BD Drame

Low Moon – Jason

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Low Moon
2008
Origine : Norvège
Genre : Drame
Dessins : Jason
Scénario : Jason
Editeur : Carabas

Je ne cacherai pas dans ces lignes combien je trouve que Jason est tout simplement un des auteurs les plus intéressants de cette génération. Certes peu connu et reconnu en Europe, le Norvégien s’est fait un nom aux Etats-Unis, sans doute plus ouverts à ce genre de récits.

Car il faut bien l’avouer, les œuvres de Jason sont particulières. Outre le dessin qui paraît au premier coup d’œil terriblement simpliste (ce qu’il n’est en rien), la narration de ses histoires est faite toute en subtilité et en non-dits (appuyée par les expressions des visages semblants inexpressifs, et qui font passer pourtant un paquet d’émotions).

Low Moon est un recueil de courts récits. Le premier d’entre eux, « Emilie vous passe le bonjour », raconte l’histoire d’une femme qui paye en nature un homme afin de tuer certaines personnes. La seconde, « Low Moon », se passe dans une ville du Far West où une partie d’échec doit s’y dérouler. Elle est construite comme un western traditionnel où deux hommes vont s’affronter dans un duel à mort. Vient ensuite « & », le récit de deux hommes prêts à tout pour arriver à leurs fins, à voler ou à tuer. « Proto film noir » met en scène un couple adultère qui tue le mari de la femme chaque jour, ce dernier revenant à la vie chaque matin au petit déjeuner. Le recueil se termine sur « Tu es là », l’histoire d’un homme passant sa vie à construire une fusée afin de retrouver sa femme, enlevée par des extra-terrestres.

La force de ces histoires n’est pas tant leurs synopsis, mais bel et bien ce que l’auteur en fait. Jason a un don particulier pour raconter des histoires. Ne vous attendez pas à des constructions classiques, cet homme se fout bien d’ancrer ses aventures dans le réel ou l’irréel, il ne s’impose jamais de contrainte de temps ou de réalisme. Tout est prétexte à raconter quelque chose de précis mettant en valeur les sentiments de ses personnages, les sentiments humains. Bien sûr, certains thèmes qui lui sont chers reviennent hanter ces pages. La solitude, l’incommunicabilité entre les êtres humains, l’incompréhension face à l’absurdité de la vie.

Mais là où ses histoires se démarquent du reste de la production classique, c’est qu’il y a chez Jason une vision très spécifique du monde, de son monde. Ses histoires sont toujours terriblement sombres, il n’épargne pas ses personnages. Il y a du fatalisme chez lui. On reconnaît d’ailleurs combien Jason aime et s’inspire du travail de Lewis Trondheim. Ce dernier aimant à jouer avec le destin de ses héros, je pense en particulier à La Vie comme elle vient, BD mettant en scène son personnage fétiche Lapinot.

Le fatalisme est une des constances dans l’œuvre de l’auteur norvégien. En terminant chaque histoire, plutôt que d’offrir une échappatoire heureuse à ces bonshommes qu’il manipule, il nous offre quelque chose d’inattendu, et on se dit alors : « ah oui, ça pouvait arriver, rien d’étonnant ». Et pourtant, chacun de ses récits est terriblement étonnant. Parce qu’ils sont magnifiquement bien écrits. Jason n’est pas qu’un auteur de BD, avec ses histoires, il se montre tel un nouvelliste à la narration personnelle, avec son univers singulier, sa marque de fabrique. Alors c’est certain, beaucoup seront décontenancés par ce style à part, et les autres seront éblouis par tant de subtilité, par tant de noirceur et par tant d’efficacité.

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