémoires politiques
Auteur : Robert Kennedy
Editeur : Grasset

La crise des missiles de Cuba est restée dans les mémoires comme le jour où le sort de l’humanité aurait pu complètement changer.
Ainsi, Robert Kennedy nous plonge au cœur de la crise vue par les Américains. Cet ouvrage est vraiment très intéressant et nous montre toute la diplomatie, et tout le génie de John Fitzgerald Kennedy (JFK). Car tout au long de cette crise, Kennedy n’a su faire que les bons choix, toujours à l’écoute, toujours très au fait des choses, et surtout très pertinent. On pourra dire tout ce qu’on veut sur JFK, les choix qu’il a fait, choix difficiles, ont sans doute évité une nouvelle guerre mondiale, même un conflit nucléaire.
L’intérêt de ce livre est donc de vivre cette crise de l’intérieur. Robert Kennedy, frère cadet du Président et procureur général (soit ministre de la Justice), fait partie de l’équipe de débat qui doit trouver des solutions à ladite crise.
Robert Kennedy raconte :
« Le mardi 16 octobre, peu après 9 heures, le président Kennedy me téléphona pour me demander de me rendre d’urgence à la Maison Blanche. Il se contenta de me dire que l’affaire était très grave. Quelques instants plus tard, dans son bureau, il m’apprit qu’un avion U-2 venait d’effectuer une mission photographique et que les services secrets étaient convaincus que la Russie était en train d’installer des missiles et des armes atomiques à Cuba. C’était le début de la crise de Cuba, cet affrontement des deux géants atomiques, Etats-Unis et U.R.S.S., qui devait mettre le monde au bord de l’abîme : la destruction nucléaire et la fin de l’humanité. Depuis cette minute dans le bureau du président Kennedy jusqu’au dimanche matin 28 octobre, ma vie fut cela – comme pour les Américains, pour les Russes, et pour le monde entier« .
Ainsi débute la crise. Robert Kennedy nous décrit alors les évènements. Tout au long de son récit, il met en valeur les choix difficiles, les débats qui ont animé l’Ex-Comm, et les décisions de son frère. Bien plus que ça, il nous met face à des hommes qui ont le sort de l’humanité entre leurs mains. A la lecture de cet ouvrage, on se dit :  » et si Kennedy n’avait pas réagi comme ça ?  » Et c’est là qu’on voit la grandeur de cet homme. Il ne s’agit pas de s’extasier sur lui, il a aussi fait des erreurs et elles sont assumées dignement dans ce bouquin. La Baie des Cochons par exemple, dossier dont Kennedy avait hérité au début de son mandat lui a certainement appris beaucoup de choses : mieux connaître les dossiers, savoir mieux se renseigner, et écouter tout le monde. Avec la crise des missiles, Kennedy met au point une façon de travailler très pertinente. Il réunit des gens pour qu’ils débattent sur le dossier, qu’ils trouvent des solutions et qu’ils lui présentent. Il fait en sorte de ne pas être trop présent car il a conscience que les gens réfléchissent différemment quand il est là car ils ont tendance à aller dans son sens pour se faire bien voir. Là, il leur laisse une totale liberté. Et ceci, Robert Kennedy le montre très parfaitement. Par ailleurs, on ressent bien lorsqu’il parle de son frère combien il l’adore, le respecte et l’admire. Néanmoins, ce livre n’est pas tellement passionné, mais est passionnant.

« Le sentiment dominant à cette réunion fut la stupéfaction. Personne n’avait prévu ni imaginé que les Russes iraient installer des missiles sol-sol à Cuba. Je repensais à ma rencontre dans son bureau, quelques semaines auparavant, avec l’ambassadeur Anatole Dobrynine. Il était venu me dire que les Russes étaient disposés à signer un traité interdisant les expériences nucléaires dans l’atmosphère, si nous pouvions faire certains arrangements concernant les essais souterrains. Je lui répondis que je transmettrais son message et les documents qui l’accompagnaient au président Kennedy ».

« Je fis part à l’ambassadeur Dobrynine du profond souci que la situation causait au président Kennedy. Il me déclara que je ne devais pas m’inquiéter, car le président Nikita Khrouchtchev l’avait chargé d’assurer le président Kennedy qu’il n’y aurait pas de missiles sol-sol ou d’armes offensives installées à Cuba. De plus, dit-il, je pouvais donner au Président l’assurance que ce renforcement militaire était sans conséquence et que Khrouchtchev ne ferait rien pour troubler les relations de nos deux pays pendant cette période électorale. Le président Khrouchtchev, dit-il, avait de la sympathie pour le président Kennedy et ne souhaitait pas le mettre dans l’embarras« .

Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est que Kennedy prendra des décisions pas forcément populaires. Il mit de côté les élections et réfléchit non pas en homme politique, mais en Président. Il se mit à la place de Khrouchtchev qu’il respectait. D’ailleurs ce dernier le lui rendait. Le livre est d’ailleurs agrémenté de lettres que se sont envoyés les deux hommes durant cette crise. Très intéressant car elles montrent des choses essentielles dans la diplomatie. De plus, il faut rappeler que les USA sont le pays agressé et que toutes les décisions prises sont en règles avec les conventions internationales et les pays de l’OTAN les soutiennent, même la France de De Gaulle soutient Kennedy sur cette affaire, ce qui d’ailleurs les étonne fortement. Même les pays de l’Amérique centrale et du Sud soutiennent les USA dans cette crise. Ainsi, l’auteur explique parfaitement dans quel merdier s’est mis Khrouchtchev avec ces missiles, et combien ils sont une menace pour les Etats-Unis et la paix dans le monde. Ainsi vont se mettre en place des négociations, et Khrouchtchev va faire en sorte autant qu’il peut de passer outre le Parti Communiste. D’ailleurs, un jour Kennedy reçoit une lettre du Président russe stipulant qu’il va faire tout ce qu’il faut pour régler cette crise, le lendemain, le Parti a envoyé une lettre stipulant que l’URSS est dans son bon droit et qu’il va falloir que les USA enlèvent leurs missiles de Turquie s’ils veulent sortir de la crise (missiles qui étaient obsolètes de toute façon et dont le démontage était déjà prévu). Ainsi, JFK a conscience que Khrouchtchev a pieds et poings liés, et qu’il doit surtout éviter d’humilier son adversaire, car il n’y a rien de pire qu’un ennemi vexé.

« Le groupe qui se réunit ce matin-là dans la salle du Conseil se retrouva presque sans discontinuer pendant les douze jours qui suivirent, et presque quotidiennement pendant les six semaines d’après. Ce groupe, que l’on devait plus tard appeler l’Ex-Comm (Comité exécutif du Conseil national de sécurité), qui se réunirent, parlèrent, discutèrent et se battirent au cours de cette période décisive. C’est d’après les recommandations de ce groupe que le président Kennedy devait finalement déterminer sa ligne d’action« .

Le groupe a deux idées : le blocus temporaire de Cuba pour empêcher les bateaux russes de passer, mais ce qui n’empêche pas la continuation de l’installation des missiles, ou envahir l’île. Le Président choisit donc le blocus et tente de faire pression sur Khrouchtchev. Parallèlement à cela, ils préparent l’assaut de l’île, en ayant connaissance des conséquences possibles : des millions de morts si des bombes sont lancées, peut-être la fin de l’humanité. Kennedy ne souhaite pas que son armée envahisse Cuba, mais si ça devait être fait, chose très étrange, il demande à ce qu’on prépare des tracts pour informer les populations de s’éloigner des lieux stratégiques. Incroyable ! Surtout que Kennedy ne veut pas faire un acte de guerre, même si son Etat-major tente de l’en convaincre, il pense aux conséquences de tout cela alors que les militaires n’y réfléchissent même pas. Leur métier consiste à faire la guerre, pas à penser aux conséquences de leurs actes. C’est sans doute comme ça que le Vietnam (la guerre) deviendra ce qu’il est devenu.

« Tous étaient des hommes d’une haute intelligence, actifs, courageux et dévoués à leur pays. Ce n’est pas les diminuer que de dire qu’aucun d’entre eux ne demeura constant dans ses opinions d’un bout à l’autre de l’affaire. Un tel état d’esprit, ouvert et sans préjugé, était essentiel. Pour certains, il n’y eut que de petites variations dans leur opinion, qui demeura la même. D’autres changèrent totalement d’opinion d’un jour sur l’autre ; certains, sous la pression des événements, parurent même perdre leur jugement et leur équilibre. Le sentiment général, au début, était qu’il fallait trouver une riposte. Il y avait une petite minorité aux yeux de laquelle les missiles ne modifiaient pas l’équilibre des forces et n’exigeaient donc pas de mesure particulière. La plupart, à ce stade de la crise, estimaient qu’une attaque aérienne contre les rampes de lancement s’imposait. En écoutant ces propositions, je fis passer une note au Président : « Je sais maintenant ce que ressentait Tojo lorsqu’il préparait l’attaque sur Pearl Harbour« .
 »
Bref. Que dire de plus ? Que c’est un livre qui se lit très vite, et surtout qui se dévore. Il fait réfléchir et met en lumière un événement d’où les deux camps sortent grandis au moins humainement : ils ont fait le choix de la raison.
La préface Schlesinger est très intéressante car fait mention de conférences réalisées à Cuba dans les années 90 à propos de cette crise où les Américains se sont rendus compte qu’ils étaient finalement loin du compte et que le danger était 1000 fois supérieur à ce qu’ils avaient estimé.
A lire donc pour tous ceux qui aiment cette période qu’est la Guerre Froide, pour les fans d’histoire, et aussi pour ceux qui aiment les thriller car ça en a toutes les ficelles !

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